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 Archéologie

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Dalloway Bird


Messages : 19
Date d'inscription : 22/05/2016

MessageSujet: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:27

CAMUS/JUDE
premier post
La cloche venait de sonner, comme une libération trop longtemps attendue. Et tu ne fus pas le dernier à quitter la salle de classe, loin de là. La lumière du soleil t’avait suffisamment agressé ces dernières heures à travers les vitres pour que tu puisses la laisser s’en aller maintenant. Alors, le plus rapidement possible, tu jeta tes affaires au hasard dans un coin de ta chambre, et courut dans les jardins de l’Institut, pour profiter de ces quelques dernières heures de jour et du calme environnant. Pour une fois que tous les élèves n’avaient pas décidé de se poser dans l’herbe, tu n’allais pas rater l’occasion. C’était impensable. Et puis, tu avais gardé ton livre, ce n’était pas pour rien. Ce dont tu avais vraiment besoin, à ce moment précis, c’était de te détendre. Il y a du bon à vouloir améliorer son contrôle de mutation, mais rester concentré commençait juste à t‘épuiser. Tout le monde a le droit de faire une pause de temps en temps.

Le premier banc venu fut donc accueilli comme ton sauveur, et tu t’affalas littéralement dessus comme si tu n’avais rêvé que de ça toute la journée. Ce que tu avais fait, en fait. Animant ton livre pour qu’il s’installe sur tes genoux et tourne les pages au bon moment, tu entras dans un monde qui n’appartenait qu’à toi, totalement sourd au monde extérieur. Tu n’entendais plus les rires de cette fille sur le banc voisin, ou le chant des oiseaux. Tu n’entendais plus que la voix silencieuse qui lisait dans ta tête. Un sourire planait sur tes lèvres tranquillement, tandis que tu ne réalisais même pas que le livre obéissait à ton bon vouloir. Tu pensais qu’il était juste gentil, toi. Quelle naïveté.

Tu relevas la tête, au bout de quelques heures, pourtant. Une odeur familière avait frappé tes narines, te sortant violemment de cet univers alternatif dans lequel tu étais plongé. Tu connaissais cette odeur. Une odeur de fleur. Plus prononcée que d’habitude puisque quelqu’un en prenait soin. Quelqu’un. Mais pas n’importe qui. Ton sourire grandit, et d’un coup de main nonchalant tu stoppas le livre dans son mouvement, et le laissa s’écraser sur le banc, inanimé. Quelque chose te disait que tu allais passer un moment encore meilleur que prévu.

Camus. Il était là, devant toi, de dos à toi. Il ne te voyait pas. Un sourire amusé remplaça l’ancien sur tes lèvres tandis que tu te penchais pour animer un pot vide à côté de lui, et tu ris légèrement en le voyant foncer directement dans les pieds de ton ami. « Ca doit être sa manière de dire que tu devrais faire une pause, de temps en temps. » Récupérant le pauvre pot paniqué, tu le renvoyas à son état d’objet avant de le mettre entre les mains de Camus, et de lui offrir ton sourire le plus sincère. « Le jardin peut attendre, viens plutôt profiter du soleil. » Tu n’avais pas voulu que ça sonne comme une demande, mais ta voix t’avait trahi. Oui, tu lui demandais de venir s’asseoir sur le banc avec toi. C’était tout ce que tu voulais. Juste une conversation banale avec ton ami. Parce que ces moments avec Camus étaient précieux, plus précieux que tu ne voulais bien l’admettre. Ils faisaient partie de ces moments que tu espères inconsciemment pendant des jours, et que tu ne veux pas laisser s’échapper une fois sous la main. Dis oui. Dis juste oui. Et viens.

deuxième post
Maybe you’re the only one that can understand how I feel and what I’ve been through. And maybe that’s why I want you to love me so much, so I can love you too. But if you only knew what I’ve done, you’d probably run away and leave me alone.
Tu avais du travail, un périple sous le soleil, véritable besogne pour n’importe qui mais pas pour toi. Ces pots ne se rempliraient pas tout seul et les fleurs que tu avais achetées toi-même pour décorer les bordures de chaque fenêtre du rez-de-chaussée. De belles tulipes colorées. Tu avais également acheté des supports en métal à fixer aux bordures des fenêtres pour y glisser les pots. En plus de la jardinerie, tu allais bricoler aujourd’hui. Tu avais déjà fait la façade nord, la façade est et la façade ouest. Il ne te restait plus que celle du sud. Torse nu et en jeans, un qui était tellement usé et troué qu’à force de le porter il te laissait une marque de bronzage sur une cuisse grosse de cinq centimètres environ, comme si tu avais un bleu. Il faisait chaud et tu avais l’habitude de travailler torse nu durant l’été dans le jardin. De ce fait tu avais tellement bronzé qu’on aurait pu te prendre facilement pour un latino-américain. Tu allais rempoter un de six derniers pots quand celui-ci se mit à courir et te heurter au niveau de tes chevilles. Les yeux grands ouverts de stupéfaction, tu tournais la tête quand tu reconnus une voix. Jude. Tu chassais ton expression de surprise pour en prendre une plus sereine, timide. « Regarde moi, je suis tout bronzé, je pense que je profite déjà très bien du soleil. » Tu répondais en souriant gentiment, te rapprochant de lui. Tu lui plantais une bise franche sur la joue en rougissant. Jude était ton ami, pas juste un pote à qui tu serrais la main et tapais sur l’épaule. Non, un ami. Le genre d’ami qui te faisait du bien par sa simple présence, le genre d’ami que tu saluais en lui faisant la bise, en le prenant dans tes bras. « Je ne te prends pas dans mes bras, je transpire comme tu peux le voir … » Tu déclarais dans un rire presque silencieux.

Tu aurais bien voulu le prendre dans tes bras, mais tu ne ferais que frotter ton torse couvert de sueur contre son beau tee-shirt. « Je peux prendre quelques minutes de pause, j’imagine. » Tu répondais en posant ta petite bêche. « Comment tu vas ? » Tu demandais, ne sachant absolument pas comment commencer la conversation, tu avais toujours du mal mais tu t’imposais un peu plus qu’avant. Tu préférais répondre aux questions et suivre la discussion plutôt que d’imposer un sujet lambda. Tu le regardais et le simple fait de le voir sourire t’émerveillait. Jude avait un sourire si solaire et un regard pétillant. Il éclipsait totalement le soleil, et pourtant tu l’aimais le soleil. Tu aimais ses rayons, tu aimais ses vertus sur les fleurs et les plantes, tu aimais la lumière. Mais tu aimais Jude d’avantage, et même s’il n’avait aucun effet sur les fleurs et la végétation, tu le préférais quand même, et de loin, les rayons de ses sourires étaient encore plus chaleureux. « T’as fini les cours ? » Tu demandais en t’asseyant sur l’herbe fraîchement coupée. Tu l’avais toi-même tondue et arrosée ce matin, bien entretenu tu étais fier du gazon. Tu regardais autour de toi, tu observais les gens. C’était ce que vous faisiez souvent avec Jude, vous observiez les gens et vous discutiez. C’était simple et tout bête, mais c’était votre truc. Et tu étais ravi de partager ça avec ton ami.

troisième post
Tu ne pouvais t’empêcher de sourire un peu plus tandis que Camus posait un baiser sur ta joue le plus naturellement du monde. Et un léger rire t’échappa de nouveau quand il s’excusa à demi de ne pas pouvoir te prendre dans ses bras, en claquant une bise franche sur sa joue pleine de sueur. « Je te pardonne. » Tu lui aurais pardonné tout et n’importe quoi, à Camus, de toute façon. Alors bon, un câlin de plus ou de moins, ce n’était pas ça qui allait te déranger. « Ca va, maintenant. J’ai bien cru que la journée ne finirait jamais, justement. » Tu t’assis à côté de lui en regardant les mutants confiants qui pratiquaient leur mutation en plein air, avec un sourire, mélange d’admiration et d’amusement. Sans t’en rendre compte, tu empruntas la main de Camus pour pouvoir jouer avec distraitement. Un silence se forma entre vous, pendant que votre regard passait d’une personne à l’autre. Ce n’était pas de ces silences gênants de ceux qui n’ont rien à se dire, non. Vos silences étaient apaisés, doux. Parce que vous n’aviez pas toujours besoin de mots. Parce qu’aucun de vous n’était naturellement très bavard. Parce que tu te sentais bien, avec lui, et que tu te servais de ces silences pour en profiter pleinement.

« J’ai fini y’a une heure environ, ouais. » Tu venais de te rendre compte que tu avais oublié de répondre à sa question. La réponse s’était pourtant formée dans ton crâne avant le silence, mais tu avais oublié de la prononcer. Ca t’arrivait, parfois, Camus était probablement habitué, depuis le temps. Tu lui offris un léger sourire en guise d’excuse avant de reprendre la parole. « J’ai pensé à toi, d’ailleurs, tout à l’heure. J’étais sûr que t’allais travailler alors que même assis sur une chaise à l’intérieur on mourrait de chaud. Ah, d’ailleurs ! » Tu te levas d’un coup et repartit vers ton ancienne place récupérer ton livre et une petite bouteille d’eau, et la mit dans les mains de ton ami en revenant t’installer. « Bois. Il ne faudrait pas que tu meures de déshydratation, quand même, ce serait bête. » Tu disais ça sur le ton de la plaisanterie, mais tu étais très sérieux. Tu ne pouvais pas t’empêcher de t’inquiéter pour tes amis, pour Camus plus que pour beaucoup d’autres d’ailleurs. Sans raison, qui plus est.

Tu fouillas tes poches quelques secondes à la recherche de ton paquet de cigarette, en alluma une, la bloqua entre tes lèvres, et récupéra la main du jardinier pour jouer avec en posant ton regard sur les fleurs avec un sourire. « Elles sont magnifiques, en ce moment. Tu peux être fier. » Du bout du doigt, tu caressas la paume de sa main en baissant ton regard sur elle. Cette main qui donnait la vie à des plantes, et qui en prenait soin. « Comme quoi tous les dons ne sont pas nécessairement des mutations. » Il ne faisait nul doute que le talent qu’avait Camus pour construire des choses avec ses mains était un don. Un don que tu admirais tout autant que sa mutation, et tu ne te privais pas pour le lui dire. Tu ne voulais pas te priver de dire quoique ce soit à ton ami. Parce qu’il était parfait à tes yeux, comme ces plantes qu’il faisait naître. Et c’était important qu’il le sache, plus important que tout ce qui se passait autour de vous et que tu ne remarquais déjà plus.

quatrième post
Tu n’avais jamais réellement côtoyé l’école vu que tu étais resté à l’orphelinat et que tu n’étais jamais vraiment resté dans une famille plus de trois mois. À la fin, c’était une femme de l’orphelinat qui t’apprenait les choses, c’était bien car tu étais seul. Mais tu devais avouer qu’aller à heures fixes dans une petite pièce pour apprendre des choses pendant une, deux ou trois heures d’affilées, ça ne t’enchantait pas. Et Jude explicitait parfaitement ce que tu redoutais, à la fin c’était long et tu le plaignais. « Je travaille tous les jours un peu. Je préfère ça, comme ça je suis en forme, j’ai un rythme de vie régulier et je travaille un peu tous les jours plutôt que d’avoir un un week-end de trois ou quatre jours puis un jour entier à me démener dans le jardin du matin au soir. » Tu répondais, préférant faire les choses à ta manière et à ton rythme. Mais aussi pour une autre raison. Travailler éviter de penser, de réfléchir. Et quand tu t’ennuiyais au point de réfléchir à tout et rien, tu te remémorais les choses affreuses que tu avais faites et tu continuais de faire. Usurper les identités des gens pour profiter de leurs vies. Tu rougissais constamment quand Jude prenait ta main pour la caresser. Tu faisais la même chose généralement. Tu souris quand il te donna la bouteille d’eau en mains. Tu avais ta bouteille, elle était dans un pot vide histoire de la garder un peu à l’ombre, mais tu ne voulais pas le lui dire et tu te contentas de boire un peu avant de reposer la bouteille sur le côté. « Merci Jude de t’occuper de moi. » Tu disais en souriant tout en plantant un baiser sur sa joue plus lentement que tout à l’heure. Tu le laisser attraper une cigarette avant qu’il ne revienne prendre ta main comme si elle lui avait manqué. C’était dommage qu’il fumait, il était si beau quand il souriait, et quand il ne fumait pas, il souriait. Donc quand il ne fumait pas il était encore plus beau et rayonnant. « Merci beaucoup. Puis tu sais, c’est facile à faire. Il faut juste être patient et avoir de la volonté. Ne pas avoir peur de se salir les mains. De se salir tout court même. Et puis le tour est joué. » Tu disais en riant. N’importe qui pouvait faire ton travail mais peu de personnes pouvaient le faire avec ton enthousiasme et ton amour des plantes.

Tu entremêlas tes doigts aux siens, les nichant lentement pour combler les espaces vides et ton pouce trouva naturellement sa place sur le dos de sa main que tu caressas tendrement. Le silence s’installa, comme tout à l’heure. Tu chérissais ces silences, tu aurais aimé en partager plus avec Jude, des silences lourds de sens mais en aucun cas gênants. « Tu m’as manqué tu sais. Depuis la dernière fois. » Tu lui disais en souriant. Vous vous étiez vu il y a deux jours, mais tu aimais le voir le plus souvent possible, et surtout le plus longtemps possible. Tu aurais aimé te coller contre lui, mais avec la transpiration qui ruisselait sur ton torse et tes flancs, ce n’était pas très propre. « Tu as prévu quoi pour ce soir ? » Tu demandais, histoire de dire quelque chose et ne pas prolonger ce silence trop longtemps. De ta main libre tu replaças une mèche de ses cheveux couleur ébène tout en continuant de caresser le dos de sa main avec celle qui était dans la sienne. Vous étiez mignons comme ça, enfin tu trouvais que c’était mignon. Parfois tu te disais si tu devais faire plus. Le prendre dans tes bras, l’embrasser, lui caresser les joue. Parce que c’était quand même ambigu le fait de se tenir la main. Mais tu savais Jude très tactile et amical alors tu n’avais jamais tenté. Et ça te faisait quand même plaisir, tu étais aux anges même.

cinquième post

Tu souris en sentant le nouveau baiser sur ta joue, et entendit le remerciement de Camus. Si tu n’avais pas retiré ta main de la sienne pour allumer une cigarette, tu aurais rougi. Tu le savais. Pour une fois, tu étais fier de ton réflexe. Tu n’allais pas commencer à rougir maintenant. Ce n’était pas comme ça, entre lui et toi. Vous étiez juste amis. C’était juste un ami. Que tu voulais voir le plus souvent possible. A qui tu voulais toujours prendre la main, au moins pour un contact physique minime. Sans qui ton univers semblait plus vide, plus sombre. Juste un ami très important. Très, très important. « C’est normal. » Et oui, ça l’était. C’était normal de t’occuper de lui. De prendre soin de lui. C’était ta manière de dire je t’aime. Peut être l’avait-il compris, peut-être pas. A quel point tu tenais à lui. De toute façon, cela avait peu d’importance. Ce que tu ressentais avait peu d’importance. Ce qui était important, c’était de réussir à le faire sourire. Et pour l’instant, tu réussissais, alors ça te suffisait. Largement. « Ne te sous-estime pas, n’importe qui ne peut pas rassembler toutes ces qualités. C’est assez rare, même. Sinon, tout le monde serait jardinier. » Et c’était vrai. Bien sûr que c’était vrai. Tu n’avais jamais vu d’aussi belles fleurs que celles que faisaient pousser Camus. Pourtant, tu ne t’étais jamais vraiment intéressé aux plantes. Elles étaient là, quoi. Mais celles de Camus attiraient ton regard à chaque fois.

Ton regard se baissa sur vos mains entrelacées en sentant son pouce caresser le dos de la tienne, et un nouveau sourire mi-amusé mi-tendre naquit sur tes lèvres. Parfois, tu te demandais si vous étiez naturellement tactiles l’un et l’autre, ou si c’était une habitude que vous aviez pris entre vous. Il te semblait être tactile avec tout le monde, pourtant. Mais peut être que c’était un peu différent, oui. « Tu m’as manqué aussi. Beaucoup. » C’était vrai, en plus. Camus te manquait vite. Chaque seconde avec lui était unique. Même ces silences paisibles. Aucun n’était pareil à l’ancien. Tu détournas ton visage du paysage pour le poser sur ton ami et sourit de nouveau en allant écraser ta cigarette avec ta main libre. « Je sais pas trop. Je vais probablement me cacher sous la couette pour finir mon livre sans garder tous mes colocs réveillés. A part si je trouve mieux à faire d’ici là, mais je doute, il est déjà tard. Et toi ? » Tu rapprochas sa main de toi un peu, pour pouvoir faire courir les doigts de ta main libre sur le dos de sa main. Tu ne savais même pas pourquoi tu faisais ça, en fait. Occuper tes mains était une nécessité, mais Camus, tu avais juste envie de le toucher. C’était instinctif. Un léger rire t’échappa en réalisant cela. « T’imagines, si il y a des gens qui font la même chose que nous, en ce moment ? Qui s’assoient pour observer les autres faire leur vie ? Et qu’ils nous voient ? Ils doivent se dire qu’on est ensemble. Ou qu’on est très proches, en tout cas. Enfin, plus que ce qu’on est. Je me tais. » Tu disais n’importe quoi. Décidément, dire ce qui te passait par la tête ne te réussissait pas. Tu avais probablement perdu l’habitude, si jamais tu l’avais eue un jour.

Cette fois, le silence fut de courte durée. Tu regardais la main de Camus dans la tienne, et quelques secondes plus tard, sans que tu n’aies vraiment compris comment c’était arrivé, ce qui t’avait pris, ou pourquoi tu faisais ça, tu avais lâché sa main pour te rapprocher d’un cran de lui. Un tout petit peu. Juste assez pour poser tes lèvres sur les siennes en fermant les yeux. Et ça n’avait pas duré un quart de secondes, le baiser était si timide que tu n’étais pas sûr qu’il puisse être qualifié de baiser, mais au moment où tu réalisas ce que tu faisais, tes joues se mirent à brûler soudainement, et tu repris ta place initiale d’un mouvement sec. Que s’était-il passé ? Ce n’est pas comme si tu n’avais jamais pensé à l’embrasser, mais … mais pourquoi est-ce-que tu l’avais fait ? Et si tu avais brisé votre amitié ? Tu ne voulais pas perdre Camus, toi. « Je. Pardon, je … Je sais pas ce qui m’a pris. Je suis désolé. Pardon. » Tu n’arrivais plus à la regarder en face. Tu paniquais intérieurement. Bordel. Bordel. Et si tout était fini à cause de toi ? Et si tu l’avais mis en colère ? Et si … Tes yeux se fermèrent, et tu essayas de récupérer un minimum de sang froid. Si tu paniquais trop, tu allais commencer à animer tout ce que tu touchais. Ce n’était pas vraiment le moment de provoquer l’anarchie. Tu n’arrivais plus à bouger. Tu aurais voulu fuir, fuir son regard, fuir sa réaction, mais ton corps était tétanisé. Tu ne voulais pas lui dire au revoir comme ça. Tu ne voulais pas que tout s’arrête si soudainement.  Quel genre d’idiot embrassait son ami sans raison ? Et tu te maudissais intérieurement, en priant pour qu’il prenne ça à la rigolade. Qu’il ne t’en veuille pas. Que tu puisses arrêter de t’en vouloir de l’avoir vu autrement que comme un ami.

sixième post
Il avait raison, tu devais cesser de te sous-estimer. Mais personne dans ta vie n’avait été là pour t’aider à gagner en assurance, à te dire « bon travail ! » ou « t’es le meilleur ! », tu n’avais jamais eu de famille, ni d’amis, tu étais le monstre, le phénomène de foire de l’orphelinat et la seule employée de l’orphelinat qui était gentille avec toi te disais toujours « Essayes. Fais de ton mieux et tu y arriveras. ». Elle était si douce, elle te manque parfois. Maintenant, des personnes comme Jude le faisaient à sa place, t’encourageant, te disant que tu faisais du bon travail. Tu étais encouragé mais aussi félicité pour tes actions. « Te cacher sous la couette ? Il fait si bon pourtant, ce serait dommage. » Tu répondais naturellement en regardant le ciel. Les journées étaient chaudes et tu comprenais que certaines personnes veuillent rester à l’intérieur, avec la climatisation, l’ombre, etc. Mais les nuits étaient fraîches sans être froides, elles étaient agréable juste avant que l’automne ne tombe. Tu souriais à sa phrase, il avait raison, collés l’un à l’autre, les mains enlacées, des sourires sur vos visages, c’était ambigu et tu t’en fichais. D’un côté, tu aimais bien le fait que les gens puissent se fourvoyer et vous croire ensemble. Tu n’avais pas vraiment eu le temps de répondre, tu t’étais contenté d’un sourire niais et d’un haussement d’épaule amusé comme pour dire « on s’en fout de ce que pensent les autres ». Tu regardais sa main quitter la tienne avec un petit pincement au cœur, la chaleur de sa peau te manquait déjà. Tu levais les yeux vers lui et comme pour compenser, ce sont ses lèvres qui vinrent coller les tiennes avec une certaine hésitation. Un contact court, très court. Trop court. Tu étais surpris. Mais encore plus surpris par la sensation agréable qui s’était diffusée dans ton corps, c’était parti de ton estomac, des papillons battant des ailes, provoquant une tempête se répandant partout dans ton corps dans une chaleur agréable. Il s’excusait alors que tu poussais un long soupir après avoir retenu ta respiration. Et pour réponse, tu lui rendis son baiser. Tu étais moins timide que Jude, moins hésitant, tu ne tournais pas autour du pot. Il t’avait embrassé, il le voulait, alors tu savais qu’il ne te repousserait pas, tu savais qu’il serait d’accord, qu’il te rendrait ton baiser. Alors d’un geste audacieux et ferme, ta main droite s’empara de sa joue pour le tourner vers toi et tes lèvres plongèrent sur les siennes avec bravoure. Plaquant ton torse nu en sueur contre Jude, tu te fichais pas mal de le salir maintenant, il t’avait cherché, il t’avait émoustillé, il t’avait fait papillonné le cœur. Il l’avait cherché.

Une simple pression sur ses lèvres, une très longue pression, tu avais emprisonné sa lèvre inférieure entre les tiennes, otage volontaire de ta prison improvisée et l’avait laissé sortir cinq secondes après. « Ne t’excuse pas. Pas pour ça … » Tu chuchotais alors que ton front se collait contre le sien, vos nez s’effleurant. Puis tu l’embrassas encore, ta main libre s’empara à nouveau de sa main tandis que l’autre avait trouvé sa place au creux de son cou. Tu souriais. Tu souriais en l’embrassant, galvanisé par le plaisir que cet acte te procurait tant et si bien que tu te collas encore plus contre lui, tu aurais presque pu l’allonger pour te mettre sur lui et l’embrasser. Le faire tien, il n’aurait pu bouger, il n’aurait pu que se résigner, abdiquer son trône pour te donner le plein pouvoir sur ses lèvres. Mais pas là, pas maintenant, pas ici. Plus tard peut-être. Plusieurs baisers emplis de fougue, tu ne lâchais ses lèvres que pour prendre une nouvelle respiration en souriant et tu fondais à nouveau sur sa bouche. Tu le harcelais de baisers mais c’était si bon jusqu’au moment où tu réussis à te retenir. Tu respirais bruyamment, le sourire aux lèvres, riant silencieusement. « Waow … Tu … Tu avais envie de m’embrasser depuis longtemps ? » Tu demandais en riant. « Si j’avais su … » Tu disais tout bas. Si tu avais su tu l’aurais embrassé avant. C’était ton ami, tu n’en avais jamais douté, mais maintenant ce baiser réévalué les positions. Tu le regardais. Bon sang. Il était si beau. « Ton sourire me fait fondre … » Tu disais finalement en penchant la tête, tu abdiquais toi aussi, tu t’étais retenu face à ce sourire, face à ce soleil, mais tu étais un Icare beaucoup plus chanceux et tu ne t’y étais pas brûlé. « Et je vais avoir des ennuis, et le pire c’est que je m’en fiche un peu. Et ce soir il est hors de question que tu sois sous la couette avec un livre, tu seras avec moi. » Tu disais en riant, en pensant au règlement même si beaucoup l'enfreignaient surtout quand comme vous, vous étiez adultes. Il y avait des élèves adultes et des profs plus jeunes parfois.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:30

FICHE ANDY
◊ 001. il faut toujours que je sorte de ma chambre impeccablement habillée. Pas un cheveu de travers, pas un fil qui dépasse. Rien. Sur moi, cela me dérange ; sur les autres, je m'en fiche. ◊ 002. Je bois. Beaucoup. Juste de l'eau, attention ! Le problème étant que j'ai rapidement des crampes si je ne bois pas assez. Du coup, j'ai toujours une bouteille d'eau avec moi. ◊ 003. Je suis gourmande. J'aime manger du chocolat et des bonbons à n'importe quelle heure de la journée. Soyez certains que j'ai un paquet de bonbons dans mon sac à main lorsque je sors. De la même manière, j'adore les bons petits plats. Je ne suis pas la dernière à dire non pour un restaurant. ◊ 004. J'aime que les choses soient bien faites, quitte à y passer des heures. Parfois, j'ai l'impression d'avoir des compulsions complètement cinglées. L'avantage, c'est que je ne procrastine pas. ◊ 005. Je suis du genre à me coucher très tôt et à me réveiller instinctivement à la même heure. Résultat, je n'ai pas connu de grasse matinée depuis mes huit ans. ◊ 006. Dans la même lignée, j'ai besoin de beaucoup dormir. Sinon, je passe la journée à bailler, j'ai des cernes longues comme un bras et je ne suis bonne à rien. ◊ 007. J'ai tendance à énormément soupirer quand je suis agacée. Ma mère me disait souvent d'arrêter, d'ailleurs. Ce n'est pas pour autant que je l'ai écoutée. ◊ 008. La nuit, je respire fort. Je ne ronfle pas, attention. Je respire bruyamment, c'est tout. Ce n'est jamais agréable pour la personne qui dort dans la même chambre que moi, je l'avoue. ◊ 009. Je pardonne rapidement. Quand il s'agit d'une personne que j'apprécie, j'oublie ce qui m'a blessée et je retrouve mon affection. Même si bouder pour quelque chose est infantile, j'ai besoin de savoir que je peux faire la tronche à une personne. Sauf que j'en suis incapable. ◊ 010. Quand je m'ennuie, je me balance de droite à gauche sur ma chaise. Je le fais sans m'en rendre compte et très souvent, on me regarde travers. ◊ 011. Même par temps de pluie ou par forte chaleur, j'ai besoin de sortir et de respirer l'air frais. La terre est ce qui fait de moi une mutante. J'ai besoin de me ressourcer pour commencer la journée de bonne humeur. ◊ 012. Il est rare que je respecte mes bonnes résolutions. Comme tout le monde, en fait. ◊ 013. Je change souvent de couleurs de cheveux. Ça me permet de ne pas me lasser de ma propre tête. Raison pourrie, je vous l'accorde. ◊ 014. Quand j'entends une personne répéter plusieurs fois « donc, alors, euuuh », je réagis violemment mais je prends sur moi. J'ai l'impression que l'on essaye de me torturer les tympans. Après, je n'entends plus que ces petits mots. ◊ 015. J'ai tendance à temporiser les débats. J'essaye de trouver une excuse à tout et à tout le monde. ◊ 016. A force de ne jamais entrer dans un débat, tête baissée, je n'ai pas eu l'occasion de développer mes avis. C'est tout bête mais quand on vous parle de politique, je trouve du bon des deux côtés, par exemple. Alors je me situe au milieu. Mis à part les questions sur la peine de mort, les camps de concentration et ces choses là. ◊ 017. Il y a des gens qui sont hypocondriaques. D'autres qui ne le sont pas. Moi, je suis hypocondriaque en voiture. Je vais vous expliquer : un couinement de la voiture, une bosse, un bruit bizarre, des appels de phare (alors que la voiture derrière est à deux cent mètres, qui sait le conducteur a peut-être une vue perçante) ? Je me dis tout de suite que j'ai un pneu crevé, une ampoule de griller ou un bout qui traine sur la route. Le jour, ça va mais la nuit, c'est encore pire. Je vous interdis de dire que je suis folle ! ◊ 018. Je ne supporte pas les gens toujours mécontents. Je ne sais pas ce qu'ils ont mais ils critiquent tout ce qu'ils voient, faisant passer les autres pour des idiots. ◊ 019. Si je contrôle la terre, je ne suis pas à l'aise du tout avec l'eau. Je ne sais pas nager et rien que l'idée de me retrouver dans une piscine m'effraye

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quand as tu découvert que tu étais "différent(e)" ? Les premiers signes sont apparus autour mes cinq ans, je crois. J'ai seulement compris ce qu'il se passait réellement à l'adolescence. J'entendais parler des mutants en bien et en mal. Je me suis alors renseignée et j'ai compris. Je ne l'ai dit à personne. C'était mon secret. Je ne savais pas comment réagirait ma famille. Ma grand-mère a été la seule à le deviner. A toutes les vacances, j'allais chez elle et nous passions des heures dans son jardin. Quand j'étais là, ses légumes et ses plantes étaient plus jolies. Je rendais la terre plus fertile, au point que ses légumes et ses plantes gagnaient en vitalité. Elle ne m'a pas posée de question, elle ne m'a pas demandée confirmation. Elle a juste eu un regard bienveillant sur moi.
en quoi consiste ton pouvoir ou ton don ? La géokinésie est un pouvoir assez complexe et complet. Pour cette raison, je ne peux pas vous donner une définition claire. Je ne suis même pas certaine d’avoir découvert toute l’étendue de ce pouvoir. Dans tous les cas, je peux aujourd’hui rendre la terre plus fertile et ainsi accroitre la croissance des plantes en un temps record. Je peux déplacer du sable et en faire une tornade digne d’un désert africain. Je parviens à décrocher des morceaux de terre ou de rocher pour les lancer dans les airs. On m’a également dit, qu’un jour, je pourrais créer des tremblements de terre. Ce que je ne souhaite pas, vu ce que j’ai déjà été capable de faire. La limite qui se pose avec ce genre de don, c’est que je suis quasiment impuissante à l’intérieur, à moins que mon environnement recèle de terre, de sable et tout autre minéral.
arrives-tu à le maitriser ? est-il dangereux pour ta santé ou celles des autres ? Aujourd'hui, j'arrive à le maitriser. Ca n'a pas toujours été le cas. Au début, je ne comprenais pas pourquoi, lorsque je m'énervais contre une fille de ma classe, des grains de sable se mettaient à voler dans tous les sens autour de nous. Ce n'était que quelques grains par-ci par-là, rejoint par des cailloux des fois, mais cela m'intriguait et m'effrayait. Au fil des années, quand j'ai pris conscience de ce qu'il se passait en moi, j'ai commencé à m'entrainer. J'ai vraiment maitriser mes pouvoirs lorsque je suis entrée à l'Institut. Après, dire que la terre est dangereuse pour l'Homme est un peu tirer par les cheveux, non ? Disons qu'elle sait se défendre.
est-ce que cela a une influence sur ta vie ? as-tu été exclu par ta famille, tes amis, la société ? Dans un premier temps, il n'y a pas eu de problème. Personne ne savait qui j'étais. On ne se doutait de rien. Et puis j'ai rencontré Adam. J'avais seize ans. On s'est rapidement mis ensemble. Nous nous sommes mariés à dix-huit ans. Pour finir, il est mort l'année de ses vingt-deux ans. Il connaissait mes pouvoirs, pas sa famille. C'est à cause de celle-ci que j'ai dû tout abandonner. Ils me soupçonnaient d'avoir tué leur fils par un quelconque pouvoir. Ils me traitèrent comme une sorcière. J'ai fui, tout simplement. Mon pouvoir rythme ma vie mais a surtout donné un tournant à mon existence cette année-là.

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« Mamie, cette fleur s’appelle comment ? » « Ca, ma chérie, il s’agit d’un lys. Blanc comme la neige et fort comme un lion. Lorsque l’hiver arrive, il perd ses feuilles et refleurit une fois le froid passé. » Andrea plongea son nez dans la fleur pour en humer le parfum. Elle releva la tête, un sourire aux lèvres. Elle appréciait cette odeur. Chaque plante avait sa propre identité, son propre parfum. La fillette appréciait de se retrouver dans un jardin remplis de fleurs différentes. Elle avait l’impression de s’imprégner de toutes ces senteurs et de les porter jusqu’à la fin de la journée, au moment de se doucher. « Il sent bon ! » La grand-mère esquissa un sourire bienveillant. Elle s’écarta de sa petite-fille pour arroser des plantes plus loin. A dix ans, Andrea avait l’air émerveillée par les plantes. Ce n’était pas la même fascination que l’on retrouvait chez les enfants de quatre ans qui voyaient leurs parents jardiner. Non, elle avait vraiment une attirance pour la nature. Andrea s’éloigna dans son coin. Elle s’arrêta devant une tulipe qui fanait de jour en jour. Elle se pencha sur le végétal et frôla la terre qui l'entourait du bout de doigt. En la touchant, les pétales de la tulipe regagnèrent en vitalité. Andy tourna la tête afin de s’assurer que personne ne l’avait vue. Elle se redressa, satisfaite de sa bonne action.

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« On va vraiment le faire ? » Andrea leva les yeux vers l’homme qui l’accompagnait. Elle entendait son cœur s’emballer rien qu’à l’idée de le faire. C’était encore plus excitant que de maitriser les végétaux ; encore plus excitant que de faire une attraction dans un parc d’attractions ; encore plus excitant que sa première fois. Elle allait sauter le pas, à dix-huit ans. Leurs parents désapprouveraient sûrement mais c’était pour cela qu’ils avaient décidé de le faire en toute intimité. Adam, debout à côté d’elle, secoua la tête. « On va vraiment le faire. Enfin… si tu es toujours d’accord. » Une expression inquiète passa sur son visage. Elle n’aimait pas le voir ainsi. Elle s’empressa de le rassurer. « Evidemment que oui ! » Elle glissa sa main fine dans celle d’Adam. Elle avait hâte, tellement hâte ! Cependant, elle redoutait les conséquences d’une décision pareille. Et si jamais ils ne se supportaient plus ? Et si Adam se mettait à la tromper après ? Et si… non, ils s’aimaient tellement. Ce n’était pas pour rien qu’ils étaient devant ce bâtiment. Elle regarda le drapeau américain flotter au-dessus d’eux. « Prête ? » Elle se sentait tremblante et pourtant, elle hocha la tête. Avant de s’avancer, Andrea prit du courage dans les végétaux qui l’entouraient. Elle voulait le faire. Pour Adam, pour elle, pour eux deux. C’était une évidence. Elle lissa sa robe blanche. Une robe qu’elle avait achetée grâce à sa mère. Elle lui avait menti, prétextant que ça serait pour une soirée entre amis. Ce n’était que l’un de ses nombreux mensonges, de toute manière. Ils attendirent encore quelques secondes, profitant de ce moment magique. Ce moment qui n’appartenait qu’à eux. Ils auraient pu en faire profiter des proches, des amis, de la famille. Ils avaient préféré faire de cet instant le leur. Ils avaient été égoïstes, ils l’assumaient.

Adam la tira en avant. Ils montèrent ensemble le perron. Leur pied foulait les marches en même temps, comme s’ils étaient faits pour vivre sur le même rythme. Il poussa la porte et la laissa rentrer. A l’intérieur, une odeur de bois régnait. Andrea se souviendrait toujours de ce parfum. Elle ferma les paupières un instant, juste pour réaliser ce qu’elle s’apprêtait à faire, puis Adam l’emmena jusqu’à une porte sur le côté. Il avait l’habitude de mener, de montrer le chemin aux autres. Il était le fils d’un politicien. Cet homme était un père strict qui souhaitait voir son fils unique suivre sa route. Il avait essayé de formater son fils ainé, Adam. Celui-ci avait obéi jusqu’à ce qu’il rencontre Andrea. Elle était sa seule entorse aux règles de son père. Sa seule faille. La seule personne à qui il tenait plus que tout. Elle n’était pas riche mais elle était belle, intelligente, pleine d’entrain. Elle était la femme qu’il aimait et il était bien décidé à l’imposer à sa famille. « Adam, je suis content de te voir ! Et vous, vous devez être l’heureuse élue. » Un gros homme se présenta devant eux. Il avait le sourire. Andrea doutait encore que se marier devant un ami de la famille était une bonne chose. Il pourrait aller tout raconter à leurs parents. Adam avait insisté et elle avait baissé les bras. De toute manière, leurs géniteurs le sauront bien un jour ou l’autre. « Je te présente Andrea, Will. Merci encore pour ce que tu fais. » L’homme agita sa main et les emmena dans une salle où les attendait deux chaises posées devant un bureau. Un livre était ouvert avec un stylo doré posé à côté. Andrea serra la main d’Adam un peu plus fort. Ils étaient tout près, ils allaient réellement le faire, au final. Will les invita à s’assoir. Il entama son discours habituel. On entendait la routine dans ses paroles mais Andrea s’en fichait. C’était un beau moment. Elle ne lâcha pas la main de son fiancé, la gardant bien au chaud, sait-on jamais s’il décidait de s’enfuir en courant. Le maire leur demanda de signer le registre l’un après l’autre puis les déclara mari et femme. Lorsqu’Andrea croisa le regard de son époux, elle sut qu’elle avait fait le bon choix.

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« Comment ça vous vous êtes mariés ? » La voix stridente de la mère d’Adam résonna dans tout le salon. Elle avait l’habitude d’arborer un masque froid, impassible. Aujourd’hui, son masque s’envolait, peignant son visage d’un pourpre. Elle n’était pas contente. Pire, elle était furieuse. Elle s’était levée d’un bond, renversant son verre de vin. Son mari n’avait pas bougé mais on voyait dans ses prunelles qu’il n’en pensait pas moins. Il laissait sa femme monter sur le ring en premier et quand les victimes seraient K.O., il prendrait le relai pour donner le coup de grâce. « Maman, calme-toi. Ce n’est pas si grave. » « QUOI ?! Pas SI grave ? Tu t’es marié en secret avec… avec ELLE. Tu as ruiné ta vie, Adam. » Andrea assistait à la scène. Elle n’osait pas intervenir. A quoi bon ? Depuis le début, ils ne l’aimaient pas. Ils ne s’en étaient pas cachés. Jusqu’à présent, ils l’avaient tolérée, la laissant s’assoir à leur table, fréquenter leur fils et lui « changer les idées », comme ils disaient. Mais un mariage, ça en était trop pour eux. Andrea tenta de croiser le regard d’Adam pour trouver du réconfort mais celui-ci était trop occupé à affronter sa mère. Andrea aurait voulu s’enfoncer dans un trou de souris pour ne jamais en ressortir. Le seul trou qu’elle voyait était celui de son désespoir. « Vous allez annuler le mariage. TOUT DE SUITE. » La voix aigüe faisait mal aux oreilles. Andrea s’enfonça un peu plus dans son fauteuil. Elle avait toujours fui les conflits. Elle détestait voir les gens crier et se détester pour des choses futiles. Et voilà qu’elle était l’un des acteurs du problème. Elle savait qu’ils n’auraient pas dû. L’amour n’était pas tout, il fallait avoir l’approbation des parents, un peu comme au Moyen-Âge.

« Vous saviez que vous ne pouviez pas, Andrea. Nous vous acceptions chez vous. Vous n’étiez qu’une distraction et vous vous êtes mariés. Pourquoi ? Pour l’argent, la célébrité, le physique ? » Andrea sursauta à l’écoute de cette voix sifflante. Il parlait doucement mais sa voix était pleine de mépris. Elle n’avait jamais ressenti autant de haine de la part d’une personne. Elle dévisagea son beau-père. « Pardon ? Comment osez-vous ? J’aime votre fils ! » Elle était sous le choc des accusations. Elle s’imaginait bien que ses beaux-parents la détestaient. Elle le sentait depuis longtemps. Sauf que cela dépassait son imagination. Elle se redressa dans le fauteuil. Elle craignait d’affronter un grand politicien comme lui mais elle ne pouvait pas rester assise et se laisser faire. Andrea se redressa, prête à affronter cet homme. Adam arriva à son secours sans qu’elle n’ait eu le temps d’ajouter quelque chose. « Papa, laisse la tranquille. J’ai pris cette décision en toute connaissance de cause. Je l’aime ! Qu’est-ce qui vous dérange à ce point ? On n’est plus à l’époque des mariages arrangés. Faut évoluer. » Il se plaça entre son père et Andrea. Quatre ans qu’ils étaient mariés, quatre ans qu’ils avaient officialisé leur couple devant la mairie. Ils ne l’avaient jamais compris. Ils avaient toujours voulu qu’il se lance dans une carrière politique, sans écouter ses propres envies. Adam en avait assez. Il était temps de rompre avec cette famille qui l’étouffait. « Viens Andy, on s’en va. » La jeune femme se leva et suivit Adam dans le couloir. Derrière eux, la mère poussait des cris d’effroi. On aurait dit un cochon que l’on égorgeait, songea Andrea. En réalité, on était en train de lui arracher son fils adoré, ce qui était tout autant douloureux. Le père était, lui, silencieux. Cependant, on sentait sa fureur. Son regard noir les suivit jusqu’à ce qu’ils tournent au coin de la rue. Le divorce était prononcé entre Adam et ses parents.

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Andrea déambulait, marchant dans un canyon comme si cela était normal. Elle n’en avait jamais approché de vrai de toute sa vie. Il n’y avait qu’au moment de ses rêves qu’elle vivait cette expérience. Elle sentait les rayons du soleil se répercuter sur les masses rocheuses puis lui foncer dessus, l’accablant de leur chaleur. Elle n’en avait que faire. Elle adorait ce contact avec la terre. Ses pieds nus foulaient le sol rouge. Il n’y avait pas d’endroit où elle se sentait mieux. Elle était au milieu des rochers, en contact avec la terre. Andrea était chez elle. Elle se sentait en phase avec cet endroit. Elle le trouvait magique. Le mieux était d’assister aux magnifiques couchers de soleil. Alors, le spectacle était splendide ! Elle sentit un air frais venu d’on ne sait où jouer avec ses cheveux. Elle était en osmose ici. Personne ne pouvait lui gâcher ce moment, à moins que… La pénombre tomba subitement autour d’elle, suivi d’un craquement. Elle ne vit qu’une ombre éclairée par le clair de lune. Son instinct de protection se réveilla presque aussitôt. Cette silhouette avait déjà été aperçue à plusieurs reprises. Dans chacun de ses rêves, elle revenait. L’homme la pourchassait partout. Elle n’en avait jamais vu le visage, juste une silhouette mais cela lui suivait pour le craindre. Elle vit l’ombre se mouvoir d’un rocher à un autre afin d’échapper à son regard. A chaque fois, prise d’angoisse, Andrea fuyait. Quelle réaction auriez-vous eu en pleine nuit, dans un canyon, seul, si vous saviez quelqu’un sur vos traces ? Elle se mettait donc à courir. Elle trébuchait, sautait, dérapait, courait et elle ne s’arrêtait que lorsqu’elle se réveillait. A son réveil, elle trouvait souvent Adam réveillé à côté d’elle. Il lui avait raconté que parfois, il recevait des morceaux de plâtre du plafond sur le front ou encore se réveillait au milieu d’un nuage de terre. Il récoltait des bleus régulièrement. S’en suivait de la culpabilité. Andrea se promettait d’apprendre à contrôler son pouvoir pour ne plus attaquer Adam dans son sommeil. Elle lui avait proposé de faire chambre à part le temps qu’elle apprenne à se maitrise mais il avait refusé.

Alors cette fois, elle était déterminée à ne pas se laisser faire. Elle avança, tête la première. Ses pas étaient lents, méthodiques, calculés. Elle avançait discrètement pour ne pas être entendue. Ses bras étaient le long de son corps, immobiles. Ce n’était pas le cas de ses doigts qui remuaient. Ses pensées étaient dirigées vers tous les rochers qui l’entouraient. Les plus petits cailloux se mettaient à bouger en direction de la silhouette, bientôt rejoint par de plus lourds. Elles entourèrent l’homme, tournoyant autour de lui au fil des pensées d’Andy. D’une pensée, les pierres s’abattirent sur la silhouette, projetant du sang ici et là. « …drea… » Un souffle la fit sursauter. On lui agrippa le bras par derrière. Le réveil fut brusque. Andrea se redressa brusquement. Elle se sentait mal. Elle passa une main sur son front qu’elle trouva humide de sueur et poussiéreux. Elle se tourna alors vers son mari afin de s’assurer qu’il n’était pas réveillé par ses cauchemars. « ADAM ! » Elle se jeta sur lui, tentant de l’extirper des morceaux de mur et de plafond qui lui étaient tombés dessus. Ils étaient trop lourds pour qu’elle songe à les enlever ainsi. Les larmes coulaient le long de ses joues.

Elle se jeta à terre, à la recherche d’une solution. Elle s’éloigna du lit afin de prendre l’ampleur des dégâts. Un trou béant laissait entrevoir les gratte-ciels de New-York. Elle était horrifiée mais elle avait autre chose à penser. Elle focalisa toute son énergie à tenter de sauver son mari, retirant morceau par morceau les débris qui étaient tombés. Elle était maladroite, brouillon. Elle n’arrivait plus à se faire obéir. Enfin, elle trouva la concentration nécessaire. Lorsque le plus dur fut fait, elle se précipita sur le lit pour s’enquérir de la santé de son mari. Son corps était meurtri à plusieurs endroits, saignés, cassés. On imaginait sans difficulté la douleur qu’il avait dû avoir. Surtout, il ne respirait plus. C’était impensable. Andrea secoua Adam dans l’espoir de le réveiller. « Adam. Réveille-toi. Je t’en prie… Adam… » En voyant qu’il ne réagissait pas, elle s’effondra à côté de lui. Elle ne comprenait pas. Pourquoi est-ce que son pouvoir se retournait contre la seule personne qu’elle aimait ? Ce n’était pas possible. Elle approcha son visage de celui de son époux, posant son front contre le sien. Il n’était pas mort. Pas Adam.


Deux heures plus tard. Le froid gelait ses os depuis quelques minutes déjà, et ce, malgré la veste qu’un des policiers avait fini par lui donner. Elle tremblait encore. Les larmes revenaient régulièrement, la hantant comme une vieux souvenir. Elle avait tué son mari. Elle l’avait tué à cause de ce qu’elle était. Elle s’en voulait. Elle était triste à l’idée de vivre sans lui. Elle l’avait perdu. Un cri de rage l’arracha de sa torpeur. Un cri qu’elle reconnaitrait entre mille. Elle n’avait pas la force d’affronter une furie. Pas aujourd’hui. Elle aurait préféré qu’ils l’apprennent plus tard, qu’on lui laisse du répit. « JE LE SAVAIS ! Tu l’as tué ! TU EN VOULAIS A SON ARGENT ! Espèce de… » Un policier s’interposa, la coupant dans son élan. Andrea se tourna vers la mère de son défunt époux. Elle était furieuse. Cela devenait une habitude. Elles ne s’étaient pas revues depuis quelques mois. Depuis la dispute dans leur salon, en fait. La mère de famille avait mal vieillie. Ses traits étaient tirés, des rides striaient son visage à plusieurs endroits, des cheveux blancs se faisaient omniprésent dans sa chevelure noire corbeau. Andrea referma les bras sur sa poitrine. Elle n’avait aucun mot, aucune rancœur. Elle voulait juste qu’on la laisse tranquille. Elle voulait retourner dans leur appartement, se lover contre le corps d’Adam et sentir son souffle contre sa peau. C’était tout ce qu’elle demandait. « Je le lui avais dit ! J’avais dit à Adam que tu n’étais pas normal, que tu lui ferais du mal ! » Andrea planta son regard sur cette femme. Elle aurait aimé la frapper mais elle ne pouvait pas. Elle tomberait dans son jeu et n’en ressortirait plus jamais. Alors, elle ferma les poings, prenant sur elle pour ne pas répondre. Andrea se tourna vers l’officier qui restait près d’elle. « Est-ce que l’on peut rentrer ? » « Bien sûr. » Elle n'aurait pas de problème avec la justice. Il n'y avait aucune preuve qu'elle avait tué Adam. Cependant, à l’époque, elle ne savait pas que ce serait le début des ennuis. Ses beaux-parents allaient lui faire vivre un enfer.

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Première heure, première journée en tant que professeur. Et si elle n’en était pas capable ? Cela faisait deux ans qu’elle était à l’Institut du professeur. Deux années pendant lesquelles elle avait appris à maitriser son pouvoir pour ne tuer personne dans son sommeil. C’était sa crainte la plus profonde. Quand elle était réveillée, elle savait qu’elle avait la maîtrise de son don. Quand elle dormait, c’était autre chose. Deux ans qu'elle avait fui New-York, ville de tant de souvenirs heureux et douloureux. Andrea esquissa un sourire serein, passant sa classe en revue. Elle avait une palette de mutants devant elle. Feu, eau, vent, électricité, vol, magnétisme… tant de pouvoirs qui se sont développés dans le corps de ces personnes. Ils sont exceptionnels chacun à leur manière. Elle aurait apprécié avoir leur chance quelques années auparavant. « Bonjour à tous. Je suis Andrea Moore, votre professeur de droit pendant tout le temps que vous passerez ici. Pourquoi le droit, me direz-vous ? Parce qu’il est important de connaitre la loi, de connaitre ce que vous pouvez faire et ce que vous devez faire. Surtout, dans le monde comme le nôtre, il faut savoir ce que vous êtes en possibilité de faire. » Les mots affluaient tout seul dans sa bouche. C’était comme si elle avait été faite pour ça. Elle sentait déjà que donner des cours pouvait être la meilleure chose qui puisse lui arriver depuis longtemps.
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Dalloway Bird


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Date d'inscription : 22/05/2016

MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:32

FICHE CAMUS

◊ NOM : Schreave.
◊ PRÉNOM(S) : Camus, Lyon.
◊ AGE ET DATE DE NAISSANCE : 29 ans, tu n’as jamais su ta date de naissance. Ton âge ? Tu l’as simplement entendu de l’une de tes premières mères en famille d’accueil, et depuis tu comptes un an de plus chaque année sans pour autant te caler sur une date en particulier.
◊ STATUT AMOUREUX : Célibataire malheureux.
◊ DEPUIS QUAND ES-TU A L'INSTITUT : Moins d’un an.
◊ POUR LES PROFESSEURS&STAFF, LA MATIÈRE ENSEIGNÉ OU SON POSTE : Jardinier, mais il t’arrive parfois de prêter tes pouvoirs à Xavier pour infiltrer un lieu, rassembler des informations importantes et confidentielles dans des bâtiments officiels. Avec ta capacité de polymorphisme, tu es l’espion idéal.
◊ POUVOIR/DON : Polymorphie, tu as la capacité de te changer en n’importe qui, pour ce faire il faut que tu aies déjà vu la personne au moins une fois pour pouvoir la copier. Tu reproduis également la voix des personnes que tu copies avec une grande aise, tu peux ainsi changer de voix sans même te transformer physiquement, simplement en modifiant tes cordes vocales. Tes yeux sont naturellement turquoise suite à ta mutation.
◊ D’APRÈS TOI, DANS QUELLE CLASSE (DON/POUVOIR) ES-TU ? : Classe 1.
◊ CARACTÈRE : Tu es souriant, calme et serviable, tu es pourtant très discret, voire même secret. Tu as honte de ce que tu as fait ou ce que tu fais de ton pouvoir alors tu te caches, tu essayes d’être transparent dans ce manoir pour mutants. Tu n’es pas spécialement intelligent mais tu apprends vite et es très débrouillard.
◊ AMBITION : Te forger ta propre vie plutôt que prendre du plaisir à vivre celles des autres en les trompant.
◊ GROUPE : Xavier’s eyes and ears.

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◊ 001. Gemini est ton nom de code mutant. ◊ 002. Tu as plus une intelligence manuelle, ton niveau d’instruction n’a jamais atteint l’université. ◊ 003. Tu es du genre à illustrer brillamment le dicton « sois beau et tais toi » puisque tu ne parles pas énormément de peur de déranger. ◊ 004. Tu as toujours aimé jardiner, la nature ça te connaît, tu as même été fleuriste une fois pendant quelques mois. Tu trouves ça beau et moins compliqué à comprendre que les lois humaines, surtout celles qui touchent à la morale. ◊ 005. Tu aimes bien l’eau, tu aimes te baigner. En réalité tu es toujours fourré en dehors de l’institut, soit tu t’occupes des arbres, des plantes et des fleurs, soit tu rêvasses au soleil, soit tu profites de la piscine. ◊ 006. Tu aimes écouter du violon, ça t’apaise. ◊ 007. Tu aimes sortir en ville te promener, manger un morceau, mais tu le fais toujours en solitaire. Tu n’es pas du genre à proposer à tes camarades de t’accompagner. ◊ 008. Tu aimes observer les élèves ou même les professeurs et le personnel de l’institut. Tu apprends leurs habitudes, leur manière d’être. Tu as pris cette habitude il y a des années quand tu prenais l’apparence d’une personne pour reproduire également ses habitudes et son caractère et n’éveiller aucun soupçon. ◊ 009. Tu aimes les secrets, mais jamais tu ne les divulgues, tu aimes juste avoir assez d'importance pour les garder. Ou assez de discrétion pour ne pas te faire prendre quand tu les entends. ◊ 010. Tu aimes les animaux, tu as tendance à donner à manger aux animaux de l'institut et aux chats sauvages qui se risquent à venir devant le refuge pour mutants.◊ 011. Tu ne sais absolument pas cuisiner et c'est pas faute d'avoir essayé. ◊ 012. Dans ta chambre, tu as plusieurs meubles que tu as construit toi même durant ton temps libre, chaise, fauteuil, guéridon et un coffre au pied du lit où tu ranges tes affaires. ◊ 013. Tu te frottes souvent les bras quand tu es gêné ou tout simplement quand tu ne sais pas quoi dire. ◊ 014. Tu rêves de voyager dans les îles tropicales et paradisiaques. ◊ 015. Tu détestes la vue du sang.

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→ quand as tu découvert que tu étais "différent(e)" ?
Tu n’as jamais eu de souvenirs d’une vie normale. En réalité tu penses avoir été comme ça dés la naissance puisque lorsque tu étais très jeune, chaque famille qui découvrait ta faculté te renvoyait à l’orphelinat en disant que tu étais un monstre, que tu n’étais pas normal. Tes yeux étaient toujours turquoise, c’était tes beaux yeux qui attiraient les familles à te choisir mais quand ils comprenaient que derrière l’azur de tes iris se cachait un mutant, ils te renvoyaient directement. D’abord simplement avec les voix qui se changeaient pour calquer celles des autres, puis des membres, et enfin le visage entier. À l’âge de neuf ans tu étais déjà capable de te transformer entièrement, difficilement, mais tu y arrivais.

→en quoi consiste ton pouvoir ou ton don ?
Tu es polymorphe, tu es capable de changer l’apparence de ton corps et te transformer en quelqu’un d’autre. Il suffit que tu aies vu une personne pour prendre son apparence, il suffit que tu aies entendu une fois sa voix pour reproduire la même voix. Le processus de transformation se fait rapidement mais la sensation est toujours désagréable. Sentir sa peau devenir encore plus élastique, se tirer, se détendre, se tordre, tu entends chaque cellule se transformer, tu entends les froissements de ta peau, tu détestes ça, mais ce n’est pas douloureux.

→ arrives-tu à le maitriser ? est-il dangereux pour ta santé ou celles des autres ?
Tu arrives très bien à maîtriser ton pouvoir puisque tu vis avec et tu t’entraînes depuis tout petit. À tes neufs ans tu pouvais te transformer en n’importe qui après un long processus complexe de métamorphose. Evidemment, à la moindre déconcentration, il y avait toujours un signe d’imperfection qui montrait clairement que la personne copiée n’était pas identique à ta copie. Mais tu as su perfectionner ton pouvoir après ton adolescence et désormais tu maîtrises à la perfection ton don de la nature. Qui plus est, le processus de transformation est très court, il te suffit de quelques secondes, ta peau ondule et change, transforme sa couleur en un claquement de doigts, rajoute ou enlève des rides, t’épile d’un simple clin d’œil, etc.

→ est-ce que cela a une influence sur ta vie ? as-tu été exclu par ta famille, tes amis, la société ?
Oui. Tu supposes que c’est parce que tu avais déjà ce don en naissant que tes parents t’ont abandonné. On ne te l’a jamais dit, tu ne sais rien sur tes parents. Mais tes parents adoptifs te l’ont dit que tu étais un monstre et ils t’ont renvoyé à l’orphelinat. Ceux qui sont venus après également, et ainsi de suite. Jamais tu n’as pu avoir une véritable famille avec ce pouvoir. Et à la fin, tu t’étais fait une raison, tu n’aurais jamais de famille tant que tu ne contrôlerais pas ton pouvoir. Désormais, tu le maîtrises et ta vie est bien plus belle, tu peux profiter des gens, te faire passer pour qui tu veux et commettre les pires crimes que jamais on ne t’attrapera. Mais tu ne le fais pas, tu n’es pas un criminel.

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Tu es né, c’était déjà une erreur pour tes géniteurs. Tu ne sais même pas s’ils ont juste abandonné l’enfant que tu étais parce qu’ils ne voulaient pas de marmot à s’occuper chaque nuit, l’entendre pleurer, hurler, leur bouleverser la vie, ou si ils t’ont abandonné parce que tu étais un mutant. Tu as toujours eu les yeux turquoise, peut-être que déjà, tout bébé, tu te métamorphosais, changeais une partie de ton corps pour copier celui d’un d’autre. Et ça leur a fait peur au point de te laisser dans un orphelinat de Las Vegas. Oui, il n’y a pas que des machines à sous là-bas, ni des églises avec Elvis Presley qui te marie en chantant Can’t Help Falling in Love with You. Et c’est là bas que tu as grandi, maintes famille de Las Vegas ont voulu t’adopter, ils aimaient tous des beaux yeux turquoise, ils disaient que tu étais beau, différent, que tu allais séduire tout le monde avec ton regard toujours ébahi. Mais tous finissaient par te ramener à l’orphelinat en découvrant ta nature mutante. Bizarrement, les femmes qui s’occupaient de toi à l’orphelinat Wesley Randall, en mémoire à celui qui a fait construire ce foyer pour orphelins, là-bas, personne ne te traitait de monstre. Du moins, pas les adultes. Ils étaient désespérés de te revoir, hommes comme femmes, l’air de dire « Tu reviens encore ?! ». Mais ils étaient tristes que tu ne réussisses pas à garder une famille plus de deux mois. Tu les as collectionné, une bonne trentaine jusqu’à tes dix-huit ans où tu as finalement pu t’en aller. Chez Wesley Randall, les gosses variaient d’un extrême à l’autre. Certains étaient tes amis, ils compatissaient et t’aimaient bien, surtout parce qu’ils se disaient « au moins il y a pire que moi dans le monde … », et d’autres te traitaient de monstre. Tu te cachais ainsi souvent dans ta chambre et ne sortais que lorsque tout le monde rentrait, on t’autorisait vu ta condition mutante à profiter de la solitude dans le jardin au moins une heure par jour, parfois plus. Déjà petit tu jardinais, c’était le seul moyen que tu avais pour évacuer tes frustrations, pour trouver la paix et échapper à la réalité. Prendre soin des fleurs et des plantes, quelque chose d’infiniment petit et vulnérable, comme toi. Alors tu les chérissais.

Quand tu es parti de l’orphelinat, tu as vagabondé dans la ville dans un premier temps. Tu avais déjà bien appris à contrôler ta mutation et tu piquais l’identité des gens pour rentrer chez eux. Souvent celles des enfants, les parents, croyant nourrir leur gosse, te donnait de quoi manger, boire, puis tu partais avant que le vrai n’arrive. Parfois, c’est le rôle du mari que tu empruntais, ta femme te faisait à manger, puis elle t’embrassait, et elle voulait que tu lui fasses l’amour. Et toi tu le faisais avec grand plaisir, même si quand tu partais, tu avais honte de ton comportement. Escroquer, tromper, manipuler, voilà ce que tu faisais. Mais tu en ressentais que du plaisir, alors tu as continué. Parfois, c’est le rôle de la femme que tu prenais et les maris te faisaient l’amour, tu aimais ça tout autant, prenant des plaisirs insoupçonnés en empruntant l’anatomie de la femme. Tu copiais tout le monde, n’importe qui tant que tu gagnais nourriture et amour. Tu faisais même en sorte de prendre l’apparence d’un patron de restaurant pour y manger à l’œil. Tu avais un appartement décent pour un jeune fleuriste en herbe, et comme tu subsistais à tes besoins de nourriture en trompant les gens avec ton pouvoir, tu avais rarement besoin d’acheter quoique ce soit, sinon payer le loyer, l’eau et l’électricité. Tu vivais ta vie comme tu le pouvais, tu survivais à ta condition, à ta nature, tu étais seul sans aucun modèle, alors tu vivais dans le péché et la tromperie. Mais entre ça et te tirer une balle, la première solution était meilleure. Tu vivais ta vie comme tu le pouvais, tu survivais à ta condition, à ta nature, tu étais seul sans aucun modèle, alors tu vivais dans le péché et la tromperie. Mais entre ça et te tirer une balle, la première solution était meilleure.

Tu as finalement vécu de la sorte pendant dix ans. Entre temps, tu avais quand même pas mal économisé à force de manger gratuitement dans les restaurants et chez les gens. À chaque fois, tu déménageais dans une autre ville pour faire de même, trouvant un boulot de fleuriste ou tout simplement en bossant dans les jardins municipaux. Jusqu’au jour où il t’a contacté, Charles Xavier, celui qui t’a « sauvé » même si tu trouvais que c’était déjà trop tard. À 28 ans, tu avais déjà commis tellement de méfaits, tu avais profité de la gentillesse et la faiblesse de tant de gens juste pour survivre que tu n’avais pas compris pourquoi le professeur Xavier avait autorisé le mutant que tu es à rejoindre son institut. Mais tu l’as fait et tu y vis depuis un an déjà. Tu es le jardinier attitré et tu y vis paisiblement. Tu n’as plus vraiment besoin de tromper les gens, mais tu le fais quand même par réflexe. Tu te sens seul alors quand tu vas en ville, tu recommences tes méfaits. Tu t’introduis chez les gens et prends l’apparence d’un membre de la famille pour gagner un peu d’amour et de tendresse, tu profites des privilèges accordés en prenant l’apparence des patrons de grands magasins et chefs d’entreprise. Bref, tu sombres à nouveau. Et tu dois te forcer à ne pas faire de même avec tes camarades. Parfois tu vois de jolis couples d’élèves âgés ou de professeurs, et tu as envie de prendre la place d’un des deux et vivre ce qu’ils vivent. Mais tu résistes tant bien que mal. Alors pour éviter que quelqu’un n’apprenne ce que tu aimes faire, tu joues les fantômes, tu ne parles pas beaucoup et restes discret en essayant de « guérir » cet aspect de toi pour devenir quelqu’un de meilleur.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:34

FICHE CHARLIE


NOM : Rutherford.
◊ PRÉNOM(S) : Charlie.
◊ AGE ET DATE DE NAISSANCE : 24 ans, né un 29 mai.
◊ STATUT AMOUREUX : célibataire, mais son cœur appartient toujours à Anya qu'il ne reverra certainement jamais.
◊ DEPUIS QUAND ES-TU A L'INSTITUT : Il vient seulement d'y arriver.
◊ POUVOIR/DON : Contrôle de la matière.
◊ D’APRÈS TOI, DANS QUELLE CLASSE (DON/POUVOIR) ES-TU ? : Avant son entrée dans le monde de Mohn, il aurait pu être considéré comme un Alpha. Néanmoins, ceux-ci ont disparu lorsqu'il en est sorti. Refoulement ou suppression totale de ces pouvoirs, c'est à lui de le découvrir. Il est ainsi plutôt difficile de classer sa mutation. Ex-Alpha ? Alpha refoulé ? Alpha qui vient bientôt péter à la tronche de tout le monde ?
◊ CARACTÈRE : Deux phases sont ici aussi à noter. Avant d'arriver dans ce monde, il était clairement un déchet, rebut de la société, flirtant avec les excès en tout genre pour tester ses limites. L'alcool, la drogue, le sexe, rien ne lui était inconnu. Il n'était malgré tout pas en dépression, juste perdu, esseulé, avec une compréhension limitée du monde et de ce qu'il renferme. Charlie est dévasté à sa sortie du monde, y ayant laissé sa bien-aimée, Anya. Il s'est néanmoins adoucis. Il a développé un large sens des responsabilités en se découvrant chef d'une famille d'orphelins, jouant également le rôle du mari aimant. Il sont tous resté, lui seul est sorti de cette contre-société immatérielle. C'est à présent quelqu'un de calme, réfléchi, bienveillant et très peu bavard.
◊ AMBITION : Se reconstruire, essayer de donner une fois de plus un sens à cette vie. Les changements sont rudes, il va falloir s'adapter de nouveau, réapprendre à vivre, réintégrer les codes de cette nouvelle société et annihiler ceux qu'il avait établi dans le monde de Mohn.
◊ GROUPE : They bend stuff

Il s'est fait tatoué « M&C » sur l'omoplate, de façon certainement illégale et sans prévenir qui que ce soit. Il désirait que Mohn soit gravée dans sa peau éternellement. ** Avant son entrée dans le monde, Charlie était un fou de technologie et ne pouvait pas passer une seule journée sans technologie. ** Il a toujours eu des problèmes d'alcoolisme et de drogue, le monde a en quelque sorte été sa cure de désintoxication. ** Il pouvait « communiquer » avec Mohn grâce à un large cristal, cœur de ce monde parallèle. Il comprenait tout ce qui se passait pour elle dans le monde réelle et est donc au courant pour son histoire avec Solal et malheureusement pour celle de Tobias également. ** Il ne voulait pas réellement quitter le monde, c'est Anya qui l'en a convaincu, lui disant qu'il devait porter son secours à Mohn et qu'elle avait bien plus besoin de lui qu'elle. ** Cette dernière a quitté l'institut juste après, ne laissant pas à Charlie le temps de la voir et donnant à Grace une lettre pour lui expliquer les raisons de son départ. ** Charlie est par conséquent dévasté, ayant l'impression d'avoir abandonné Anya sans aucune raison et il se retrouve ainsi seul, sans repère, dans un monde qu'il ne connaît plus. ** Il n'a pas peur de la solitude, y ayant été sûrement trop confronté. ** Il est pansexuel. Avant Anya, il pensait n'être attiré que par les hommes.

→ quand as tu découvert que tu étais "différent(e)" ? Il s'est passé des choses étranges à plusieurs moments au cours de son adolescence. La première occurrence était alors qu'il partageait un repas avec sa famille et que son assiette a fondu devant ses yeux. Il n'y a tout d'abord pas accordé beaucoup d'attention, mettant cela sur le compte de la fumette un peu trop intense. Puis il a fait un trou dans son plafond et a pu profiter d'une jolie vue sur les étoiles à chaque fois qu'il allait dormir. Il n'a jamais donné beaucoup d'importance à ce don jusqu'à-ce qu'il arrive dans le monde, où il s'est réellement mis à y réfléchir. Il était surpris lors de ces premières occurrences, mais trop enfermé dans son nuage de fumée pour y comprendre quoique ce soit.

→en quoi consiste ton pouvoir ou ton don ? Le contrôle de la matière est très complexe. Il permet à Charlie d'altérer n'importe quel objet physique et de le faire changer d'état. Lors de son accident, par exemple, il a par accident créé un énorme fossé dans la route ; fossé responsable de son destin funeste. Les transformations peuvent aller de choses simples : faire faner une fleur, la solidification d'un élément aqueux ou l'inverse à des choses bien plus impressionnantes telles que la fusion d'un métal – – il lui est arrivé de faire fondre un lampadaire alors qu'il allait juste fumer une clope.

→ arrives-tu à le maitriser ? est-il dangereux pour ta santé ou celles des autres ? Il est entré dans le monde en ne maîtrisant aucunement son don, c'est d'ailleurs celui-ci qui a provoqué l'accident de voiture et qui a fait que Mohn l'y a envoyé. C'est un don bien trop puissant pour une personne sûrement trop jeune. Il n'en connaît pas encore réellement la portée. Il peut-être très dangereux pour sa santé (si Mohn ne l'avait pas sauvé lors de cet accident il serait très certainement mort) ainsi que pour celle des autres pour les mêmes raisons. Les occurrences de ce don étaient très aléatoires, il n'en comprenait absolument pas le mécanisme. Certaines fois, il faisait fondre des arbres juste en s'appuyant contre ceux-ci, d'autres fois rien ne se passait. À son arrivée à l'institut, son don n'est plus nocif puisqu'il ne semble plus se manifester.

→ est-ce que cela a une influence sur ta vie ? as-tu été exclu par ta famille, tes amis, la société ? Si l'on considère que c'est son don qui a provoqué l'accident et qui par conséquent l'a transporté dans le monde parallèle de Mohn, alors oui, celui-ci a eu une très grande influence sur sa vie. En effet, il a dû réapprendre à vivre dans un milieu hostile, désolé et différent. C'est alors à cause de son don qu'il a été contraint de vivre seul pendant des années, rejoint ensuite par d'autres âmes qu'il considère à présent comme sa famille. Cette mutation n'a jamais été un problème pour Mohn, qu'il considère comme sa seule famille. En même temps, une alien avec un don encore plus étrange que le sien serait mal placée pour le juger. Il n'a jamais réellement eu d'amis et il a arrêté de considérer sa famille comme tel bien avant qu'ils ne découvrent son don ; donc son exclusion de celle-ci n'a aucun rapport avec cela. Ensuite, il n'a jamais réellement eu le temps de découvrir la société – la vraie ; ainsi, il ne peut témoigner de l'effet que sa mutation a eu sur celle-ci.



I.
trainwreck
** Elle file, déchirant les vents, cette maudite voiture. Les roues hurlent sur la chaussée humide, un cri de détresse, un cri de mort. Un joint se trouve entre ses lèvres délicates et son visage se perd dans la fumée épaisse. Les mains s'agitent fiévreusement sur le volant que l'on ne peut plus distinguer. Elle file, cette maudite voiture. Chaque inspiration lui brûle les entrailles. Les rires sont projetés contre le pare-brise, doux carambolage d'exaltation. Son esprit est embué, enivré par un nectar mortifère, saveur amère contre sa langue. Ses yeux son injectés de sang, exorbités et hilares, ils se fermeront bientôt.

Les basses s'échappent des enceintes en salves désordonnées. Il se délecte de chaque son, de chaque instrument composant sa dernière mélodie. Dehors, il fait noir, le givre a volé la vitalité des arbres dépouillés de leur feuilles. La bise siffle contre la carrosserie, prière indistincte, supplication morbide. Elle file, file, cette maudite voiture et les rires s'intensifient, témoins babillards d'une belle inconscience. L'atmosphère extérieur s’installe progressivement dans la voiture et ils ne le remarquent même pas, inconscients du givre qui flétrirait bientôt leur cœur en fête. Mais il accélère, toujours plus, flirtant avidement avec ce danger qui le grise. La mort n'est qu'une idée, une image imprécise devant son âme innocente. À seize ans, on ne pense pas à notre trépas, on ne pense qu'à cette putain d'immortalité qu'on agrippe fermement, on se déboîte la tête pour la sentir, là, au creux de nos mains tremblantes, rendues infirmes par la drogue. On ri à en pleurer, comme des gosses devant un cartoon, on oubli que c'est réel, que c'est le pétard qui nous déglingue les neurones. Et putain qu'est-ce que c'est drôle, qu'est-ce que c'était drôle. Mais elle fonce toujours plus vite, cette maudite immortalité, seul un bon coup de frein à main calmerait son ardeur. Les drogues paralysent sa main, il ne s'arrêtera pas. Ses yeux se posent brièvement sur Mohn, assez longtemps pour capter avec assez d'exactitude les résidus de sa beauté délabrée. Elle est si belle, si intense, fragilité primitive que même la plus dure des substances ne parviendrait à altérer. Elle est là, sa seule immortalité, enchaînée à son esprit, sa douce moitié, ce sublime alter ego, gardienne protectrice du souffle de sa vie. Son existence est un tout, brillant macrocosme pour représenter son infime vie, sans elle, sa raison déraisonne. C'était en Mohn seule qu'il existait. Elle qui était pourtant si jeune semblait endosser mentalement le poids de plusieurs vies ; et c'est de là que provenait sa beauté. Elle filait la voiture, mais Mohn filait également. Elle était son ancre, le pied qui le rattachait à la réalité. Sa présence, même silencieuse, était le seul trésor qu'il possédait, la perle enfermée dans une huître qu'il préférait laisser close. Mohn, sa seule famille, la seule personne pour qui il était capable de ressentir de l'amour sans sensualité, l'unique personne avec qui il se sentait toujours... Comme à la maison. Jusqu'à-ce qu'ils soient séparés.

La carcasse future roulait, roulait toujours. Puis elle ne roula plus. Puis elle n'exista même plus, sinon dans son esprit embué par le choc. Il se sentait nuageux, mais une éclaircie mentale avait suivi l'accident. Il resta longuement inerte, les yeux fermés, visage caressant l'herbe. Il avait perdu le contrôle, laissé la drogue s'emparer de ses capacités motrices. Une seule image s’attardait dans son esprit anesthésié, la bouche rouge de Mohn, déchirée par la peur.

Charlie planta ses ongles dans la terre, s'agrippant fermement pour s'extirper de la carcasse délabrée. Il pouvait sentir un liquide poisseux dégoulinant sur son front douloureux. Les yeux fermés, il rampa, rampa encore pour s'éloigner au plus vite. Il ne voyait rien, les yeux embués par ses larmes qu'il essuya du revers de sa main. Puis il eut comme un sursaut de recul, une impulsion tonique suivie par un hurlement strident. Il n'y avait pas de voiture, il n'y avait pas de sang sur son visage. Et Mohn, Mohn n'était pas là non plus. Son cri s'étira éternellement, la terreur qui déformait son visage ne pourrait être résumée par un choix lexical réducteur. Tout était violet, le soleil couchant donnait une teinte orangée à ce ciel menaçant qu'il ne reconnaissait pas. Mohn. Il se leva violemment et se mit à courir, courir, courir, il courrait jusqu'à en dégueuler ses poumons. Mais ce champ était interminable, interminablement interminable. Il écraserait toutes les fleurs, toute cette putain d'herbe s'il le fallait.

L'image était dégueulassement lyrique. Le bel homme hurlant à la mort dans un champ orné de fleurs violettes, le genre qu'il fallait emmener aux enterrement juste pour dire qu'on ne voulait pas acheter des lys, trop glauques et prévisibles. Il s'était agenouillé, agonisant sur la gerbe gigantesque de cette pierre tombale digne d'une exposition d'art contemporain que l'on venait de lui offrir. Bientôt, il chercherait un marécage, cueillerait quelques fleurs qu'il collerait à ses vêtements, et s'y laisserait mourir pour reproduire avec exactitude l'Ophelia de Millais. Il serait peut-être même accroché lui aussi à la Tate Gallery, s'il parvenait à imiter la gueule de prude psychotique que le peintre lui avait donnée.

« fuck »

II.
savage
** Trois jours. Trois putain de jours merdiques. Trois putain de jours de putain de merde de jours de putain de jours de merde. Ses pupilles étaient dilatées et ses yeux étaient légèrement jaunes. Ses lèvres étaient plus sèches que celles d'un lama perdu dans le désert. Quelques croûtes embellissait déjà ses phalanges et son cœur parvenait toujours à conserver un rythme convenable. Son ventre hurlait aussi fort que lui lors de l'accident et ses pieds étaient en lambeaux. Il regardait, distrait, cette sublime prairie digne d'une série pour ménagères frigides. Il pouvait imaginer des gamins anglais, à l'époque victorienne, y courir avec leurs fringues ridicules. Mais il n'y avait pas de gamins. Putain, il donnerait tout pour voir un gamin. Il s'enlisait progressivement dans une introspection putride, explorant chaque parcelle de son encéphale pour y trouver un souvenir agréable auquel se rattacher. Il avait vu milles films sur des gars qui se retrouvaient seuls sur des îles, mais aucun ne montrait à quel point on s'y faisait chier. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il faisait ici, seulement qu'il aurait voulu que les bourgeons, partout, soient de la weed. Il regrettait presque ces moments où il se tapait des vieux mecs pour du fric, aussi gerbant qu'ils pouvaient l'être. Il aurait tout donné pour retourner chez celui qui kiffait lécher ses pieds, au moins il avait une douche. La théorie du complot lui avait traversé l'esprit, un truc cool à la Truman Show avec des caméras partout et des gosses sans vie qui se foutrait de sa gueule derrière leurs écrans. Mais non, bien sûr que non. Il était mutant, et c'était bien dans un putain d'endroit chelou qu'il était enfermé, un monde préhistorique où il allait devoir égorger des caribous pour pouvoir bouffer.

Les heures passaient sûrement, volatiles comme ces oiseaux qu'il aurait bien voulu dégommer pour qu'ils se la bouclent. Il n'avait aucune envie de partir en exploration, de défricher ce putain de trou pommé pour éviter de s'emmerder. Non, il allait se laisser crever, dans cette vaste étendue d'herbe, laisser les fourmis se déboîter l'estomac avec sa chair. Il était tragique, tellement tragique que Dickens n'aurait même pas pu écrire un roman sur lui sans chialer. Dieu sait que ça aurait été un putain de bouquin prolifique, puis on aurait engagé un acteur plus beau que lui, avec des abdominaux développés, pour faire mouiller les pucelles au cinéma. Cette bouffonne de Mohn lui déglinguait la tête, à chaque seconde, trop égoïste qu'elle était pour crever et le rejoindre dans ce purgatoire monotone. Au moins, si elle avait été là, ils auraient pu se taper des barres en dégommant des truites à la lance ; tout aurait été plus funky.

« Fuck you, Mohn. Sincerely, FUCK YOU. »

Jusqu'à la mort, ouais. Si c'était ses organes qui avaient été éjectés de la voiture il se serait pendu pour pas la laisser toute seule. Elle était sûrement en train de cracher ses larmes, à préparer son enterrement au lieu de bouger son cul et de se taillader les veines pour le retrouver ici. Charlie commença à réciter des extraits de Mrs Dalloway pour tromper l'ennui, puis de Orlando, puis, lorsqu'il eut épuisé la bibliographie de Virginia Woolf, s'attaqua à celle de Mark Twain. Bientôt, il ferait nuit et il commencerait à flipper à cause des bestioles planquées dans l'herbe. Pus il en verrait une, puis il en verrait deux, puis il en verrait cent et il se mettrait à sangloter comme une tapette. Un palace, ça aurait été trop demandé avant d'arriver au paradis ? Un palace, avec un jacuzzi, pleins de gays et des orgies dans toutes les pièces ? Étais-ce nécessaire de le forcer à dormir à la belle étoile, sur de la terre recouverte de sperme de cafard et de pisse de renard ? Il ne croyait pas en dieu, mais si cette lopette existait, il lui arracherait les couilles pour s'en faire un collier. Ou il les mangerait, il avait faim après tout. Dieu était souvent représenté comme une figure immense, il pourrait bouffer ses burnes divines pendant deux semaines et ça, ce n'était pas négligeable.

III.
father
** On lui avait toujours dis de ne jamais perdre son sens de l'humour. De la vieille croulante qu'il avait encaissé au supermarché auquel il bossait, à cette mère qui lui avait confié ses gosses pendant quelques minutes au parc, ça avait toujours été la remarque pète-cul qu'on lui avait donnée, ponctuée d'un grand sourire. Les années étaient des siècles dans cet endroit. La conscience qu'il avait de son physique avait été altérée par le poids des jours, si bien qu'il n'était repoussé ni par sa longue barbe, ni par ses vêtements dégueulasses qu'il avait porté depuis son arrivée dans le champ violet. Sa solitude n'avait durée qu'un temps. Des gamins s'étaient retrouvés au même endroit que lui, exauçant l'un des souhaits qu'il avait émis lors de ses premiers jours de galère. Au départ, ils n'avaient été que deux. Deux orphelins déroutés, deux pauvres mômes qui hurlaient chaque soir en s'endormant. Nombreuses avaient été ses tentatives de suicide, bien vaines. Il s'arrêtait avant le moment fatidique, bien trop douillet pour accepter de voir sa belle gueule détruite contre des rochers. Ces gamins, ils lui donnaient la force d'oublier la douleur dans son cerveau, cette fissure irréversible, ce vacarme qu'il avait rendu muet pour les préserver.

Avant leur arrivée, tout n'avait été que vagabondage, que survie démotivée. Il n'avait répondu qu'à des besoins primaires, suivant un rituel journalier. Bouffe, pisse, dodo, merde. Bouffe, dodo, pisse, merde, pisse, dodo, bouffe. Moins civilisé qu'un primate, il avait fait l'expérience de ce que Rousseau appelait l'état de nature, un truc bien crade pour les porcs sans vie. Le mot décence n'était ici qu'entropie, un vaste vide lexical. Il avait appris à vivre en décodant tout ce qui avait été établi dans son cerveau. Il n'était plus qu'une restitution sabotée de la réalité, la réalisation pestiférée de fantasmes scientifiques. Il s'était mis à prier, prier jusqu'à ne plus sentir ses mains liées pour que tout s'arrête, pour qu'il puisse enfin trouver le repos. Une insensibilité total s'était installée dans son corps meurtri, l'inhumanité était devenue une base solide, un socle sur lequel il se reposait sans même sans apercevoir. Bien que doué du langage, il ne se servait plus de la phrase. La littérature ne lui était plus d'aucun secours et toutes les histoires qu'il avait pu lire lui avaient semblé aussi vide que son cœur. Bien plus qu'un exil, c'est la faculté de sentir et de ressentir qui lui avait été volée. La beauté n'était plus qu'un concept vague dans son esprit rendu étroit. Il flottait sur sa vie, comme plongé dans une nuit éternel. Tout était fixe, permanent. Le monde avait achevé sa rotation en même temps que son âme.

Puis ce premier gosse qui n'avait pas osé l'approcher, ce petit bout de garçon qu'il avait traqué pendant des jours. C'est à cet instant que sa conscience s'était réveillée et que tout son corps s'était remis en marche. Il était le premier d'une longue lignée d'enfants perdus. Ces mômes l'avaient reconstruit, avait recollé les morceaux de son humanité niée. Charlie n'avait pas recouvré la notion d'individualité. Il s'était auto-programmé pour évoluer en fonction d'autrui, jouant le rôle qui lui était demandé pour le bien être de ces enfants. Il séchait les larmes, apaisait les cauchemars, veillait à ce que chacun puisse profiter d'un repas. Il inventait des histoires, faisait naître en eux l'espoir d'une vie meilleure, figure paternelle dont il n'avait jamais bénéficié. Il s'était mis à maîtriser l’outil et la technique, empêchant ses orphelins de succomber au froid. Chacun de leurs yeux étaient le reflet de sa vie, mômes pommés et sans repères. C'est après leur arrivée qu'il avait assassiné le gamin qui demeurait enfermé dans sa cage thoracique. L'innocence s'était évaporée dans l'air de la forêt. À présent il était père.

IV.
angel
** Présence séraphique, silhouette vaporeuse et aérienne. Elle était là, cette poésie perdue, ces vers mélodieux à la musicalité divine. La chevelure était d'un blond éclatant, se perdant dans l'immensité violette en quelques parfaites boucles. Sa beauté était intacte, diamant brut dans un écrin doré. Le ciel couchant répercutait sa teinte rosée dans ses yeux azurs, il était comme un outil scénaristique transpirant de romantisme, plongeant les acteurs dans une envolée émotionnelle bouleversante. Son état de conscience était relatif. Comme un oiseau tombé de son nid, elle s'était retrouvée dans ce champ profane, projetant son scintillements sur toute la prairie. Sa délicatesse éclatait de tous ses membres. De ces lèvres dont il imaginait déjà les baisers, de ces joues dont la douceur était apparente, ces mains si petites dont il pouvait deviner la robustesse, de cette poitrine envoûtante dont la forme transparaissait sous le tissus. Ce corps inerte, sanctuaire fragile qui bientôt serait estropié.

Charlie se tenait au-dessus d'elle, essuyant ses yeux humides, ébranlé par cette apparition éthérée. Son estomac était noué par l'appréhension. Il ne souhaitait la réveiller, désireux d'immortaliser cette image céleste pour s'y rattacher lorsque son charme déclinerait. Rien ne restait sain, dans cet endroit infecte. Cette demoiselle avait été son premier choc esthétique depuis son arrivée. La flore luxuriante, les ruines cyclopéennes n'avaient rien de beau à ses côtés. Il en était convaincu, c'était pour lui qu'elle avait été amenée ici, pour permettre à son cœur de rejouer sa symphonie allègre.

Le garçon s'agenouilla religieusement et réarrangea la frange de la belle. Il déposa un baiser contre son front immaculé et approcha ses lèvres de son oreille pour lui chuchoter ces mots :

« I'm gonna take good care of you princess. »

*

** Anya la brillante. Anya l'étincelante. Il avait voulu la sauver, la garder contre lui pour que jamais elle n'ait à souffrir de leur condition. Gant de soie, main de fer. Elle avait agrippé ce monde pour en faire le sien, s'était amourachée des étendues verdoyantes. S'était amourachée de lui. Sa présence avait transformé leur abris de fortune en un éblouissant palais. Elle s'était évertuée à lui faire découvrir la science des sensations et leurs âmes s'embellissaient, prises d'une sublimation ascensionnelle. Il avait redécouvert le mot, l'onctuosité d'un échange, l'excitation de la séduction. Charlie vénérait son corps et s'extasiait de sa voix, ses pensées agitées par le rythme binaire de son prénom parnassien. Ils trompaient le temps, se perdaient en lui, maîtres d'une contre-société utopique. Il possédait une connaissance limité du fonctionnement d'une famille, mais il lui semblait que c'était cela qui lui avait été offert. Ils jouaient au père et à la mère, se noyant volontiers dans une routine orgastique.

V.
gone
« Je te demande pardon, Charlie.
Rester enfermé pendant si longtemps – ça fait quoi, huit ans ? Et revenir enfin pour me voir partir, je t'abandonne encore une fois. Mais cette fois-ci, je sais que tu es vivant, que tu trouveras de nouvelles marques. Cet endroit est une bonne place, tu ne seras pas seul, tu vas découvrir tant de choses.

Je n'ai pas besoin de t'expliquer pourquoi je pars. Mon père me l'a fait comprendre, tu as su tout ce qui se passait autour de moi, pour moi. Tu as su pour Lyra, Ellis, Solal. La mort de Jervice, cette mission qui s'est finie bien trop mal. Pour Tobias aussi, et mille ans d'excuses ne suffirait pas à te demander pardon pour tout ce que tu as du endurer là-haut. Ce n'était pas fait pour ça, ça n'aurait jamais du se passer comme ça. Ce que je suis, ce n'est pas une mutation, une foutue expérience pour des créatures qui nous traitent comme du bétail. Un jour ils en auront assez, et ce jour, qui sait ce qui pourra arriver ? Je peux avaler l'Univers, Charlie. Je peux tout détruire, et je ne compte pas te refaire subir ça.

Cet endroit n'est plus bon pour moi. J'en ai trop vu, trop su, je préférais les mensonges de la CIA à l'idiotie de Xavier. Envoyer des gamins sur un champ de bataille – c'est ce qu'était la Norvège, un putain de champ de bataille – pour qu'on puisse voir mourir un enfant qui n'avait rien demandé à personne. J'en ai trop vu, avec Tobias, les murs ne me rappelle que de sales souvenirs. Je suis enceinte, peut-être que tu le savais déjà mon Charlie. Deux bidules, dans mon ventre, j'imagine bien ce que tu aurais pu dire là-dessus. Je t'avoue un secret que je garde bien au fond de moi ; je ne sais pas qui est le père, Solal ou Tobias. Je prie pour que ce soit Solal.

Huit ans, ça ne se rattrape pas.
T'es sorti de là dedans blessé, tu ne te rappelles pas peut-être. Je t'ai juste déposé à l'infirmerie, je t'ai laissé aux mains de Grace pour qu'elle fasse son possible. Parle lui, son don t'apaisera. Et maintenant je rédige cette note qu'elle te donnera à ton réveil.

Ce n'est que lâcheté, je sais bien.
Prends soin de toi, Charlie Rutheford, et rappelle toi que je t'aime. »
lettre de Mohn écrite pour Charlie (par justine)
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:37

FICHE LUDMILLA

◊ NOM : Михайлова Mikhaïlova
◊ PRÉNOM(S) : Людмила Ludmilla
◊ AGE ET DATE DE NAISSANCE : 28 ans; 10/02/1986.
◊ STATUT AMOUREUX : Célibataire.
◊ DEPUIS QUAND ES-TU A L'INSTITUT : Depuis un an.
◊ POUR LES PROFESSEURS&STAFF, LA MATIÈRE ENSEIGNÉ OU SON POSTE : Professeur de danse.
◊ POUVOIR/DON : Explosion.
◊ D’APRÈS TOI, DANS QUELLE CLASSE (DON/POUVOIR) ES-TU ? : Deuxième.
◊ CARACTÈRE : Avant l'incident, Ludmilla était une âme libre, vivant constamment dans l'affect et s'adonnant à la réalisation de ses passions sans réfléchir. Une aura contagieuse semblait s'être installée autour d'elle, toute contenue dans son magnifique sourire. Ses lèvres se sont closes après la mort de son époux; ses yeux aussi. Elle qui autrefois ne voyait le monde qu'avec un œil affamé, ne s'attarde plus sur ces détails. Une abeille qui butine, un moineau s'envolant de sa branche... C'est avec pessimisme qu'elle laisse sa trace sur la route sinueuse qui s'étend devant elle, cette route qui lui semble impossible à arpenter.
◊ AMBITION : Transmettre ses connaissances en danse pour permettre aux autres d'obtenir ce qui lui a été arraché et trouver des bras pour panser la plaie suppurante qui s'est ouverte dans son âme.
◊ GROUPE : Masters of red pen.

◊ 001. Ludmilla baisse son visage lorsqu'elle sent le regard d'un homme se planter droit sur elle. ◊ 002. Elle porte toujours un nœud rose autours du poignet, morceau de tissu provenant du berceau que devait occuper son enfant. ◊ 003. Elle caresse en permanence sa cuisse où elle s'est faîte tatouer une ballerine recroquevillée. ◊ 004. Elle ne rit jamais aux éclats, le son est toujours contenu; manie qu'elle a développée récemment. ◊ 005. Ludmilla parle très peu, communiquant avec le regard. Elle n'entretiendra une conversation vocale avec quelqu'un que si elle se sent parfaitement à l'aise. ◊ 006. Elle pose par réflexe sa main contre son estomac lorsqu'elle n'est pas occupée. ◊ 007. Ludmilla ne porte que des robes, à coupes et à couleurs variantes, bien que souvent pastels. ◊ 008. Elle entretient une fascination pour Johnny Cash et June Carter Cash. ◊ 009. Elle fume en permanence, jusqu'à un paquet par jour. ◊ 010. Elle passe le plus clair de son temps libre à se promener dans les jardins, où dans sa salle de danse qu'elle ne quitte qu'en début de soirée. ◊ 011. Elle ne quitte jamais sa chambre sans être parfaitement apprêtée, habitude qu'elle a conservé. ◊ 013. Elle s'habille toujours très légèrement, ne portant pas de collants sous ses robes même par grand froid. ◊ 014. Elle a une cicatrice au niveau des hanches, due à la première explosion qu'elle a provoqué. ◊ 015. Pendant certaines nuits de solitude, elle ouvre une bouteille de vin qu'elle boit seule. Elle s'endort fréquemment en renversant la moitié de son contenu et elle prétend n'avoir rien fait le lendemain. ◊ 016. Le seul moment où elle semble se détacher de cet état d'esprit est quand elle enseigne. Lorsqu'elle est entourée de ses élèves, elle est imperturbable.

→ quand as tu découvert que tu étais "différent(e)" ? Lors de sa première crise émotionnelle. La perte de son bébé et les accusations de son mari l'ont plongée dans un état second. Incapable de contrôler ses émotions, elle a fait exploser sans le vouloir tous les objets se trouvant autours d'elle, renversant par la même occasion une large poutre sur son époux et le tuant sur le coup. Elle considère cette mutation comme une malédiction et la tient pour responsable de tous les maux dont elle souffre.

→en quoi consiste ton pouvoir ou ton don ? Lorsqu'elle est prise d'une rage incontrôlable, Ludmilla a la capacité de faire exploser toute sorte de matières. Ce phénomène se produit généralement de façon accidentelle et les dégâts qu'elle provoque sont considérables. La force qui se répand dans ses membres dans ces moments-là est telle qu'il est extrêmement dangereux de se trouver à ses côtés lorsqu'elle s'emporte.

→ arrives-tu à le maitriser ? est-il dangereux pour ta santé ou celles des autres ? Elle commence seulement à contrôler son don et parvient à faire exploser de petits objets avec beaucoup de concentration. Mais elle déteste tellement cet aspect de sa personne qu'elle tente au possible de l'occulter. Son corps garde quelques séquelles de ces incidents : elle possède une large cicatrice sur sa hanche. Chaque explosion dont elle est la source lui donne la migraine et elle tremble fréquemment depuis qu'elle a développé ces pouvoirs.

→ est-ce que cela a une influence sur ta vie ? as-tu été exclu par ta famille, tes amis, la société ? Ce don lui a fait perdre la personne la plus chère à ses yeux, la forçant à se reclure dans une prostration inébranlable. Depuis qu'elle a découvert cette capacité, elle garde tout à l'intérieur et tente de ne jamais se trouver dans une situation conflictuelle. Elle n'oralise que rarement sa peine par peur des conséquences.


“She belonged to a different age, but being so entire, so complete, would always stand up on the horizon, stone-white, eminent, like a lighthouse marking some past stage on this adventurous, long, long voyage, this interminable --- this interminable life.”
― Virginia Woolf, Mrs. Dalloway


Une mélodie se jouait ce soir-là entre les murs d'un blanc immaculé ; le son se perdait en un écho qui retentissait, ardent, contre chaque paroi de la salle aseptisée dans laquelle elle s’entraînait. Son cœur vibrait au rythme des violons et son esprit était focalisé sur chacune de leurs précieuses notes. Elle se tenait au centre de la pièce, immobile, les yeux clos, respectant un silence religieux et ne permettant pas à ses inspirations de venir briser la symphonie qui se répercutait dans ses oreilles. Elle s'imprégnait de chaque accord et laissait ses membres la guider. Autours d'elle, on avait toujours affirmé qu'elle était promise à un futur radieux ; on voyait déjà son visage placardé dans tout New-York, on l'imaginait cygne blanc alors qu'elle n'était pas encore parvenu à rejoindre un corps de ballet. On l'observait, fasciné, transformant au gré de notre imagination ses médiocres arabesques en un mouvement tenant du divin. On disait même que Dieu lui-même l'aurait envoyé sur terre en tant qu'ambassadrice, une créature séraphique qui aurait pu envoûter quiconque en un simple jeté de jambes. Ludmilla, дочь света, fille de la lumière. Conneries.
Les enceintes explosèrent et provoquèrent un bruit assourdissant. Elle, restée statique, essuya la larme qui avait coulé sur sa joue et tira une cigarette de son paquet. « отвяжись », putain de merde, murmura-t-elle. Danser avait toujours été son échappatoire, lui permettant de mettre ses émois en suspens dans une imperturbable concentration. Dès qu'elle enfilait ses chaussons et qu'elle se dressait sur ses pointes, il lui semblait que le monde disparaissait ; qu'elle était le monde. Une peur commune était celle de tomber dans l'oubli, de ne devenir qu'une âme anonyme ; Ludmilla, elle, n'avait plus personne pour l'oublier. Ils avaient tous été emportés par la mort. Tous sauf elle. Responsable, elle ne l'était que pour la disparition de certains. Les autres avaient succombé au temps, aux roues d'une voiture, ravagés par une maladie, frappés par un malheureux accident domestique. S'il existait un Dieu, il ne l'avait pas épargnée. Ils avaient tous finis par devenir des visages dans des albums de photographies, des noms sur des tombes crasseuses ; quelques fragments de sa mémoire maudite.
On pense que le but de l'Homme est de vivre avec bonté. Se dévouer à autrui semble être une règle muette qui nous est infligée par la société. L'égotisme est un fléau dont il ne faudrait pas être le représentant, mais dans un monde où le seul contact que l'on entretient est avec sa propre personne, il semble être nécessaire de ré-évaluer ce genre de principes. Devenue un fantôme dans cette constante agitation qui remplissait les rues de la ville, elle dilapidait toujours un peu plus les fonds qu'elle avait hérité de son défunt mari. дочь света. Sa lumière s'était éteinte depuis bien longtemps. Elle s'était transformée en un être aussi aseptisé que la salle dans laquelle elle se trouvait. Une incommensurable pâleur semblait s'être emparée de cette personne extatique qui contaminait, jadis, son prochain avec sa joie. Chaque jour était comme une goûte de poison parcourant ses veines et gangrenant ses organes vitaux. Elle avait été faîte prisonnière d'une existence dont elle ne pouvait plus rien tirer, si ce n'est un peu de plomb avec lequel elle ferait sauter son crâne. Ses yeux se posèrent sur la large fenêtre, seule source de lumière primaire qui paraissait bien faible. Une mère qui tenait son enfant d'une main sereine passa ; ces gens-là étaient son poison.
Des images frappèrent son esprit de plein fouet ; la fenêtre vola en éclats. Elle vit cet homme, magnifique ; elle, lovée entre ses bras réconfortants. Elle vit ce sourire, cet éclat qui faisait hérisser ses poils à chaque fois qu'elle le croisait. Elle vit aussi cette larme, ce talisman qu'il avait laissé de sa vie lorsqu'elle lui avait été arrachée. Ce même talisman qui coulait à présent sur les joues de Ludmilla. Les néons éclatèrent à leur tour ; elle planta ses ongles dans ses paumes blanches. Elle vit cet homme, elle vit cette main qu'il avait posé contre son ventre légèrement arrondi lorsqu'elle lui avait annoncé sa grossesse. Elle vit cet homme, cet homme, cet homme –––
« Tu l'as tué, Lud, tu l'as tué. » lui avait-il dis. Son corps fut pris d’incontrôlables spasmes et elle sentit le sang affluer dans ses artères. La gifle qu'il avait violemment déposé contre son visage immaculé brûlait encore sa peau. Cette trace indélébile continuait à la consumer, pauvre femme, pauvre gisante. C'est là qu'elle avait découvert ses capacités ; mais le simple fait de les nommer de cette façon semblait abusif. Ce gène pestiféré n'avait fait qu'accélérer sa longue descente dans les abysses, compactant les enfers dans sa cage thoracique. Cette gifle avait libéré le mal qui reposait en elle ; il avait attendu, patient, jusqu'à ce qu'il s'embrase. Ce qui n'était autrefois qu'un calme foyer avait explosé, coupant à jamais ses ailes. Un cygne blanc déplumé, dépecé. Ses pointes ne la sauveraient plus.
Elle vit cet homme –––
Tomber sur le sol. Elle se souvint surtout de l'effroi animant ses yeux océans. Les yeux sont le miroir de l'âme. Lorsqu'il fut à terre, ses pupilles n'exprimait plus rien, elle la lui avait volé. La mort de son enfant en couche n'avait été qu'un misérable accident. Alors que Ludmilla se trouvait agenouillée, le visage blotti contre le corps de son mari, elle leva le menton et fixa son regard sur cette maudite marche qu'elle avait manquée, cette maudite chute qui lui avait coûté la mort des deux seules choses qui la rattachaient à sa misérable existence.
Elle avait souvent entendu parler du concept de catharsis ; cette situation de crise émotionnelle qui était sensée montrer la solution au nœud d'une action théâtrale. Elle était devenue en un instant la répugnante actrice d'une pièce malsaine à laquelle il n'y avait aucune issue. Aussi tragique que pouvait sembler cette scène macabre, elle aurait sûrement fait se soulever un public au complet, par la force de ses hurlements. Le décor explosa autours de son corps. дочь света, дочь света, дочь света.
дочь Бездны, fille des abysses.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:39

LUDMILLA/PAVLE

1 -
La musique commence, la guitare s'élance et le drum s'en suit, danse avec elle, s'y prête, se mélange pour les seuls caprices de tes oreilles difficiles. Si quelque chose ici a rapidement su attirer ton attention en Amérique, c'est la musique. L'Anglais ne t'est pas une langue familière, loin de là. L'entendre te donne habituellement mal a la tête, la parler, mieux vaut ne même pas y penser. Et pourtant te voilà, pull au capuchon relevé sur tes cheveux emmêlés, l'odeur réconfortante d'une journée entière passée à l'extérieur t'emplissant le nez a chaque inspiration. Ça, ça te rappel l'Ukraine. L'odeur du froid, l'odeur du vent qui t'a soufflé dessus toute la journée, des feuilles mortes dansant au gré des rafales. Certaines choses resteront les mêmes, malgré leur nom si différents d'un continent a l'autre, malgré leurs interprétations parfois si divergentes. La nature, tu l'adores. Seulement a Kiev, tu n'avais ni le luxe d'un vieux mp3 bon marché et encore moins celui d'un ordinateur pour y mettre de la musique. C'est beau, c'est... puissant. Ça donne un rythme a tes plus banales actions, te donne envie de bouger, de te déplacer comme méduse au courant sans la moindre question quant à sa direction.

Les gens te lancent des regards, se demandent sérieusement d'ou tu sors. T'en as pris l'habitude, ne fais plus grand cas aux yeux que te lancent ceux que tu croises, la façon de te regarder si similaire a celle dont on regarde un pauvre clochard puant. M'ouais. Tu te serais sûrement bagarré au moins deux fois plus souvent si t'avais la moindre idée de ce qui pouvait se dire a chacun de tes passages dans les couloirs de cet institut BEAUCOUP trop opulent pour rien. Non, sérieux? Pourquoi autant de classes différentes! Un cours d'art plastique, un cours de COMPTABILITÉ, un cours de... de danse! C'est vraiment du n'importe quoi en grand, un moyen de plus de donner quelque chose a faire a des personnes qui ne savent faire que ça. Rien d'intéressant, en bref. La seule forme d'expression que tu tolères est celle qui domine tes oreilles et te fait hocher de la tête a chaque battement de batterie, régule tes pas pour leur donner une démarche décontracte mais inflexible. Salle de classe S-202. Deux grandes portes aux carreaux givrés d'ou virevoltent des ombres ça et là. Tes propres écouteurs bloquant le moindre son, tu ne t'attends pas a la suite autant que tu ne le devrais.

Ta main agrippe la poignée alors que l'autre vient finalement se résigner a libérer l'une de tes oreilles. Déclenchement, grincement. Tu arrêtes net, ne la laisse s'entre-ouvrir que d'un ou deux centimètres. Assez pour entendre la musique qui vient de cette pièce. Une musique de... de... de tapette! C'est quoi, ce cours? La dînette?!

Soupire d’agacement. Xavier a été clair. Salle de classe S-202, parler a la madame Ludmilla. Pourquoi juste Ludmilla? Normalement, il faut un nom de famille, non? T'as bien vu son regard changé quand tu le lui as demandé, mais la seule réponse que t'as obtenu, c'est un «demandes-le lui» qui t'a tout de suite hérissé les poils.

Rassemblant ton courage a deux mains, c'est avec l'entrain d'un gamin chez le dentiste que tu ouvres l'une des deux grandes portes et te tient, mains dans les poches, air faussement nonchalant, dans le cadre d'entré. Ce que tu découvres a l'intérieur? Tout ce qu'il te faut pour tourner les talons et repartir en Ukraine en courant. Quoi, parce qu'en plus, on a demandé a une prof de DANSE de t'apprendre l'anglais? Cet endroit est absurde.

CE PAYS EST ABSURDE.

Grognement, soupire agacé comme pour signaler que t'es arrivé. Xavier t'avait aussi recommandé de ne pas interrompre le cours qu'elle terminait et de l'attendre bien sagement a l’extérieur. Mais ''bien sagement'' est un couple de mot que cet académie tarde encore a t'apprendre.

Devant une quinzaine d'élèves, une très grande majorité -évidemment- étant des filles, la professeure qui se tient devant eux n'a certes pas la moindre difficulté a s'adresser a eux, parlant, s'exprimant avec l'assurance que même un professeur n'a pas nécessairement toujours. Tu attardes ton regard sur ses cheveux d'un brun pâle, ondulés, puis a son regard étrangement vif. Elle scrute en un instant, celle-là, c'est évident. Si elle est sûrement une professeur qu'on arrive pas a mener en bateau si facilement, tu es un élève qui, lui, est capable de voir les limites de ses victimes. Mais celle-là, tu ne la jauge pas. Tu ne la jauge pas du tout. Son anglais semble s'enfarger sur un accent si faible que tu n'arrives pas a identifier, même a travers les échos d'une salle de danse aussi énorme. T'as envie de t'éclipser avant qu'elle ne te voit.

Mais c'est trop tard.

Tu sens son regard pâle se braquer sur toi, t'agripper par la gorge et te forcer a la regarder, soutenir cette étrange bagarre sans mot ni gestes ou celui qui détournera les yeux sera l'élève, et l'autre le prof. T'as aucune idée de ce qu'elle disait a ses élèves, mais le «Toi» qu'elle t'envoie de l'autre côté de la pièce, lui, ne t'est pas étranger. Les étudiants se retournent tous vers toi, te dévisagent cette fois avec appréhension limpide.

Hein? Comment ça, toi?

2-
Ils l'encerclaient, figures vaporeuses dont seuls les traits du visage lui étaient familiers. Ils étaient pourtant si peu, quelques braves âmes courageuses dont le tiers s'adonnait aux pratiques qu'elle proposait de façon assidue. Elle n'avait jamais eu le jugement facile, conservant la méchanceté gratuite pour une partie bien reculée de son inconscient ; mais quiconque entrerait dans cette salle se rendrait compte qu'ils étaient tous empotés. Elle s'était évertuée, des semaines durant, à leur apprendre les rudiments du ballet dont elle était spécialiste, mais la tâche semblait bien plus complexe que ce que sa naïveté lui avait laissé entendre. Les concepts de grâce et d'ascension n'étaient absolument pas inscrits dans leurs jeunes esprits, par conséquent, leurs entrechats étaient d'une lourdeur inquiétante. Toutes les bases étaient à revoir et elle perdait patience, montrant un nombre incalculable de fois l'exemple à suivre, donnant à chacun de ses mouvements la même force et la même intensité émotionnelle que celle qu'elle avait pu fournir lorsqu'elle avait incarné le cygne blanc sur scène. Tout était si brumeux qu'elle en perdait ses repères, la musique lui faisait mal aux yeux et le désordre de son troupeau piquait ses oreilles fragiles. Mais c'était une femme d'un professionnalisme extrême, elle ne leur offrirait donc pas sa méchanceté.

C'est ainsi qu'elle se trouva assise sur le sol, retirant ses chaussons et faisant descendre son jupon le long de ses cuisses. Aucune parole n'échappa ses lèvres closes. Ludmilla marcha, lentement, tournant autour de ses élèves dans un silence mortuaire. Son visage n'exprimait rien, comme possédé par le néant. Elle tenait ses mains derrière son dos et s'attardait devant chaque groupe, patiente. C'est en suivant scrupuleusement cette méthode qu'elle se rapproche de son large sac de sport duquel elle tira une paire d'escarpins. La belle s'attarda, langoureuse, elle enfila un short, puis passa les chaussures autour de ses chevilles avec une douceur provocante. Elle ne prononça toujours pas un mot. Elle fit signe aux gamins de se regrouper en une ligne bien droite devant elle, se délectant de l'incompréhension plaquée sur chacun de leurs visages, puis, d'une voix calme et suave, commença :

« Rumba. C'est une danse qui s'est développée au dix-neuvième siècle, dans des milieux afro-cubains. L'idée de la rumba, c'est l'attraction qui existe entre l'homme et la femme, cette tension sensuelle, sexuelle... Que vous connaissez très bien... Qui provoque une forme d'électricité entre les partenaires. Pour danser la rumba, il faut chercher en nous, au plus profond de notre être, l'érotisme refoulé, freiné par la société, et l'exprimer dans cette danse. Vous ne désiriez pas danser le ballet, vous allez par conséquent chercher cet érotisme. Tout de suite. »

Elle se força à dissimuler le sourire qui s'était introduit sur ses lèvres lorsqu'elle eut achevé sa logorrhée mesquine. Ses yeux ne s'intéressèrent pas à ses élèves, mais elle pouvait imaginer leur mine décomposée face à ce qu'elle venait de leur demander. Elle se renferma dans un silence religieux et se dirigea vers les enceintes au fond de la salle. Une playlist fut ainsi lancée, remplie des musiques les plus chargées sexuellement qu'elle possédait sur son téléphone. Alors elle retourna au centre de la pièce, suivant le rythme de la musique qui ensoleillait son âme, substitut d'un bonheur qu'elle ne parvenait à trouver autre part que dans sa profession. C'est à cet instant qu'elle aperçut ce petit bout de garçon qui se trouvait près de la porte. Ludmilla l'interpella avec une sévérité qu'elle n'avait pas prémédité, mais l'intimidation serait délicieuse et transformerait l'idée qui lui avait traversé l'esprit en un incroyable festin. Elle lui fit signe de se rapprocher, comme une louve attirant sa proie jusqu'à sa gueule. Lorsqu'il fut enfin à son niveau, elle planta ses yeux sur lui, l'analysant de la tête aux pieds avant d'acquiescer, signe que son physique lui convenait parfaitement. Elle ne se présenta pas, ne lui demanda pas non plus de se présenter, mais se contenta de passer ses mains omnipotentes sur son pull pour le lui retirer. Elle se positionna pour respecter la position de base et colla sa poitrine contre lui, ses lèvres presque contre les siennes. Un nouveau sourire sur ses lèvres écarlates. Puis un cri :

« La Rumba. Quatre temps. On effectue trois pas sur chacun des premiers temps et un relâchement sur le dernier. Quand vous maîtriserez cela, quand vous serez assez sensuel, vous pourrez vous adonner à quelques fantaisies et utiliser les figures qu'on a déjà vu pour les autres danses latines. Maintenant, suivez-moi. »

Alors elle l'emporta, dominatrice, sauvage, peu lui important s'il parvenait à effectuer les pas qu'elle demandait. Elle voulait montrer à ses élèves la chance qu'ils avaient, le bonheur qu'ils se devaient de ressentir, cette joie de ne pas avoir à exprimer son érotisme contre son professeur. Un, deux, trois, relâchement. Un, deux, trois, relâchement. Puis elle le laisse, seul, s'éloigne en quelques pas rapides avant de se projeter dans ses bras sans compter sur sa force pour donner de l'esthétisme à sa figure. De nouveau contre lui, elle dit :

« Ludmilla, professeur de danse. »

3-
Tu n'es pas du même monde.

Après tout, ton univers n'avait tout simplement aucune place pour... Pour un deuxième univers au complet. Par chez toi, trouver a manger était un passe-temps de tout les heures, se laver, secondaire, et se soigner, difficile. C'était comme ça, ça avait toujours été comme ça. Les gens d'ici ne comprennent pas, ne connaissent pas ce que c'est que la faim. La vrai faim, et c'est sans parler du froid. Ils s'en fichent, ils préfèrent se cloîtrer dans leurs établissements, travailler pour leur gouvernement ou vivre dans leur petite maison. Ils préfèrent se rassembler et... Et s'habiller avec des vêtements ridiculement serrés. S’aligner et... Danser? Danser. Ils dansent, et il te faut un long moment pour que le déclic se fasse. C'est ça. Les gens ont tellement mieux a faire que de venir en aide a des gamins. Ils doivent danser, regarder la télé, tout ces trucs.

C'est peut-être après tout ce qui te force a jeter un regard froid a l'enseignante qui te fixe et qui parle en Anglais. Toujours cette langue ennuyeuse. Tu n'y comprends rien! I not English. Point. Pourtant les élèves s'écartent et te dévisagent tous. T'intiment de mettre un pied devant l'autre et de marcher sur ce sol de bois lustré, quitte a mettre des traces par terre. Sourire arrogant, regard provocateur de mec qui s'en fiche alors même que tu marches a travers les élèves tous habillés en collants ou je-ne-sais quoi. Tu t'avances et tu lui fais face, a cette professeure au regard de plus en plus scrutateur. Plus elle te regarde, plus tu t'essaie de montrer que tu t'en fous... Parce que c'est faux. Pourquoi elle te fait marcher jusque là? Elle ne va quand même pas te présenter a ses élèves ou... ou pire. Pire? Elle te regarde comme un bout de viande et te donne la presque désagréable impression qu'elle va te sauter dessus a tout moment. T'as envie de déguerpir, mais la seule chose que t'arrives a faire, c'est daigner retirer ton capuchon et éteindre la musique qui continuait a battre dans tes écouteurs retirés. De haut en bas son regard vogue et toi, tu perds de plus en plus patience. Tu t'apprêtes finalement a essayer un peu d'Anglais, désespéré d'avoir la moindre réponse lorsqu'elle...

... Quoi? Qu'est-ce qu'elle fout?

Tu ne rêves pas, tu es bien là. Les mains de la professeur viennent agripper ton pull pour le soulever, te le retirer sans la moindre scrupule comme on l'enlèverait a un gamin. Elle... Elle vient de te déshabiller, comme ça. Sans un mot, elle te fout en débardeur devant tout le monde. Pas que t'es pudique, elle aurait tiré sur ton pantalon que ta réaction aurait été la même. L'incompréhension. Tu regardes autour, cherche la moindre réponse dans les yeux des autres élèves. Rien du tout. Ta tête pivote, retourne juste a temps vers elle pour la voir approcher, poser sa poitrine contre la tienne et envahir complètement ton espace personnel. Tu sens son souffle dans ton visage son sourire contraster horriblement avec ton visage irrémédiablement médusé. Pire, la panique se fait sentir. Elle va... vous allez...

Sa voix s'élève - toujours en Anglais -, mettant fin a tout conflit intérieur. Impérieuse, tu n'as pas la moindre idée de quoi elle parle, mais capte un mot que tu tentes de coller le mieux possible dans ce casse-tête déjà bien troué dans ta tête. Mais t'as rassemblé tout ce qu'il te fallait pour comprendre que la Rumba, c'était une dance, et que tu allais la danser avec elle. Protester? T'aimerais bien, mais son monologue ne laisse ni place a la protestation, ni temps pour ne serait-ce que la mettre sur pause. Si tu parlais Anglais, bordel...

Un deux trois, un deux trois. Ça s'en va tout seul, tes mains maladroites se posent là ou tu les crois moins gênantes, tes pieds légers mais confus te permettent a peine de la suivre. Ton regard cours, tente de copier au mieux les mouvements qu'elle fait, d'effectuer ceux que tu crois qu'elle souhaite que tu fasse. Mais son regard n'est plus qu'érotisme et le tient, panique totale. Alors tu suis et te laisse complètement faire, au risque d'avoir l'air encore plus idiot. La danse se poursuit, le rythme se fait presque stable au moment ou il change. La professeur s'éloigne, te fais finalement dos...

Tu profites de l'instant pour jeter un coup d'oeil vers la porte de sortie devenue soudainement si... inaccessible. Tes yeux se perdent, reviennent pour la voir revenir vers toi comme un cheval sauvage. Cette fois, c'est l'adrénaline qui te fouette et c'est avec l'agilité et la force d'un lion que tu l'attrapes, la garde a quelque centimètres du sol pendant une petite poignée de seconde pour la faire redescendre.

Puis le silence s'abat et tu restes là, haletant, a la regarder a nouveau si près de toi. Ludmilla. Tes pires craintes sont donc fondées, et tu manques de carrément la lâcher. Pourtant, il te faut montrer une certaine dignité, ne pas avoir l'air d'un idiot total..

«Je pas mal, koorva?»

Tes premiers mots en Anglais se traduisent par un joli mot Ukrainien que tu décides immédiatement et sans la moindre hésitation a lui transmettre, certain qu'elle ne comprendrait rien. Ton sourire arrogant fend ton visage et l'idée de lui dire ton nom te semble saugrenue. De toute façon, quand t'en aura fini avec elle, elle demandera a Xavier de te foutre a la porte.

4-
Un battement de cils, lent, seule réaction qui semblait adapter à cette insulte. Elle avait oublié à quel point le langage des hommes de son pays était développé et fleuri. Il ne semblait pas Russe néanmoins, mais il était obligatoirement une vermine du coin, sa petite tête de rat ne pouvait provenir que d'ovaires soviétiques. C'était donc pour ce bonhomme qu'elle allait faire des heures supplémentaire pour l'aider à parler l'anglais. Autant essayer de faire parler une vache ou un marcassin. Mais au-delà de son hygiène qui semblait médiocre et ses petits yeux de fouine un peu trop maligne, il était plutôt mignon. Son visage était celui d'un pauvre gamin sans abris, sa démarche également. Mais étrangement, lorsqu'il avait dansé, elle avait décelé quelque chose de moins maladroit, presque gracieux, si l'on oubliait le potentiel sexuel de moule qu'il possédait.

« пошёл на хуй »

Il allait se sentir tellement bête. Elle jubilait d'avance, voir son visage se déformer par la gêne lorsqu'il comprendrait qu'il ne fallait pas la prendre pour une imbécile. Il ne savait apparemment pas ce qui l'attendait, mais il allait être surpris de voir qu'une fois entré dans cette salle de danse, ce temple expressionniste, cette église du mouvement, on n'ouvrait la bouche que pour partager des éléments pertinents. La traiter de salope, ce n'était pas pertinent.

« Bon. C'est tout pour aujourd'hui. Ne revenez pas dans cette salle tant que vos arabesques ne seront pas parfaites. Vous ressemblez à des flamands roses enceintes. À la semaine prochaine. »

Une fois tous les grumeaux expulsés de ce mélange hétérogène, Ludmilla, sans dire un mot, se dirigea doucement jusqu'à son sac et en tira son paquet de clopes. Elle en plaça une dans sa bouche, une autre dans celle du hamster. Elle fit tomber ses cheveux sur ses épaules et recula de quelques pas pour s'asseoir sur un banc, faisant face au gamin pour mieux planter ses yeux sur lui. Au fond, elle n'en avait pas grand chose à faire qu'il ait osé l'insulter, mais elle était d'humeur taquine et l'idée de terroriser un gamin qui ne comprenait rien à l'anglais lui donnait le sourire. On l'avait faîte en Russie, elle avait par conséquent probablement hérité du côté psychopathe des dictateurs de son pays. Le gosse connaîtrait certainement cela, il ne sortirait donc pas de cette salle avec des blessures psychologiques irrémédiables. Après tout, il ne dansait vraiment pas si mal que ça. Les garçons étaient une denrée rare dans son cours que même les homosexuels ne désiraient pas fréquenter. Si elle pouvait lui faire du chantage, le menacer de le tuer juste pour qu'il vienne bouger ses fesses dans cette salle, il ne fallait pas hésiter.

« Ты понимаешь английский? Немного или вовсе нет ? »

Elle n'avait plus l'habitude de discuter dans sa langue maternelle, elle espérait seulement que Xavier avait eu la décence de lui coller un môme qui comprenait au moins le Russe, sinon ça allait être compliqué. Elle ne savait pas vraiment si elle se sentait à l'aise ou totalement horrifié à l'idée de devoir parler de nouveau en Russe, ce pays qu'elle avait quitté des années auparavant. Des images traversèrent son esprit comme des couteaux qu'on lui aurait planté dans la poitrine. Elle vit le visage de son mari qui lui souriait, puis son expression totalement vide lorsqu'il s'était retrouvé inerte sur le sol après qu'elle l'eut tué. Elle secoua brièvement sa tête pour se concentrer sur la mission qui lui avait été donnée. Ce gamin, grâce à elle, il parlerait anglais aussi bien que Shakespeare et il finirait par danser aussi bien que Ted Shawn. Il lui faisait pitié, en fait, ce petit.

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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:41

LUDMILLA/DWAYNOLOL
1-
Le silence était plombant, tout aussi plombant que l'était sa danse. La danse moderne Américaine était quelque chose qui l'avait toujours fascinée pendant ses longues années d'étude des standards en Russie. Ces mêmes longues années d'entraînement lui avaient offert une technique d'une propreté exceptionnelle, son corps avait développé une malléabilité qui lui était jalousée. Elle était formée pour danser le ballet, formatée pour enchaîner avec une précision déconcertante les figures les plus complexes en élans volatiles. Mais cette sublimation de l'être en une entité ascensionnelle n'était pas satisfaisants, ne faisant ressentir des frissons esthétiques qu'à ceux qui la regardait. Tout n'était que codes, feinte douceur qui nécessitait une force et une synchronisation céleste. Elle s'était toujours exaltée devant des figures telles qu'Isadora Duncan, douce déesse grecque sortie de son temple pour se mouver devant les foules, cet ange d'un autre temps qui s'était voulue réformatrice et libre, spectre spirituel qui transcendait les techniques antiques pour leur donner une teinte aussi éclatante que bouleversante. Ludmilla n'était rien comparé à cet oiseau dont le vol n'était pas qu'une façade, elle s'était évertuée à rester dans sa cage de verre, faisant virevolter ses jambes sans que son cœur, lui, ne virevolte jamais. C'était cela, cette glorieuse danse Américaine ; c'est de cet enclin au renouvellement qu'elle manquait cruellement. Elle ne serait jamais une grande danseuse.
C'est ainsi qu'elle évoluait, faisant mourir chacun de ses pas dans ce vide intellectuel, dans ce néant psychique et dans cette salle aseptisée. La lumière jaunâtre lui donnait un air maladif, celui d'une danseuse soumise à divers troubles du comportement alimentaire s'évanouissant une fois son solo achevé. Elle portait la mort sur son visage de porcelaine, cette obscurité étourdissante qui alourdissait chacun de ses sauts. Elle aspirait à se retrouver le chemin de la pureté, cette route qu'elle n'avait, accidentée, pas pu atteindre. On lui avait souvent conseillé d'attraper sa douleur et de la détruire, d'en changer la forme et de la transformer en fragments artistiques, de s'enivrer du poison qui la gangrenait pour le déterger et le poétiser. Mais elle était pour l'instant bien étrangère au processus.
Elle s'agenouilla pendant quelques longs instants dans sa salle de danse, dans la direction des larges miroirs qui ornaient la pièce, doux piège narcissique et destructeur si l'on y pénétrait sans estime de soi. Entrer dans cette pièce était une mise à nu, c'était écarter notre être social pour ne devenir qu'une enveloppe professionnelle et émotionnelle. Y entrer, c'était accepter de recevoir l'épaisse douche de lumière qui rendait toute idéalisation impossible. La perfection du mouvement se devait de provenir de son agent qui ne pouvait se cacher derrière un masque commode. C'est ainsi qu'elle se trouvait au centre de cette large pièce révélatrice, les yeux clos et le visage tendu dans la direction du ciel. Elle ne faisait pas le vide, ne cherchait pas l'ultime concentration pour que sa focalisation n'ait lieu seulement sur sa technique ; elle ne cherchait pas à s'excentrer de son âme mais à s'y engouffrer pleinement, éperdument, violemment. C'était avec cette énergie qu'elle souhaitait communier, cette puissance créative qui propulserait son cœur à ce diapason chorégraphique.
C'est la musique de son cœur qu'elle commença à écouter, cette pulsation organique qui émanait de son centre. Ludmilla laissa le son s'emparer d'elle, jusqu'à-ce qu'il vibre et résonne dans chacun de ses membres, que les vibrations soient répercutées sur l'intégralité de son squelette, qu'il infiltre ses veines et s’achemine le long de son système nerveux. Elle fut soudainement comme hypnotisée par ses instruments émotionnels et c'est avec un élan extatique qu'elle fut propulsée sur ses deux jambes. Elle ne dansa pas immédiatement, mais continua à écouter, continua à essayer de s'amouracher avec le venin de ses cellules. Puis, comme frappée par un sentiment d'harmonie incongru, fut la victime passive du mouvement de ses bras. Son intellect semblait s'être placé en retrait pendant quelques instants, le temps de ces quelques extraordinaires pas. Un rire nerveux extermina le silence plombant. C'était un rire de victoire, de satisfaction. Elle s'était envolée.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:41


I know we're not everlasting, we're a train wreck waiting to happen. One day the blood won't flow so gladly, one day we'll all get still.

Elle était là, agenouillée sur le sol de sa chambre. La pénombre de son âme semblait s'être emparée de la pièce toute entière. Le silence était étouffant, brûlant, opprimant. Elle avait tenté de s’échapper, n'avait rencontré que heurts et dégénérescence. La flamme qui faisait flamboyer son cœur d'espoir n'était plus et ses organes semblaient avoir entamé une danse mortifère en elle. Elle aurait souhaité croire aux fantasmes que l'on servait aux êtres tristes, croire que l'espoir n'était pas une notion obsolète. Elle aurait désiré être de ces femmes assez fortes qui agrippent leur destin d'une main ferme. Les siennes étaient tremblantes, incapables d'agir sur ces événements. Elle venait tout juste de comprendre l'évidence, elle s'était présentée devant ses yeux violés par la vie. Ludmilla, enveloppe corporelle, hologramme d'une femme qui ne possédait plus la capacité de ressentir autre chose que la pourriture qui la tuait de l'intérieur. Elle était là, agenouillée sur le sol de sa chambre, ses doigts agrippant la crosse d'un pistolet.

Aucune fantaisie, si certains décidaient de partir de façon spectaculaire, elle voulait que cela se fasse silencieusement, à l'image du reste de sa vie. Elle avait été bâillonnée par une force bien plus puissante qu'elle, laissée muette par la mort. Même sa danse n'avait plus de verve. Le monde avait perdu ses couleurs, sa saveur ; tous ses sens annihilés par une dépression trop intense, trop profonde. Un millier de nuances monochromes avait expulsé les teintes époustouflantes de ce monde insensé ; elle serait bientôt aveugle.

Les doigts s'agitaient incroyablement, fébriles. Elle s'était étiolé et il était l'heure de s'échapper. Elle n'avait pas d'idées romantiques concernant ce qui l'attendait là-bas, n'avait pas de croyances particulières quant à sa destination. Elle ne s'imaginait rien de beau, rien de laid. Sa seule certitude était qu'à l'instant où son cœur arrêtait de battre, à l'instant où son souffle la quitterait, où ses yeux se fermeraient, à cet instant là elle trouverait le repos. Que ces naïvetés conceptuelles qu'étaient le paradis et l'enfer existent ou non, que ce soit le néant, le vide et l'inexistant qui allaient l'accueillir, elle n'en avait que faire. Elle se moquait d'un bonheur après la mort, elle se moquait de la rédemption, de la paix. Son seul désir était de s'étioler définitivement, d'achever le travail qui avait été entamé pour elle. C'est alors qu'elle s'empara du pistolet.

Son esprit dessina l'image de Brandon derrière ses paupières. Elle passa sa main gauche sur ses lèvres. La félicité demeurait dans ses images, mais elle resta impassible. Elle vit sa grossesse, cette nouvelle séraphique qui l'avait emplie de joie. Puis elle vit la mort et les larmes commencèrent à couler sur ses joues rouges. Cette fois, elle n'allait pas les essuyer. Puis elle vit la silhouette de Kharim, cet homme qui l'avait recueillie dans ses bras. Ludmilla s'était adonnée à l'exercice de l'espoir, s'était mise à imaginer qu'il allait la sauver, la réparer. Son cœur s'était emporté et elle avait ressenti de nouveau. Mais certaines personnes sont condamnées ; elle était l'une d'elles. Puis elle vit la mort, une nouvelle fois. C'est quand elle avait appris son décès qu'elle avait pris sa décision. À quoi bon vagabonder dans un monde qui veut nous anéantir ?

Sa main était lourde et l'effort semblait herculéen. Elle plaça lentement le pistolet dans sa bouche, glacée par la froideur de l'outil. Ludmilla allait mourir, allait accueillir l'abysse dans ses bras faibles. Elle ne serait plus violée par la vie, plus jamais. Elle était confortée par les images qui défilaient dans son cerveau, rassurée de ne pas y trouver la force de survivre. Il était là, son acte de bravoure ; elle était là sa force. Son doigt tâtonnait lentement sur la gâchette : une pression et tout serait terminé.

Puis une pression.
Et plus rien.

« Fuck you ! Fuck you ! »

Elle hurla à s'en époumoner et jeta le pistolet au sol. La balle s'échappa de l'arme et s'enfonça dans le mur. Le destin avait frappé de nouveau. Elle s’effondra, frappant ses poings sur le sol à en faire saigner ses phalanges.

« What the fuck am I supposed to do ? How the fuck am I supposed to live ? Why the fuck won't you let me die ? »

Elle était là, agenouillée sur le sol de sa chambre. La pénombre de son âme semblait s'être emparée de la pièce toute entière. Le silence était étouffant, brûlant, opprimant. Elle avait tenté de s’échapper, n'avait rencontré que heurts et dégénérescence. Elle avait tenté de se tuer et s'était heurtée de nouveau.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:42


It's not easy on my bed sheets, it's not easy on my nerves. It's not easy on my conscience, it's not easy on my soul. This is not what you wanted, what you wanted for me. I know that much now, my apologies.

Il marchait, affublé de son masque social. Il marchait, errait sans ne pouvoir trouver ni son, ni couleur pourvues d'une quelconque saveur. Il avait pensé pendant cette première semaine que tout s'arrangerait, que la douleur s'échapperait, volatile, de son âme endeuillée. Mais elle était bien là, faisant pression sur son cœur ; comme une hémorragie interne que l'on ne pouvait stopper. Dans cette mascarade il était le plus bel acteur, comme enluminé par ses tenues bien trop extravagantes pour un homme tout juste sorti de sa convalescence. Il jurait, hurlait comme un dégénéré à l'intérieur de son crâne devenu sourd – – puis il posait délicatement sa main sur son blazer. Charlie tentait de se convaincre que c'était de la haine qu'il ressentait pour elle ; que malgré ces années partagées il était bien possible d'avoir du ressentiment pour Mohn. Mais chaque matin, tout juste réveillé, il s'asseyait près de la fenêtre de sa chambre et s'emmitouflait dans ce blazer qu'elle avait fait pour lui. Ils étaient comme dans deux espaces temps, condamnées à se croiser sans jamais s'offrir le plaisir d'un échange. Ils étaient deux êtres brisés ; mais il était le seul à ne plus posséder de famille.

C'est ainsi que chaque matin, amer, Charlie débutait sa journée. Puis il marchait ; vagabond dans un monde trop dur pour lui. Quand ses pensées n'étaient pas pour Mohn, elles se retrouvaient propulsées sur la douce Anya. Et si ? Peut-être que. Nombreuses étaient les constructions grammaticales identiques à celles-ci qui flirtaient avec la tristesse du jeune homme. Il était cette figure statique au milieu de l'agitation, ce silence discret au centre des éclats de rire, cet homme qui souriait à ceux qu'il rencontrait au détours d'un couloir et qui laissait le rictus se dissiper une fois leurs routes séparées. Ses colocataires étaient les seuls à pouvoir se venter d'avoir entendu sa voix. Tout cet institut à leur exception lui était étranger. Ils étaient deux garçons charmants ; premiers à avoir récolté quelques bribes de sa tragique histoire.

Il n'avait été difficile de s'adapter à leur présence, de s'exprimer avec assez d'éloquence pour ne pas laisser transparaître le vide dans lequel il était plongé. Charlie avait rapidement développé une forme de tendresse pour ces deux hommes – – à deux niveaux différents. Mihr lui rappelait Anya et sa douceur naïve était la même que celle des enfants perdus. C'est cet œil de père que le garçon posait sur ce premier ; l'écoutant jacasser sans être la personne la plus expressive du monde. Il agissait différemment aux côtés d'Ariel – – peut-être étais-ce là que résidait le problème. Bien sûr, il avait remarqué son physique ; mais il possédait un charisme plutôt fascinant. Le fait est que Rutherford se sentait comme un arnaqueur à ses côtés. Ils avaient partagé quelques caresses, quelques baisers, quelques mots rassurants. Ils avaient noué une relation étrange et indéfinissable, mais un paradoxe persistait. Il se sentait attiré par lui, c'était indéniable, mais ne possédait aucunement le désir de l'aimer. C'était un lien très immature et adolescent ; certainement le début d'une série de conneries qu'il commettrait dans ce nouvel environnement.

Il riait de ses blagues, lui envoyait quelques regards intenses pour lui montrer son intérêt. Il se prenait au jeu de la discussion et lui offrait ses lèvres. Il avait conscience de l'intérêt amical qu'il portait à cet homme, mais chacun de ces actes le renvoyait dans les bras d'Anya. Lorsque ces manies faisaient surface, Ariel n'était plus lui-même ; il devenait pour Charlie un visage anonyme, un cœur et un corps parmi la foule qui lui permettait de renouer avec sa sexualité. Mais la seule image qui perdurait dans son esprit, le seul visage fixe qui s'attarderait irrémédiablement en lui était celui de celle qu'il aimait.

Charlie secoua la tête pour éjecter toutes ses pensées de son cerveau et se concentra sur Ariel, qui se trouvait devant lui. Il fanfaronnait sur le terrain comme un enfant excité à l'entrée d'un parc d'attraction. C'était la première fois que Rutherford mettait les pieds à l'extérieur de l'institut et cette brise qui caressait son visage était agréable. Tout était différent, ici, mais la nature resterait toujours la même. L'homme tenait une raquette dans sa main droite et une balle dans l'autre. Le tennis était son activité sportive principale. Il serait certainement rouillé après toutes ces années passées à jouer avec des outils qu'il avait lui-même fabriqué. Sentir le métal frottant contre sa paume l'exaltait et lui rappelait les compétitions auxquelles il participait dans sa jeunesse. Il écoutait Ariel parler et ne pouvait s'empêcher de rire tant il enchaînait les propos absurdes. C'est avec légèreté qu'il commença à secouer ses bras pour leur donner de la tonicité. Puis, alors qu'il s'apprêtait à répondre aux provocations de son adversaire, il se retrouva avec des cheveux bleus. C'était toujours comme ça avec Ariel ; tout était plus vivant à ses côtés. Charlie força un sourire en coin :

« Tu te souviens du moment où je t'ai dis le nombre de médailles que j'ai gagné au tennis ? Est-ce que tu t'en souviens, Ariel ? Oui, 14. Faut-il que je le répète à nouveau ? 14. Prépares-toi à mourir bébé. »

Sans plus attendre, le mutant propulsa la balle dans le camp d'Ariel en y mettant toute la force qu'il pouvait trouver – – trop rapide pour qu'il puisse même essayer de la récupérer. Il était là pour apprendre le garçon à jouer, mais l'envie d'être énervant était trop intense. Il dégaina un nouveau sourire ; beaucoup plus franc cette fois-ci.

« Bouges ton cul princesse. Je peux pas changer ta couleur de cheveux mais je peux faire bien pire. Tu ferais mieux de gagner ce match. »

Charlie effectua un geste assez explicite pour narguer le garçon qui se tenait à l'autre bout du terrain. Au fond, même si son enthousiasme manquait franchement de sincérité, ils ne se sentait pas non plus si mal que cela. Là était l'effet bénéfique d'Ariel, là était la réponse à la question que Charlie repassait en boucle dans son crâne : est-ce que c'est mal d'utiliser autrui pour soigner sa peine ? Un seul regard en direction d'Ariel pour comprendre que c'était certainement son but ; soigner sa tristesse.

« Donne tout ce que tu as princesse ! »
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:48

Quia peccavi nimis

Charlie & Mihr
People who have monsters recognize each other. They know each other without even saying a word.
Un, deux, trois, trois p'tits chats....
La chanson tourne en boucle maintenant, et tu la murmures du bout des lèvres en rangeant les achats effectués un peu plus tôt. Les petits enfants autour de toi dans le magasin de jouets avaient commencé à la chanter, et tu les avais rejoint, tout heureux, avant que les parents ne les emmènent loin de toi dans une moue inquiète. Trois vilains petits fripons. D'un geste absent, tu relâches la pile de vêtements que tes mains tenaient et tires sur son pull pour l'observer dans le miroir, les lèvres pincées l'une contre l'autre. C'est la licorne qui les a fait fuir hein ? Les gens ont toujours peur des licornes. Pourtant, c'est gentil, les licornes, tu ne comprends pas pourquoi ça ferait peur. Un soupir, et les sourcils froncés sous la concentration, tu plies de nouveau les quelques vêtements achetés. Pour la première fois de ta vie, tu as été seul. Accompagné de l'angoisse caractéristique de ce genre de sortie, tu as prit un bus jusqu'à la ville, armé d'un plan qui a très fini fini roulé en boule et déchiré au fond de ton sac, puis le métro, les yeux émerveillés. Tu n'as jamais vu d'aussi grande ville. D'aussi grands bâtiments. Et personne n'a fait attention à toi dehors, même avec ton pull licorne, même avec ton sac bariolé accroché dans ton dos. Pour une fois, tu n'étais pas un monstre, pas une chose bizarre comme tout le monde le pensait, là tu étais normal.

Les poches pleines d'argent dont tu ne t'es jamais servi, tu t'étais approché d'une vendeuse de rue, l'état regorgeant de choses probablement sucrée. Devant ton air hésitant et perdu, elle avait rit. « Here, taste small bites of everything sweetheart. You aren't from here, I guess ? » La bouche déjà remplie de part de gâteaux, tu avais secoué la tête et sa main avait déposé une caresse sur tes cheveux, avant qu'elle ne te laisse le plateau de dégustation et retourne vers d'autres clients. Quelques minutes après, tu avais un sac rempli de sucreries, non sans peine, tu ne connais rien des billets ici. Nulle part, d'ailleurs. Tu avais voulu lui donner un billet de 100$, très sûr de toi, qu'elle avait refusé dans un fou-rire. « Take care sweetheart ! » Un geste un peu trop franc de ta main pour lui dire adieu a manqué de casser le nez d'un homme qui regardaient les étals au même instant, et tu t'étais enfuit avant qu'il ne réagisse. Puis le magasin de jouets, mais pas que. Ils avaient aussi des espèces de grand pyjamas devant lesquels tu t'étais attardé, avant d'en emmener un avec toi, ainsi qu'une énorme peluche en forme de licorne. Le vendeur te sourit, amusé. Par quoi, tu ne sais pas vraiment, peut-être que lui aussi il aimerait avoir une licorne ? De nouveau perdu devant tes billets, tu étales le tout sur la caisse, le nez plissé « I know this one... it's 20$ ? nah, 10$, it's wrote. And this one ? There's a 5, it's 50$ right ? Why it has to be so hard... take that, keep it all. » Et tu lui fourres le billet de cent dans la main, c'est bien trop compliqué toutes ces histoires d'argent. Tu ne sais même pas pourquoi tu en as. T'as jamais rien eu.

Des vêtements, et un bubble tea plus tard – c'était amusant, les petites billes gluantes au fond de la boisson, tu es de retour à l'Institut, demandant ton chemin toutes les quinze secondes pour être sûr de retrouver ta chambre. L'autre nuit, sans un bruit, sont entrés dans ma maison, tu t'affales sur le lit en enroulant la couette autour de toi. T'as jamais rien eu, et maintenant tu es dans une jolie chambre depuis deux nuits. Tu as un pull licorne, et un pyjama dragon. Et surtout, tu n'es plus un monstre. Il n'y a plus personne d'effrayant, alors tu peux être celui que tu as envie d'être. Tu as le droit de faire ce que tu veux, alors tu enfiles le pyjama dragon et pose l'ordinateur sur le lit qui n'est pas le tien, assit par terre et le menton enfoncé dans le matelas. Le bossu de Notre-Dame. Depuis que tu es arrivé, ça doit bien faire ton cinquième disney sur cet ordinateur miracle. Il est apparu là par magie.


Quand la porte s'ouvre, tu n'y prêtes pas attention, murmurant les paroles de la chanson en cours en essayant de deviner les mots, les intonations, « ..Is turning me to sin, it's not my fault... » Puis tu relèves le visage, un grand sourire sur les lèvres et les yeux pleins de questions. « What's a sin ? » Maladroitement, tu essayes de mettre le film en pause mais tu ne fais que augmenter le son de la chanson, Frollo résonne au beau milieu de la chambre dans des mots que tu ne comprends pas. Moue boudeuse, et tu finis par réussir à mettre en pause, avant de reposer tes yeux sur l'inconnu. « D'you like unicorns ? » Question primordiale.



If I could then I would scream, I'd wipe the tears off of my face. Wake me up if it's a dream, this is more than I can take. I'd give everything I own if someone else could take my place.

L'homme titubait le long des couloirs de l'institut, incapable de retrouver une quelconque forme d'équilibre. Tout était étrange et aseptisé. Ces couleurs ternes se répercutaient dans ses pupilles empruntes de désillusion, milliard de teintes dégueulassement tristes. Comme s'il avait été contraint de regarder la télévision en noir et blanc, il voyait ces gens amorphes qui déambulaient de tous côtés, ces âmes excitées qui le bousculaient sans même le regarder. Tout était électronique, automatique et formaté. Tout n'était qu'horaires, que rendez-vous, que course effrénée pour ne jamais arriver en retard. Charlie les méprisait tous – – robots pourvus d'une âme. Il méprisait Anya et ses paroles héroïques, propos larmoyants qui l'avaient projeté dans ce monde de merde. Il souhaitait communier de nouveau avec sa chevelure, sentir la chaleur de ses étreintes contre ses membres meurtris. Une seule vie ; trois assassinats. Il méprisait sa propre robustesse, cette répugnante capacité d'adaptation qui le forcerait à refaire sa vie dans ce trou. Son cœur se remettait toujours à battre. C'est ce qui s'était produit lorsqu'il s'était retrouvé dans le monde de Mohn, c'est ce qui s'était produit lorsqu'il y avait laissé sa famille, c'est ce qui produirait après le départ de Mohn. Il était toujours le lésé, le laissé pour compte, les restes réchauffés d'un plat dégoûtant.

Charlie était lourd, son propre poids était un fardeau pour la faiblesse de son corps. Son plâtre lui lacérait le bras. On lui avait assigné une chambre. Il avait perdu la notion de propriété pendant ces longues années autarciques. Il y trouverait certainement un lit, son lit. Une semaine passée à l'infirmerie et il tendait l'oreille chaque soir en espérant entendre le souffle rapide d'Anya à ses côtés. Il ne l'entendrait plus jamais. Il ne parvenait pas à trouver la paix. Les visages de ses gamins le martelaient. Puis il n'arrêtait pas de penser à Mohn, s'efforçant de laisser l'idée s'échapper tant elle lui était douloureuse. Cette impression honteuse le hantait, cette pensée douloureuse – – – – elle avait gâché sa vie ; une seconde fois. Il s'en voulait de lui en vouloir, mais à chaque fois que les yeux d'Anya revenaient frapper son crâne, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une forme de dégoût incompréhensible pour sa sœur. Peut-être était-il là, le problème. Elle n'avait jamais été sa vraie sœur.

Il bouscula brusquement la porte de sa chambre – – cette possession mortifère. Complètement drogué par les anti-douleurs, il peinait à garder les yeux ouverts, mais son esprit lui, était en plein éveil. Ce qui l'attendait à l'intérieur était aussi brusque que son entrée fracassante. Charlie secoua la tête et la musique stimula tout son être. Hormis la voix doucereuse d'Anya, il n'avait plus rien entendu de musical depuis huit longues années. Puis ses yeux se posèrent sur un gamin. C'est lorsque celui-ci tourna la tête dans sa direction qu'il atteignit un diapason énergétique. S'il n'avait pas été plâtré, il se serait certainement donné une tape pour être certain de ne pas halluciner. Cette chevelure – – Anya. Ces prunelles – – Anya. Les courbes de ce visage – – Anya. Triste ironie ! Triste vie….

L'apparence du gamin surpassa son cynisme et Charlie ne parvint à retenir un rictus. Il était la chose la plus lumineuse qu'il avait vu depuis son arrivée ; comme si toutes les couleurs qui avaient été retirées à ce monde s'étaient stockées en lui. Il n'était pas pâle, il n'était pas terne ; ce gamin était d'un éclat exceptionnelle – – bijoux taillé dans la plus précieuse des pierres. Il lui suffit de prononcer quelques mots dans une phrase simple pour que Charlie s'illumine à son tour, pour qu'il quitte la morosité intellectuelle dans laquelle il s'était enfermé. Cette syntaxe simpliste, cette prononciation enfantine ; tout cela lui rappela l'arrivée des orphelins à ses côtés. Alors il s'approcha, pris par une jovialité inexplicable. C'était cette robustesse qui faisait de nouveau surface. Il prit difficilement place aux côtés du blond et fut de nouveau ébloui par son visage.

« A sin can be defined as something wrong you did. It's a religious term for all the bad things one can do in their life. But that cartoon, dearie, is everything but a sin ! »

Son sourire paternel reprit place sur ses lèvres sèches. Il avait cette bienveillance, cet humanisme incroyable qui le poussait à rencontrer ces âmes pures, ces délicieuses parcelles de délicatesse.

« Unicorns are great mate. I kinda like your Pjs, do you think I could borrow 'em someday ? I'm Charlie, I just got here. How do they call ya ? »

Quia peccavi nimis

Charlie & Mihr
People who have monsters recognize each other. They know each other without even saying a word.
Tu oublies le dessin animé qui tourne toujours en silence sur ton ordinateur. T'aime bien ton ordinateur, il y a une pomme dessinée dessus, c'est joli. En dehors des dessins animés, tu ne t'en sers pas vraiment, en ne sachant pas lire c'est forcément plus compliqué. C'est déjà exceptionnel que tu comprenne comment lancer un fichier vidéo sans savoir à quoi il correspondait. Tu finis toujours par voir tes films en mode aléatoire, en espérant tomber sur un truc bien. Tes yeux se sont posés sur le visage de l'inconnu, avant de dévier d'un tressaut sur son torse nu. Un automatisme. On t'a apprit à détailler chaque recoin de corps qui se soumettait à tes yeux, pour que tu saches où poser tes mains, tes lèvres, pour ne pas faire fuir, pour retenir. Ce torse, tu saurais déjà où poser tes griffes, où laisser des marques déchaînant des frissons et des pulsions, tu saurais si facilement l'attirer au creux de tes draps en quelques gestes. Tu n'es bon qu'à ça. Pendant quelques secondes, tu laisses ton regard s'écouler, contempler la bordure de son jean avec un sourire en coin, à peine discret. Tu saurais l'embrasser, le déshabiller, enchaîner une brûlure violente au creux de son ventre, en quelques gestes, quelques caresses du bout des doigts. La seule chose dans laquelle tu es doué, mais Nil a hurlé que tu ne devais pas agir de cette façon ici. Tu n'es pas une créature qui ne pense qu'avec le creux de son ventre, tu peux vivre autrement. Tes yeux se détournent, sautant sur ton écran, espérant que tes joues se débarrassent vite du rouge qui s'est imposé.

L'inconnu vient s'asseoir près de toi, et cette fois tu peux le regarder dans les yeux quand il t'expliquer le mot. Un instant de réflexion profonde, « So, wanting someone is a sin ? 'Cause Frollo wants Esmeralda, and he says it's a sin. It means I'm always in sin... I don't know how to use that word. » Les mots suivent ta pensée et se cassent la gueule entre tes lèvres, tu ne fais aucun sens mais tu ne t'en rend pas compte. Tu racontes déjà ta vie à un inconnu, mais il a l'air gentil, non ? C'est pas risqué, les gens gentils. Même si le type du cirque avait l'air gentil, toi t'as une confiance aveugle dans les gens que tu ne connais pas. Tu te mordilles la lèvre inférieur, pensif pendant quelques secondes, puis ton visage s'illumine quand il parle de ton pyjama, et tu rabats la capuche sur ta tête, laissant à l'air libre les oreilles de dragon et les petits pics situés sur le sommet de la tête. « Look ! There are ears ! I want to wear it outside but it's too hot. » Tu accroches tes mains sur les côtés de ta capuche et relève le visage vers l'homme, on dirait que tu tournes une pub pour du dentifrice avec un sourire aussi grand. « You can take one of them ! I have a unicorn, a red fox, this one, and a sheep ! » Surexcité par tes nouveaux achats, tu hésites quelques secondes à sauter sur tes jambes pour aller les chercher et les lui montrer, le déshabiller pour lui faire essayer. Encore une fois, tu dérives sur son torse avant de revenir à la raison par sa question. « Hi Charlie ! My name is Franken- » Figé. Nausée. Un coup de poing dans le ventre, et tu sens ton tatouage dévorer ta peau contre tes hanches. Merde, les larmes te montent aux yeux et tu te relèves aussitôt, le visage caché par la capuche du dragon. Tu ne vas pleurer. Tu ne peux pas pleurer, pas ici, t'as promit que tu pleurerais pas. T'es pas là pour pleurer. Les sanglots s'amoncellent dans ta cage thoracique, menaçant ton équilibre à chaque seconde, et tu inspires avec force pour les repousser au loin. Dans ton ventre, qu'ils aillent rejoindre le monstre qui s'est réveillé en voyant un simple torse-nu. Tu passes le bout de tes doigts sous tes yeux pour en chasser les larmes échappées, celles qui ont refusé de rester dans le rang, et tu reprends sans le regarder cette fois, fixant le bout de l'armoire. « My name is Mihr. » Comme si tu essayais de te convaincre. Il te faut de nouvelles secondes pour te retourner vers lui, baisser la capuche pour laisser tes yeux bleus clairs voir plus facilement le bonhomme. « What's on your arm ? Why d'you have a...a... don't know the word. The white thing. » Curieux, trop curieux. Tu découvres le monde. « You're my roomate ? Can we paint stars on the ceilling ? »



If I could then I would scream, I'd wipe the tears off of my face. Wake me up if it's a dream, this is more than I can take. I'd give everything I own if someone else could take my place.

Il le regardait, l'observait avec un œil compréhensif. Il était comme cela, Charlie. Son cœur s'ouvrait à la moindre amabilité, s'illuminait pour un sourire et rebondissait pour un mot doux. Il n'avait jamais perdu cette tendresse enfantine, cette bienveillance innocente ; même après le monde. La solitude lui avait appris l'importance de l'humain, l'exaltation d'un échange avec une autre âme – celle de cet enfant. Quelques regards seulement ; c'était tout ce dont il avait eu besoin pour sentir une proximité intrigante avec ce garçon, un lien inexprimable. Il était Anya, il était ses enfants. Il était ce bonheur passé, ces êtres héroïques qui avaient étouffé sa misère. Il était de ces personnes originales qui renferment un trésor, ces personnes fragiles qui dissimulent leur force dans leur histoire. Il n'avait pas été surpris par cette personnalité incroyable qui n'avait aucun rapport avec son enveloppe corporelle – il s'était laissé attendrir, c'était sa seule façon de rester en vie dans ce nouvel endroit. Ainsi il sourit, se laissa aller au délice d'un contact, oubliant sa douleur. Cette douleur ne s'étiolerait jamais, encore fallait-il la laisser trouver sa place. Ce garçon l'aiderait, il le voyait sur son visage – dans ses yeux, la commissure de ses lèvres, la courbe de ses sourcils.

Charlie ne remarqua pas ce malheureux lapsus lorsqu'il tenta de donner son prénom ; n'avait pas conscience de la signification morbide de celui-ci. Il se contenta de sourire et d'écouter. Mais il vit ce changement, cette modification dans son attitude. Il le vit se bloquer, mais il décida de ne pas réagir. L'humain était un amoncellement de drames personnels, une véritable plaque-tournante de tristesses et de joies. Il ne possédait pas de curiosité malsaine, n'était pas désireux d'absorber la peine de son interlocuteur ; il était trop tôt pour ce garçon – il était trop tôt pour lui-même. Alors il continua de sourire, ne bougea pas d'un millimètre pour ne pas créer de malaise ; il le laissa s'exprimer.

Mihr. Comme c'était approprié ! Le monde. À défaut d'avoir engendré un enfant totalement heureux, ses géniteurs avait eu du goût pour son prénom. Le monde. Syllable qui se fondait dans l'air trop lourd de l'institut. Le monde. Mihr – microcosme enchanté de l'humanité ; un monde à lui seul. C'était si agréable, tous ces mots prononcés avec un flux rapide, cette excitation lettrée qui rompait le quotidien. Il parlait, parlait encore à s'en rompre la cage-thoracique – – Charlie qui s'était tant habitué à la désillusion se voyait revitalisé par un parfait inconnu et c'était magnifique. Tant d'interrogations, tant d'intérêt. Il se perdait entre ces questions pleines de candeur, dans cette curiosité naïve, témoin d'une pureté altruiste.

« Oh god wait. That's too much information to process. We'll… It's a pleasure meeting you, Mihr. Oh god. So uh… Frollo may be considered to be a sinner as he wants Esmeralda while being a religious man. Moreover, wanting Esmeralda goes against his beliefs that gypsies are bad people. You may say 'a sin' 'to be a sinner' or 'to sin'. You get it ? »

L'activité lui est étrangère, lui qui a vécu dans une passivation exécrable pendant ces longues années. Tout était si lent, si statique dans le monde qu'il connaît. La vitesse l’essouffle et ses pensées s'agitent. Il se perd, se retrouve, s'enfuit et affronte. Son cerveau ne suit pas le rythme et son cœur s'emporte. Mais tout est pourtant si simple – l'anonyme se moquerait de lui, rirait de cette difficulté. Mais Mihr est là et la société impose que l'on clôture une conversation que l'on a débuté. Foutue société et ses codes dont la validité reste discutable. Charlie ferma les yeux et prit une longue inspiration.

« I'm sorry mate, I'm fucking exhausted so if you think that I'm talking shit just stop me alright ? That 'white thing' on my arm is a plaster. I'll explain the whole story later. I got hurt pretty bad but I'm okay now. And of course, we can paint stars on the ceiling. That'd be great, just as if we were sleeping outside although we're hot. »

Un sourire. Ce n'était pas si compliqué que ça, il fallait simplement se focaliser sur le sujet, se concentrer pour donner une réponse cohérente et tout était très simple. Il attendrissait Charlie, ce garçon, faisait vibrer ses émotions quand il croyait avoir perdu la capacité de ressentir. Il était cette lumière qui le guiderait dans cette nouvelle aventure, le phare qui éclairait la route des bateaux pour que jamais ils ne chavirent. Tout était si morne et pâle, mais étonnamment, Mihr parvenait à projeter les couleurs de son âme sur le décor, lui redonnant un éclat savoureux. Il n'avait pas encore atteint son cœur, mais il le ferait bien assez tôt. C'était une inéluctable intuition.

« You know, the Hunchback of Notre-Dame isn't that great. You should watch the Beauty and the Beast. This one is the best fucking Disney ever. »

Quia peccavi nimis

Charlie & Mihr
People who have monsters recognize each other. They know each other without even saying a word.
Frankenstein, Frankenstein, Frankenstein, leurs cris résonnent à tes oreilles comme si leurs mots frappaient encore il y a quelques minutes. Les mots terribles, leurs chants défiants la moralité quand ils s'adressaient à toi, la pauvre créature inutile qui ne valait pas la peine. Qui ne valait rien de plus qu'une cellule à peine assez grande pour un petit animal, rien de plus que les repas sommaires dont l'organisme à besoin pour vivre, qui ne valait rien de plus que ce regard que supporte la poussière, la saleté, incrustée dans le sol et les meubles et dont ils n'arrivaient pas à se débarrasser. Qui ne valait pas qu'on l'appelle par son prénom, de toute façon tu étais trop bête, trop arriéré, trop con pour comprendre les horreurs et les moqueries derrière ce ton sifflant qui susurrait Frankenstein avec un sourire vide. Maintenant t'as ce sourire qui te file la gerbe quand tu y repenses, tu refuses de comprendre ce dont il s'agissait mais tu le sais, là bien au fond. Tu sais tout, au fond t'as Nil tapi qui réclame son dû, tu joues aux masques et aux chaises musicales avec lui, tu préfères ignorer qu'il s'agit de toi, simplement toi, tu l'as nommé autrement, tu lui as refusé ses droits sur toi, il n'existe pas. Tu ne veux pas être celui qui sait, ni celui qui a conscience de tout ce qui est arrivé. Il hurle quand tu prononces ce surnom, ce cauchemar, et tu te reprends aussitôt en donnant ton prénom, avec la sale impression d'avoir reçu un coup de poing dans le ventre. Il en profite, Nil, il se profile, il se redresse comme un serpent affamé prêt à prendre le dessus, le jeu de l'enfant ne tiendra bientôt plus la route si tu continues ainsi. Tu parles vite, tu parles d'étoiles sur le plafond, tout ce qui passe dans ta tête d'enfant pour éloigner Nil, et peu à peu, en quelques pas, tu te rapproches du lit, toujours debout. « Sorry, I talk too much. » Depuis que tu es ici, le filtre de tes pensées et de ton flux de paroles s'est évadé, tu ne parviens que rarement à t'arrêter, tu es resté trop souvent silencieux pour pouvoir le faire aujourd'hui. Un petit air sérieux s'affiche, la réflexion se poursuit. Tant d'efforts pour un simple dessin-animé. « But it doesn't matter he is a religious man. He shouldn't care, God doesn't care if he wants someone. He wants our happiness, he's not mean. The humain being is. » La dernière phrase, tu l'as crachée comme du venin sans t'en apercevoir. Les gens sont méchants, pas Dieu, c'est eux qui ont écrit toutes ces idioties sur comment les gens doivent agir. C'est eux qui t'ont fait ces cicatrices, ce tatouage, ces crevasses. C'est eux qui font des guerres au nom de Dieu, de l'argent, de raisons stupides, c'est eux qui s’entre-tuent jour après jour, ceux qui t'ont contrôlé on bien fait leur job, te montrer l'horreur de ce qui vous entoure. Ils ont voulu briser tes croyances en te montrant que tout ça ne rimait à rien.

Trop de pensées négatives, tu vas chercher du réconfort en te collant au fond du lit, sur les oreillers et contre le mur, attrapant une peluche en forme d'éléphant, pour poser ton nez sur elle. L'odeur t'apaise, tu sais que c'est celle d'Azraël, que tout ça vient de lui, et enfin tu souris de nouveau. Le monde n'est pas si affreux tant qu'il est comprit dedans. « A sin, to be sinner, to sin. Get it. This word shouldn't exist. » Tu relèves les yeux vers lui, t'as du l'embêter à parler autant, il a l'air d'avoir du mal à tout enregistrer et à te répondre. Apprends à te la fermer, Mihr. Un plâtre ? C'est quand on se blesse, ça, sûrement. T'as le vague souvenir d'en avoir eu un quand tu étais encore au laboratoire, après qu'un des gardes t'ai agrippé le bras, mais tout est flou dans ta mémoire, tout commence à se mélanger et à te donner le vertige. « And I could change the color of the stars whenever we want to, so we dont have to fight over that. » Tu pourrais aussi changer sa couleur de cheveux un matin, quand il passera devant le miroir, juste pour le faire hurler. Tu évites trop souvent de le faire, à part ce dessin dans les collines lors de ta fuite l'utilisation de ton pouvoir se résume à des accidents ou à des choses hors de ta volonté : ton corps qui s'illumine sous la peur, tes pupilles qui changent de couleurs, tu ne décides rien.

A ses mots sur la Belle et la Bête, tu repousses la peluche et poses tes genoux sur le lit, avançant jusqu'à lui de cette façon et tu déposes l'ordinateur portable sur les genoux du garçon avec un semblant d'autorité peu crédible. « Can you tell me if the Beauty and the Beast is on it ? I can't read very well. » Azraël a sans doute eu l'idée de mettre tous les dessins-animés existants sur l'ordinateur, mais tu ne peux choisir qu'au hasard, et la dernière fois que tu as voulu en essayer un autre, tu es tombé sur Pinocchio. Tu préfères éviter de le revoir un jour, trop effrayant pour toi avec ces gens qui se transforment en ânes, ces méchants qui les utilisent. Depuis, tu te contentes de voir le Bossu de Notre-Dame en boucle, en passant de temps à autres sur le dessin-animé avec des poneys ou Futurama. Tes doigts et tes yeux se promènent sur le plâtre de Charlie, tout en douceur. « Does it hurt ? » Sous la pulpe de tes doigts, le plâtre se colore d'une teinte bleue pastelle, peut-être couleur lavande même, et tu les retires aussitôt, paniqué. « Sorry, I didn't want to do that ! Sometimes it happens. But I find white sad, white is empty. It'll be gone in a few hours. Sorry. » Tu t'éloignes un peu de lui pour t'asseoir correctement à côté de lui, le souffle irrégulier. Tout est effrayant dans ce monde libre.


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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:49

CHARLIE/GRACE
You won't ever have to worry, you won't ever have to whine for I'll be there beside you to dry your weeping eye. So darling tell me that you'll be true, there's no doubt in my mind, I know what I want to do, and then just as sure as one and one is two, I know I'll take care of you

Aujourd'hui, tu es seule dans ton bureau. Alistair est tu ne sais pas trop où, mais si personne n'est venu se plaindre, tu penses deviner qu'il reste sage. Une journée calme. Tu en profites pour siroter ton café quand la porte s'ouvre dans un grand fracas, une petite blonde tenant un garçon visiblement très mal en point. La tasse se fracasse sur le sol en répandant ton contenu, mais ce n'est pas le temps de s'en préoccuper, tu l'aides à déposer l'homme sur un lit, commençant aussitôt à repérer les blessures les plus graves, les plus urgentes, prenant un ton autoritaire qui n'autorise aucune réplique. « What happenned ? » Elle bégaye, elle panique la blonde, elle est en larmes aussi, tu l'aperçois du coin de l’œil quand tu commences à nettoyer une des blessures. « He – He had a car accident... He was in my head for eight years, 'cause I didn't want him to die, and... I let him get out of that world inside my brain, but he has the same wounds, you have to treat him, please. Save him. » Tu ne comprends pas grand chose, mais tu n'en as pas le temps. La jeune femme s'apaise un peu, grâce à ton pouvoir sûrement, et attrape la main du blessé, les yeux fixés sur lui. Tes doigts opèrent machinalement, les blessures se referment grâce à des fils, heureusement pour lui aucun organe n'est touché, il s'agit de fractures ou de blessures superficielles. Heureusement pour vous tous. Elle tente une nouvelle fois d'expliquer quand tu ralentis, prouvant qu'il n'y a plus de danger imminent. « My gift is a world inside my head. I know him since my childhood, and we had a car accident eight years ago. My world protected him, it took him inside, and I always believed he was just...gone. Then, I found him. And I made him free, but he was still hurt. I don't understand. And I can't take him to the hospital, I didn't know what to do... His name's Charlie Rutherford. I have to leave this place. I have to go somewhere else, far from everything. Please, give it to him when he wake up. » Elle dépose une lettre dans tes mains, et aussitôt s'enfuit par la porte. Elle ne reviendra jamais, tu ne sais ni son nom, ni ce qu'elle fait ici, une inconnue qui vient de déposer dans tes bras un être blessé, qui n'a pas connu ce monde pendant huit ans. Tu es un peu perdue. Beaucoup même, c'est une chose qui ne t'arrive très rarement. Tu déplaces le lit de façon à le cacher des nouveaux blessés qui pourraient arriver, ce n'est pas encore le moment pour tout l'Institut de découvrir ce qu'il vient de se passer. Les soins reprennent, peu à peu tu recouds les blessures et plâtre le bras blessé, heureusement pour ce gosse que tu es médecin et non une simple infirmière. Heureusement pour l'Institut, vous n'avez pas besoin de le transporter à l'hôpital. Les deux derniers morts ont ébranlé l'école, les journaux sans doute, et si vous pouvez éviter de vous faire remarquer un peu plus, tu n'es pas contre. Qu'ils vous laissent cet endroit jusqu'à ce ton histoire pose ses derniers mots. Puis tu nettoies le café échappé, en reprenant un nouveau à la cafetière que tu as amené. La journée, la nuit promettent d'être longues. Tu devrais dire à ton mari que ce soir, il dormira certainement tout seul. Tu ne veux personnes d'autres ici, pas tant que le gamin n'est pas safe. Et tu t'assieds sur le fauteuil installé à côté du lit, un livre dans les mains, la lettre sur les genoux. Tu ne lis pas, incapable de te concentrer sur une ligne, éreintée, déboussolée. Au bout de quelques secondes, tes yeux se ferment, tu te laisses plonger dans un sommeil léger et réparateur, toujours léger.

Au premier mouvement dans le lit tu sursautes et te relèves, déposant une main sur le bras du prénommé Charlie, un sourire doux sur le visage. « Hey, sweetheart. » Il n'a plus l'air en si mauvais état, quelque peu réparé. De l'autre main, tu balayes les mèches de son visage, replace correctement le cathéters, les poches de soins, tu as de quoi soigner une armée dans ta petite infirmerie. Ce n'est d'ailleurs certainement pas légal. « Open you eyes Charlie, you're safe here. »
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:51

ARON/CHARLIE
Arón avançait l'air pensif en direction de l'Infirmerie. Il pouvait déjà sentir le goût du pansement ainsi que des ustensiles stérilisés alors qu'il n'était que dans le couloir menant à l'abattoir. C'était la vision qu'avait l'Irlandais d'une Infirmerie, cela lui faisait trop penser à l’hôpital. Dieu seul avait connaissance de son aversion pour ce genre d'endroits. Peut-être était-ce du au fait qu'il en fut terrorisé dans son enfance. Il faut dire qu'après en avoir emmené plus d'une dizaine de personnes, cet endroit ressemblait plus pour lui à un dépotoir qu'à un endroit où l'on sauvait les gens. Nombres de ceux qu'il avait emmenés étaient encore aujourd'hui plongés dans un coma artificiel.

Xavier lui avait demandé de passer voir un jeune mutant à l'Infirmerie, un certain Charlie Rutherford. Même s'il n'avait aucune idée de la raison de cette demande, Arón avait accepté la demande du professeur X. Une façon de lui faire comprendre son implication au sein de l'Institut. Le jeune mutant aurait semble-t-il été envoyé dans un monde fictif où il aurait perdu tous ses proches. Une situation que pouvait aisément comprendre Ilyann, même s'il ne souhaitait pas s'improviser assistant social. Lui aussi avait tout perdu à cause de son pouvoir, se pensant pendant longtemps la seule cause de ses malheurs. Peut-être arriverait-il à aider le jeune mutant ? En réalité, Arón connaissait parfaitement le pouvoir du mutant et il s'était dit qu'une nouvelle recrue au sein de son organisation avec de tels pouvoirs n'était pas de refus. Quoi de mieux qu'une personne complètement perdue pour l'orienter vers le chemin qu'on désire après tout.

Il soupira en frôlant la poignée de la porte puis il prit finalement la direction de la salle à manger. Son ventre criait famine et il se permit donc de récupérer quelques barres de céréale avant de rejoindre le jeune homme. L'entrée de l'Infirmerie était située à côté de celle de la salle des dangers, une aubaine pour les mutants qui s'entraînaient. Arón le savait que trop bien, il ne comptait plus le nombre de jeunes élèves qui sont passés à l'Infirmerie après un cours de stratégie en Salle des Dangers. Pour lui, beaucoup manquaient de formation et il n'y avait que la mise en situation qui pouvait les aider. Il a toujours pensé qu'il valait mieux apprendre par des cas concrets qu'en abstrayant toute forme d'apprentissage. Il fut surpris lui-même d'aimer apprendre aux jeunes élèves comment prendre une décision dans un champ de bataille. Il avait bien connu la souffrance du monde extérieur et il ne souhaitait à personne de vivre cette expérience.

L'humaine en tenue d'infirmière le salua mais Arón ne lui répondit que d'un léger signe de tête à peine perceptible. Pour lui les humains lui étaient complètement indifférents, il avait depuis longtemps arrêté de les plaindre et de les comprendre. De tous les humains qu'il avait connu seule une méritait son attention : sa mère. Ilyann avait réellement perdu foie en l'humanité si bien que pour lui le monde de Charles était une pure utopie. Il ne croyait pas une seule seconde que les humains et les mutants pouvaient vivre ensemble de manière pacifique. Pour l'Irlandais ils étaient l'évolution et c'était donc normal qu'ils se sentent menacés par eux.

Passé le pas de la porte, la vue d'Arón se troubla à la vue de cette vague de dégradé de blancs. Son œil se concentra dans un premier temps sur un immense lampadaire qui ornait plusieurs lit vide. Seuls les draps étaient présents au bout de chacun d'entre eux. Heureusement que les murs égayaient la pièce avec un peu de couleurs car pour lui cette Infirmerie ressemblait vraiment à un hôpital. Il vit au bout de la salle un petit drap posé comme un rideau et qui cachait l'extrémité de la petite pièce. Il aperçu alors du coin de l'oeil le mutant que Xavier lui avait demandé de rendre visite. Arón esquissa tant bien que mal un sourire puis il se présenta devant le mutant en mauvais état. Il croqua avec gourmandise la barre de céréale qu'il tenait dans son gant puis il tendit une deuxième à son futur interlocuteur :

Arón- Une petite faim ? S'essaya-t-il alors à demander pour engager un début de conversation.


And fear is not a gentle thing although it has no fists. It crawls down from your thoughts and ties you by your skinny wrists. Death will take your lips from you so that you cannot kiss. But fear will leave you screaming out for all the love you'll miss.

L'homme était là comme allongé dans son cercueil. Ses yeux ne parvenaient à trouver un point, une accroche ; ils étaient ouverts mais ne voyaient rien. Son torse se soulevait irrégulièrement sans que son cœur n'ait l'air de battre. Il était une coquille vide, une enveloppe corporelle sans âme. Il était prostré, enfermé dans un mutisme suicidaire qui lui extirpait le mot. Il était un être automatique, le fantôme de celui qu'il était. Son extérieur était mort mais son intérieur s'agitait. Tout était statique autours de lui, dans cette pièce animée seulement par le mouvement des rideaux au gré des bourrasques de vent. Son esprit, lui, s'embourbait dans une anaphore mentale ; la répétition putride d'un deuil qu'il ne pourrait jamais entamer. Il sentait encore la pression des lèvres d'Anya, ses supplications inconscientes. Il était parti pour elle – – elle était perdue à présent. Charlie s'était heurté aux femmes, avait récolté le fruit pourri de leur humanité. Il avait croqué dans la pomme quand il aurait dû préférer le serpent. Il était la victime d'un coup du sort, le pantin d'un monde trop corrompu pour sa douceur. Les deux femmes de sa vie n'étaient plus – – lui demeurait. Invincibilité répugnante quand tout ce qu'il désirait était que cesse sa misère.

Il était là depuis seulement deux jours, alité comme une personne âgé. Son corps recouvrait progressivement ses sens primaires ; il ressentait la faim, la soif. Il voulait ne plus ressentir, s'enfermer dans le néant et que l'on ne vienne pas l'y trouver. Son âme s'y trouvait, mais le ciel convoitait son corps, l'hypnotisait dans son despotisme pour que jamais il ne puisse trouver le repos. Mais cette fois-ci, Charlie avait pris sa décision. Ce lit serait son dernier abri ; bientôt il mourrait. Il n'avait jamais eu de pensées suicidaires ; bien sûr, il s'était amusé avec la douleur physique dans sa jeunesse, pour tester ses limites. Maintenant, il sentait la mort, la sentait qui caressait ses doigts engourdis et qui se faufilait dans ses artères pour infecter son système. Il voulait qu'elle soit maligne, qu'elle soit lente. Il voulait sentir la mort qui le prenait tout entier, l'étreindre et la laisser l'enivrer. Il voulait s'enfoncer dans l'obscurité s'y laisser étouffer. Ô doux cadeau qu'était la mort.

Puis vint un homme qui l'extirpa de sa rêverie mortuaire – – ils venaient toujours. Un de ces envoyés du ciel, de ces signes moqueurs – – preuve qu'il ne parviendrait jamais à prendre sa vie. Il s'approcha de lui et Charlie tourna la tête pour l'observer. C'était un bel homme qui possédait un charisme indéniable. Son visage n'était pas des plus candides, mais il avait quelque chose de supérieur aux autres ; un charme. Cette sensation était presque palpable, comme une force attractive qui alimentait la curiosité. Son apparence ne la diminuait en rien, ponctuée par des gants où semblait résider une poigne absolue. Il prit place à ses côtés – – la mort à son chevet. Charlie ne bougea pas, conservant une expression neutre sur son visage balafré.

« Je ne suis pas prêt pour tant d'érotisme, dit-il en observant l'homme placer la barre de céréales entre ses lèvres, mais je meurs de faim. »

Son cynisme était intact ; aucun choc ne pourrait le lui retirer. Il planta ses prunelles injectées de sang dans celles de l'homme et croqua dans la barre de céréales. Tout était si industriel dans ce monde ; Charlie pouvait ressentir le goût des machines jusque dans la friandise qui lui avait été offerte. Il laissa un rictus infecter ses lèvres sèches et plaça sa main sur le genoux de son visiteur.

« On t'a envoyé pour faire du baby-sitting ? Vous avez peur que je me coupe les poignets avec les dents ? Je m'appelle Charlie, j'imagine que t'es déjà au courant. »

Il était là depuis seulement deux jours, alité comme une personne âgé. Il était devenu père, dans le monde de sa meilleure amie. Il y était devenu époux. À présent, il se retrouvait projeté huit années en arrière, comme s'il était encore ce gamin dégueulasse qui dégommait sa cervelle aux joints et ses narines à la coke. Il voulait y retourner, retrouver les étreintes d'Anya. Il voulait y retourner, quitter ce monde hostile. Il voulait y retourner ou mourir.

« Je ne suis pas prêt pour tant d'érotisme, répliqua le jeune mutant tandis qu'Arón dégustait sa barre de céréales, mais je meurs de faim continua-t-il. »

L'irlandais esquissa un sourire après la remarque du jeune élève, sans toutefois prendre la peine d'y répondre. Le jeune homme semblait plus en forme que ce qu'on lui avait raconté finalement. Jamais il n'aurait répondu de la sorte s'il était vraiment le portrait peint par ses autres professeurs. Ilyann se dit que finalement, cette petite virée allait peut-être être moins ennuyante que ce qu'il pensait après tout.

Arón- Tu trouves ça érotique ? Attends de voir la suite ironisa-t-il d'un léger clin d’œil.

Le jeune homme finit par succomber et il céda à l'appel du sucre. A cet instant Arón en profita pour empoigner une chaise et il la fit glisser jusque devant le lit du patient. Il prit quelques instants pour observer le patient. Celui-ci semblait nerveux, son pied ne cessait de s'agiter. Ses joues creuses ressortaient fortement du reste de son visage si bien qu'on aurait dit qu'il était sous-alimenté. Encore un peu et Ilyann aurait pu le confondre avec un visage fantomatique, le jeune homme avait le teint blafard. Peut-être était-ce du à l'étrange lumière artificielle de la pièce ?

« On t'a envoyé pour faire du baby-sitting ? Vous avez peur que je me coupe les poignets avec les dents ? Je m'appelle Charlie, j'imagine que t'es déjà au courant. »

Il avait envie de répondre qu'effectivement, il était de corvée et que malgré lui il avait du se déplacer jusqu'ici pour veiller sur un étudiant même pas capable de surmonter les épreuves de sa vie. Toutefois il n'en fit rien. Le mutant était assez sur la défensive et l'Irlandais avait tellement l'habitude d'être direct qu'il s'était dit que pour une fois, il allait faire autrement.

Arón- Un medium, je ne savais pas que tu avais ce don là ironisa-t-il en enlevant lentement ses gants. Il fit un signe de tête comme pour approuver les dires du jeune-homme puis il continua J'aime cette manière de ce suicider, original expliqua-t-il en fronçant les sourcils. Moi c'est Arón, je suis professeur à l'Institut je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de moi...

Ilyann ne se souvenait pas avoir croisé le jeune homme dans les couloirs de l'école aussi s'était-il présenté. Même s'il ne se l'avouait pas, le mutant assis en face de lui lui faisait de la peine. L'odeur permanente de cet endroit lui avait rappelé l'époque où il se sentait seul. Il se souvenait encore s'être effondré après une nuit passé dans un bar. Arón était ivre et il avait malencontreusement touché plusieurs humains et même quelques mutants. Il se remémorait la vue du couloir blanc rempli de brancards suite aux personnes qui avaient perdu connaissance. Devant un tel désastre le jeune mutant qu'il était se pensait être l'héritier du démon. Une sorte de diable incarné, un mal nécessaire. Il lui avait fallu de nombreuses années pour qu'il comprenne que sa mutation ne faisait pas de lui un monstre.

Arón- Alors comme ça t'as vécu des années dans un monde fictif ? Ilyann ne prenait pas de gants et le professeur avait décidé de prendre le taureau par les cornes. La vraie vie ça te parles pas ?

Le ton de l'Irlandais était provocateur, mais c'était sa manière d'être. Il n'était pas là pour réconforter le mutant dans sa misère, lui confirmer que c'était une bonne option. Il ne le connaissait pas encore, mais quoiqu'il arrive il souhaitait que le jeune mutant puisse réagir, prendre conscience de sa situation. Lui-même aurait aimé qu'on le fasse pour lui à l'époque de sa découverte de son don..
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 1:56

KHARIM/LUDMILLA
1- Un pâle halo de lumière éclairait la demoiselle, donnant une apparence fantomatique à sa silhouette menue. Le jardin de l'institut était désert à cette heure-ci, lui permettant de s'adonner à des activités relaxantes malgré leur apparent égotisme. Elle se nichait là, chaque soir, entre les buissons et les ronces, pour échapper à l'irrespirable agitation des couloirs au moment où sonnait l'heure du coucher. Les genoux rassemblés, Ludmilla attendait, indolente, que les minutes dévalent, exaltant son esprit au son de la flore dont les feuilles tintaient au gré des bourrasques. Les journées étaient longues, ais elle ne s'était jamais sentie éprouvée ; le temps ne l'affectait plus de la même manière. Les fleurs poussaient, les enfants poussaient aussi – – parfois. Elle força le goulot de son vin à atteindre sa bouche. Il serait mort de ses mains despotiques, quoiqu'il en soit.
Elle ouvrit l'ouvrage posé sur ses cuisses, observant la couverture avec insistance. Une femme vêtue d'une longue robe bleue faîte de soie y était paisiblement couchée sur une chaise de plage, les yeux rivés sur un océan d'une divine couleur. Elle tenait une cigarette dans la main gauche et esquissait ce qui semblait être une expression de contentement. Un roman voguant sur un transcendantalisme de bas étage, décrivant la femme comme un microcosme dégoulinant de l'univers tout entier. Les femmes n'étaient rien sinon du bétail placé sous le joug des hommes. La dame de la couverture perdrait son air suffisant si elle n'était pas une simple fiction.
Ludmilla avala une nouvelle gorgée, d'une main moins délicate cette fois-ci ; elle pouvait bien faire semblant de ne pas caresser la bouteille, elle finirait saoul quand même. Elle s'était enfermée dans une routine satisfaisante, elle riait même, parfois, en voyant un élève tomber lorsqu'il entreprenait un grand jeté. Et chaque soir, elle enivrait son crâne d'un nectar interdit, chargeait ses poumons de nicotine puis s'évadait gaiement, touchant du doigt ses fantasmes de pauvre femme puérile. On pouvait bien moquer son étrange condition, ais elle s'y complaisait. Elle était un ectoplasme volatile, un oiseau spectral. Elle cachait sa fragilité avec autorité et son autorité avec fragilité. Ses émotions divaguaient d'extrême en extrême et ne s'apaisaient que lorsque son sang se mélangeait à l'alcool ; là, tout n'était que douceur.
Nombreux sont ceux qui observent le ciel, s'extasiant d'étoiles en comètes. Elle n'y déposait que rarement ses yeux. Autrefois, tout l'éclat de ces particules lunaires auraient pu refléter presque exactement la brillance de ses iris alors qu'elle rêvait d'évasion. Tout cela n'était à présent qu'un concept bien idyllique, un désir minuscule dans l'infini, l'ébauche d'un futur impossible à saisir dans une immensité bien trop grande pour elle. La liqueur ne lui donnait pas l'envie de refaire le monde, sinon d'y échapper, plongée comme dans une version améliorée de la tristesse dans laquelle elle était seule, infiniment seule, à jamais seule ; sans réellement savoir si cela l'importunait pour autant.
Cette confusion lui avait été laissée par la vie comme une cicatrice suppurante, dont elle n'avait pas conscience. Ludmilla était devenue hermétique, noyée dans un aquarium universel où les sons se répercutaient en ondes inaudibles ; où l'on ne vivait pas en famille, terrés derrière les algues pour échapper aux prédateurs. Elle n'était sûrement pas le prédateur, ni le poisson, ni l'algue, mais certainement le corail resté intact face au temps, placé comme un témoin inactif des batailles d'un monde enragé. Elle était une mer calme, perturbée quotidiennement par la propulsion d'un tsunami néfaste dans ses méandres. Peut-être bien qu'elle était aussi un microcosme au final. Ludmilla, microcosme réinventé, microcosme sans prétention, contrairement à la bourgeoise de la couverture.
Elle avala une nouvelle gorgée.

2- Tu te réveilles brutalement, ton cœur bat la chamade et menace de s’arracher et de s’envoler de ta poitrine. L’air que tu respires te brûle les poumons, trop frais, trop rapidement, tu manques de d’étouffer avec ta propre respiration, la salive faisant office d’ennemie pour une fois, en menaçant de te tordre l’œsophage. Cette sensation tu la connais, c’est la sensation de réveil. C’est l’après-chasse, et tu sais qu’en respirant de nouveau, le goût de la chair morte, arrachée, de la vie fauchée emplira ta bouche, ton estomac et tes tripes.

Tu restes écrasé dans l’herbe un bon moment pour te rafraîchir, aussi pour te concentrer et ne surtout pas vomir. Si tu vomis, il aura encore faim, il reviendra. Tu uses du peu de force qu’il te reste après cette escapade pour te redresser péniblement, flambant nu, et un balaye rapide te permet de voir que tu es dehors, dans le parc. Encore une sale nuit, et pourtant tu avais naïvement cru pourquoi y échapper cette fois. Mais t’es qu’un imbécile. Tu t’es mal attaché, tu aurais dû demander de l’aide, mais en plus d’être idiot, tu as de l’orgueil, et tu veux garder ton secret pour toi. Il est hors de question de mettre quelqu’un en danger, et de te confier pour qu’on te prenne en pitié. Ce secret c’est le tien, c’est tout ce qu’il te reste, et tu régleras le problème par toi-même, comme tu l’as fait tout au long de ta vie. Tu n’as besoin de personne, encore moins d’un confident, d’un avis, d’un regard compatissant. Tu n’es pas de ceux qui ont besoin d’une épaule pour pleurer. Tu es silencieux, tu gardes tout pour toi, et tu passes à autre chose. T’es pas une fillette putain.

Mais t’as mal comme un chien. En te relevant, tu sens un liquide chaud couler le long de tes bras. Tu te rends compte que les menottes t’on entaillées les poignets, sans doute quand tu t’es échappé de cette prison trop fragile pour toi. En fait, tu les as sans doute explosées. Tu ne sais pas trop quelle est ta bête, mais elle est massive, dangereuse. Elle prend beaucoup trop de place dans ton être, dans ton monde, dans ta tête. Physiquement, tu ne sais pas ce que c’est, ce que tu deviens, et ça te terrifie, ça te glace les sangs, encore plus que de te trouver à poil en plein mois de janvier, dans le parc, comme un débile, encore et toujours.

Tu cherches un endroit où aller. Au moins attendre la nuit plus avancée pour rentrer sans te faire voir. Alors tu décides d’errer, tout simplement, au moins te cacher derrière un arbre, même si tu n’es pas pudique, tu ne veux pas te faire arrêter pour indécence, mais surtout, tu gèles. Tu veux te cacher du froid, éviter la brise qui te fait frissonner à chaque souffle. Alors tu marches, pieds nus, âme à nu, yeux plissés à cause de la noirceur, de la brise, du froid, puis tu l’aperçois au loin. Une silhouette. Mais ce n’est pas cette silhouette que tu remarques en premier, c’est l’ombre d’une bouteille. La promesse de boire jusqu’à t’en brûler la gorge, et inconscient d’être étrange tu t’avances rapidement vers cette femme, cette bouteille, et tu espères.

Innocemment, tu remarques aussi sa veste. Mais tu vas lui faire peur, la faire chier, la déranger alors qu’elle semble plongée, nager avec ses propres démons. Tu t’avances à sa hauteur, dégaine un sourire, essayant de paraître tellement normal que tu en es presque effrayant, puis tu lances au hasard « Plutôt frais comme soirée, hein? » Tu soupires, regardant le nuage de fumée que forme ton souffle, puis tu évites de la regarder, tu évites son jugement, et préfère fixer doucement la jolie bouteille qui t’appelle, comme si le vent sifflant sur son goulot te murmurait milles et une promesse.

3- La brise commença à glacer les membres de Ludmilla, mais elle n'était pas désireuse de retourner à l'intérieur. L'alcool, brûlant sa gorge, lui offrait la seule source de chaleur dont elle avait besoin ; elle serait bientôt trop épuisée et irait se coucher l'esprit vidé de ses tourments. Une chenille se traînait difficilement sur le banc, être fragile qu'elle pourrait faire exploser seulement en y pensant. Sa vie, après tout, ressemblait à celle de ce ridicule animal ; retenue par un fil extrêmement fin qu'une main extérieure pourrait casser à tout instant. Le visage d'Andy frappait encore son esprit ; l'espoir qui l'avait prise toute entière avant de s'éclater devant ses prunelles impuissantes. Il ne restait plus qu'elle et son spleen éternel, femme larve qui se traînait telle la chenille à travers la vie. Elle n'était aucunement suicidaire, conservant certainement trop de lâcheté en elle pour accomplir l'irréparable. Néanmoins, une pensée hantait son encéphale. L'image était vague, mais elle brillait d'une lumière si incandescente qu'elle en devenait aveuglante. C'était à cette image que la rousse se rattachait constamment, comme agrippée par le bout des doigts avec une force surhumaine à la roche d'une falaise menaçant de s’effondrer à chaque instant. Elle ne cessait d'imaginer que si cette douce lueur qui carbonisait ses rêves existait dans son esprit, si elle avait la capacité de la représenter, aussi indistincte soit-elle, prouvait son existence même. Ainsi, la belle vivait, aspirant à chaque instant à ce bonheur, qui, bien qu'il semblait vain, n'était pas qu'un simple fragment de ses fantasmes alcoolisés.
Ses joues se teintaient progressivement d'un rouge intense et ses doigts tremblaient contre sa bouteille. Elle avala une nouvelle gorgée. C'est alors qu'une silhouette se dessina entre les buissons. D'une carrure imposante, elle se rapprochait. Ludmilla afficha un air ébahi, s'interrogeant sur sa santé mentale et posant ses yeux sur son vin. Quelle vie moqueuse ! Elle qui avait passé ces dernières minutes à se questionner sur la présence d'un lumineux espoir se retrouvait confronté à une entité opposée et menaçante. Un œil extérieur aurait ri aux éclats en apercevant cette scène incongrue ; mais la belle, plongée dans une contemplation hallucinée, se demanda si ce n'était pas la mort qui venait la cueillir. Douce ironie, elle qui commençait à retrouver une forme de clarté dans ce capharnaüm qu'était sa vie.
L'environnement semblait s'être concerté pour donner à cette absurde supposition un irréel réalisme. Les feuilles qui jonchaient le sol grondaient sous les pas plutôt lourds de ce corps qui arrivait vers elle ; le vent sifflait si fort qu'il en était douloureux pour l'ouïe et elle confondait la douleur de ses membres paralysés due à la fraîcheur de cette nuit avec un sentiment d'effroi. S'il était l'heure pour elle de partir, elle ne le ferait pas sans avoir bu une bonne dernière gorgée. Ludmilla, s'exécuta, mais fut d'autant plus surprise lorsqu'elle réalisa qu'il s'agissait d'un homme nu qui venait à elle. Une forme de soulagement s'empara tout d'abord de sa personne ; elle lâcha une forte expiration avant de retomber dans une extrême confusion. Elle cligna longuement des yeux sans réellement savoir pourquoi, puis parvint finalement à identifier ce qui la perturbait. Étais-ce réellement un homme nu qui se tenait devant elle ? La boisson n'avait pas encore provoqué des hallucinations chez elle ; mais elle avait peut-être trop apprécié sa bouteille ce soir-là.
« Plutôt frais comme soirée, hein? »
Quelques mots tranchants, la coupant net dans ses incontrôlables rêveries. Elle était donc bien présente, dans ce parc, dans ce froid, sur ce banc, devant cet homme et devant sa nudité. La belle fut si obnubilée par l'image qui défilait devant ses iris pour avoir le réflexe de cacher sa bouteille derrière son dos. Elle se contenta d'arborer un sourire. Ce n'était même pas de la gêne qu'elle exprimait, seulement un profond malaise par rapport à elle-même, ne sachant réellement plus où elle se trouvait à cet instant. Elle aurait désiré parler, mais les mots ne sortaient pas naturellement. Elle garda ainsi le silence pendant quelques longues secondes, tentant de formuler une phrase grammaticalement correcte ; puis elle s'entendit dire :
« Ah oui ! Mais je suis trop bourrée pour sentir quoique ce soit ! »
La grammaire était bien présente. Le côté sémantique, quant à lui, laissait à désirer. L'homme était nu après tout, il serait très mal placé pour juger ses propos déplacés. Ludmilla l'invita à s'asseoir, et au moment de lui tendre sa bouteille, remarqua le sang qui coulait contre son bras. Trop ivre pour réfléchir correctement ; elle se leva et déchira un morceau de sa jupe et s'adonna avec difficulté à la création d'un bandage de fortune qu'elle acheva par ce qui devait être un nœud.
« C'est mieux comme ça. »
Elle lui adressa un nouveau sourire ; et fut de nouveau submergée par sa nudité totale. Elle retira sa veste dans un élan bénévole et la lui donna, sans réellement savoir où il la placerait, tant il avait de peau à cacher.
« Ludmilla, professeur de danse parfois, alcoolique souvent. »
La belle retira une cigarette de son paquet et la plaça entre ses dents.

4- Tu peux sentir son regard sur toi. Elle doit trouver surprenant de te voir ainsi, de te voir sortir de nulle part sans habits. Mais tu ne la sens pas juge. Elle-même semble s’être fait prendre en plein délit, alors qu’elle ne fait que boire, comme toute personne normale peut le faire. Enfin, dans ce que toi tu considères de normal. Sa voix éclate dans le silence, dans le vent, comme si elle n’en contrôlait ni le volume ni l’enthousiasme. Elle est bourrée, et ça t’amuses. Ainsi, plus à l’aise, tu oses t’assoir près d’elle sur le banc, le froid du métal mordant la peau de ton fessier et de ton dos. Tu grimaces vaguement. Tu ne t’y attendais pas, tu as simplement obéit à ton corps brisé de s’être fait transformer, brutaliser par la transformation. « Y’a rien d’mal à être bourrée. Tant que vous vous endormez pas ici. Ce s’rais du gâchis. » Tu ne sais pas vraiment de quel gâchis tu parles, tu suis juste le rythme, tu veux parler pour ne pas sentir ta langue geler contre ton palais. Tu fais aller la gueule te permet de penser à autre chose qu’à ta personne frigorifiée.

Incrédule, tu la regardes se lever, t’attendant à une fuite, à un retournement de situation, mais elle ne fait qu’entailler sa jupe pour bander une blessure que tu avais déjà oubliée. Tu t’étonnes que ton sang ne tombe pas sous forme de glaçon, stalactites sortant de ta personne blessée. « Merci. Désolé pour votre jupe. » Tu vois l’ombre d’une cuisse, vision chaleureuse vu les circonstances, puis tu t’étonnes lorsqu’elle retire sa veste. Dans un geste inutile tu tentes de lui redonner, mais la chaleur du vêtement te fait hésiter. Ça te fait un bien fou, et tu gardes le vêtement sur ton sexe presque disparu à cause du froid. La honte.

Lorsqu’elle se présente, tu hésites encore. « Si j’vous dis mon prénom vous allez pas me dénoncer?...Parce que j’me doute que me balader à poil c’est pas vraiment permis. » Ta question est tellement débile que tu la ravales, riant presque de toi-même. « Ouais bon, c’est moins pire que d’être un prof bourrée, ou peut-être équivalent. Au pire je dirai que vous m’avez arraché mes vêtements. »

Un sourire fait craquer la peau de ton visage gelé. Tu la contemple, beauté aux cheveux de feu dans le décor froid et blanc. Elle se démarque, elle est colorée, belle, et prof. Ton dernier qualificatif à son encontre te fait regarder ailleurs. Déjà que tu lui pique sa veste, faut pas aller trop loin non plus. Tu lorgnes quand même sur la cigarette, sur la bouteille, et t’abuses carrément en lui empruntant sans permission. T’as juste envie de te brûler l’œsophage avec cette bouteille, au moins une fois, au pire elle te frappera avec si elle n’est pas contente. Au moins t’auras eu chaud quelques secondes.

T’attrape la bouteille par le goulot, t’étonnant presque de pouvoir refermer les doigts autour, puis tu bois, jusqu’à ce que l’alcool sature ton sens du goût. Tu lui jette un regard en biais, puis repose la bouteille là où elle l’avait mise. « Ehm. Ouais, je suis Kharim. Étudiant casse-couille, musicien. » Au moins tu t’es présenté. T’es presque poli. Surtout après lui avoir volé son alcool, un bout de sa jupe, et sa veste. D’ailleurs, tu regardes ton poignet. Ça ne semble plus saigner, merci à elle. T’es tenté de lui remettre son bout de jupe, mais tu sais ce que ce sera inutile, surtout avec le sang dessus. Tu te promets de lui en racheter un, ou de lui rembourser. Pour être quitte. Ne plus y penser et oublier cette nuit, comme tu tentes d’oublier toutes celles où tu perds le contrôle.

Comme pris d’un sursaut, tu finis par te lever de ce banc pourri. Tu ne sens même plus tes pieds. « J’crois qu’il faut rentrer. Enfin. Je vais rentrer. Je préfère qu’on me voie à poil plutôt que de crever ici. » Tu lui rends sa veste d’un geste un peu saccadé. Tu trembles, et tu viens juste de t’en rendre compte. « Pas que j’aime pas votre compagnie hein. Sauf que le bleu, ça me va pas. »

5- C'est par son visage qu'un être humain exprime sa singularité. Résultat d'un mélange entre des milliers de génération, il est l'affirmation d'une indéniable unicité. Bien que les yeux de Kharim n'appartenaient qu'à lui seul, bien que sa bouche ne pouvait être trouvée sur aucun autre corps, que ses sourcils arboraient une courbe particulière et que sa façon de sourire lui était propre, Ludmilla ne ressentait aucunement cette unicité visible. Plongée dans une imperturbable contemplation de chacun de ses traits, elle n'arrivait à déceler une quelconque originalité dans leur arrangement. Ils n'étaient que le reflet de peines passées, d'expériences qu'elle avait déjà vécu. Elle reconnaissait les stries des prunelles de son défunt mari, le mouvement des cheveux d'Andy, la peau de son père. Elle se perdait dans sa mémoire et ne parvenait à se reconnecter avec l'instant. Une confusion temporelle à laquelle elle était accoutumée, ressassant sans cesse les mêmes souvenirs, s'y attachant comme une enfant tenant la main de sa mère dans une rue bondée.
Elle l'entendait parler, sans réellement y prêter attention. Quelle mauvaise interlocutrice faisait-elle. Ses paroles venaient se nicher dans un coin de son crâne, coin auquel elle n'avait pas accès, trop occupé à le scruter. Il était la combinaison de tous les hommes qui s'étaient dressés sur son chemin, une mixture empoisonnée qui brûlerait sa gorge si elle l'ingurgitait. Mais dans ce poison se trouvait une certaine beauté, une méthode scrupuleuse qui la grisait. Elle le sentait, assis à ses côtés, éminent. Il était tous ces hommes sans réellement en être aucun. Il était un tableau vierge qui n'attendait qu'à recevoir un coup de pinceau. Elle, œuvre déjà peinte, n'attendait qu'à être recouverte d'une épaisse couche de peinture blanche pour pouvoir être peinte de nouveau. Il était tous ces hommes sans réellement en être aucun ; il était un homme, et c'était bien opportun.
Ludmilla avait rarement pu se passer d'une présence masculine. Elle avait développé un intérêt particulier pour la sexualité avant même d'être pubère. Ce qui n'était au départ d'un appétit vorace de plaisir s'était transformé en une aspiration inexhaustible à l'affection. Elle avait toujours été plongée dans une constante recherche d'un être qui saurait la satisfaire et qui pourrait combler ses besoins émotionnels. Une certaine stabilité avait été atteinte avec Nathaniel ; puis il est mort. Bien sûr, elle aurait pu assouvir ces émois passionnels en développant un instinct maternel ; puis il est mort. Elle pensait avoir aimé Andy ; puis il l'a laissée. Elle s'était bien entendue rendue compte qu'elle avait apprécié l'image d'Andy plus qu'Andy en lui-même. Elle s'était délectée de ses bras, sans réellement se questionner sur leur source. Ses paroles venaient se nicher dans un coin de son crâne, coin auquel elle n'avait pas accès, trop occupé à le scruter. Mais elle pensait, pensait, au combien il serait doux de sombrer au creux de ces mains inconnues en laissant mourir la nuit.
Il fit une remarque sur sa nudité. Un rictus vint déformer le visage inexpressif de la belle qui laissa échapper un gloussement. Il s'appelait Kharim. Kharim, casse-couille. C'était une description bien sympathique. Elle tira sur sa clope, calme. Mais il se leva et vint briser l'harmonie qui s'était introduite dans les pensées de Ludmilla. Il se leva et commença à s'échapper, la laissant seule, isolée sur son banc. Elle visualisa ce pinceau tranchant qui traça un trait épais d'une couleur rouge sur sa toile défraîchie.
Elle se leva à son tour, suivant le fugitif. Elle déposa une main sur son épaule et planta ses iris accusatrices dans les siennes :
« Si tu me laisses, je vais tomber dans le coma sur ce banc et on me retrouvera morte demain matin. »
D'un geste incisif, elle retira la cigarette de sa bouche et la plaça dans celle de Kharim, ne manquant pas de lui lancer un léger sourire.
« C'est de ma jupe que provient ce morceau sanguinolent. Tu peux dire ce que tu veux, mais je pourrai inventer une histoire macabre plus probable que la tienne. »
Elle récupéra sa cigarette et aspira une nouvelle bouffée. Puis elle attrapa la main du jeune homme et l'invita à se rasseoir. elle pensait, pensait, pensait – – – au combien il serait doux de sombrer au creux de ces mains inconnues en laissant mourir la nuit. Elle écarta légèrement ses jambes précédemment croisées.
Elle attrapa son alcool et but une nouvelle gorgée.

6- Tu laisses le silence s’immiscer entre vous, sans vraiment prendre la peine de le briser. Complètement perdue dans ses pensées, tandis que toi tu te les gelais, tu ne te voyais pas brisé sa contemplation, parce que toi, pauvre débile, tu frissonnais de froid. En fait, tu tremblais, à présent. Voilà la raison de ta fuite. Mais la voilà qu’elle t’intercepte avec ses paroles, ses menaces bien vaines. Tu soupires. T’as juste envie de te réchauffer. D’ailleurs, sa main chaude sur ton épaule te réchauffe radicalement, mais juste l’épaule, le reste semble se transformer en glace doucement. Au pire tu te découvres un nouveau pouvoir de glace, ce serait toujours mieux que ta malédiction débile. Tu te retournes lentement, lèvres presque bleues, regard aussi bleu glacial, et tu roules des yeux.

Tu tires une latte lorsqu’elle te présente le tabac, sans doute une connerie pour te convaincre de rester. « Ouais, sauf que si tu rentres avec moi, tu crèveras pas, et …je te rembourse pour la jupe. » Lorsqu’elle prend ta main pour te faire rasseoir sur le banc, tu évites. T’as pas envie que la peau de ton cul y reste coller à cause de la morsure du froid. Tu restes debout, croise les bras. « Si tu crèves ici, tu ne pourras pas vraiment me dénoncer. Au fait. Allez debout. »

Tu tires sur cette main qu’elle n’a pas lâcher pour la relever, la faire quitter ce banc où elle semble avoir l’intention de passer la nuit, puis tu l’attires contre toi, profitant de cette vague de chaleur qu’elle t’apporte, et tu te demandes bêtement comment elle peut ne pas avoir froid ; réponse simple, elle est habillée, elle. « L’alcool sera aussi bon à l’intérieur, sans risque de crever. » Pour une fois t’es sage, t’es l’exemple, et tu parviens à mieux réfléchir. T’essai surtout de survivre, alors pour l’empêcher de retourner à son maudit banc, sur passe une main derrière ses genoux, l’autre derrière son dos, et tu la soulèves comme une princesse pour l’obliger à te suivre, qu’elle lutte ou non.

Tes pieds s’enfoncent un peu plus profondément dans le sol, malgré la charge légère, t’en profite pour réchauffer tes mains là où elles sont placées, puis tu regardes droit devant toi, concentré sur la porte de l’institut, concentré à atteindre la chaleur le plus vite possible avant de crever d’hypothermie. D’ailleurs, tu te demandes bien comment ça se fait que t’es encore en vie. Peut-être une autre particularité de ton pouvoir ; la résistance. Car même si tu n’avais pas de fourrure pour te protéger, tu avais quand même l’impression de résister, d’avoir moins froid que lorsque tu n’avais pas encore ce problème.

Tu te rends compte que t’as oublié la bouteille, t’espère qu’elle ne remarquera rien. Au pire, t’as une réserve à toi dans un coin. « Ta chambre, elle est où? » Dont tu vas profiter tout seul, en fait. Tu vas juste la raccompagner, la border, et au moins tu sais que le lendemain, elle se souviendra de rien, vu son état avancé d’alcoolisation. Tu oses la regarder pendant que tu marches, pour voir si elle est toujours vivante, puis tu t’ajustes pour reprendre ta prise et ne pas la laisser tomber bêtement.

Plus tu t’approches de la porte, plus tu peux sentir la chaleur, la futur chaleur qui réconfortera ton corps torturé par les transformations de la bête. Tu as encore mal, comme si tes os n’étaient pas encore totalement replacer après cette transformation. Ton poignet te fait tout autant mal, car il frotte sur le tissu des vêtements du professeur.

Tu gravis le petit escalier pour finalement atteindre la porte, d’un coup d’épaule tu l’ouvres, libérant rapidement une main pour tourner la poignée, puis tu entres enfin dans le hall vide, silencieux, et sombre à cause de la nuit avancée. Personne à l’horizon. Tu pourras donc te faufiler dans ta chambre tranquillement sans que personne ne te voie, mais tu dois d’abord t’assurer qu’elle ira bien, et qu’elle ne fera pas de connerie.

7- HEART, we will forget him!
You and I, to-night!
You may forget the warmth he gave,
I will forget the light.

When you have done, pray tell me,
That I my thoughts may dim;
Haste! lest while you’re lagging,
I may remember him!
Emily Dickinson

Elle n'avait jamais vraiment été provocante, effectuant l'art de la séduction de façon subtile et pure. C'était un moyen relationnel qu'elle ne comprenait pas, ce besoin d'afficher un tout autre visage que celui qui nous appartient pour pouvoir attirer l'autre dans nos filets. Elle avait, les années s'écoulant comme l'eau d'un robinet, appris à ne plus séduire. Son mariage, à vrai dire, n'avait jamais été basé sur l''attraction sexuelle ; elle s'était trouvée dans un mode de vie plaisant et confortable, et la flamme n'avait pas besoin de foyer pour briller. Néanmoins, c'est en devenant veuve qu'elle eut à développer quelques capacités pour pouvoir subsister, le contact charnel avec autrui étant son seul moyen pour avoir l'impression d'exister en tant qu'être unique. Sa théorie était simple et peut-être naïve, mais lorsqu'on la prenait, lorsqu'elle était amenée à partager son corps avec un homme, que cet homme se perdait en elle ; à ce moment-là il n'y avait plus qu'elle. Tout disparaissait, elle devenait le monde et le monde ne se résumait plus qu'à son doux visage. Ainsi elle se paraît de son plus beau sourire, ne portait plus que des vêtements courts et était dans la constante recherche d'une âme pour qui elle deviendrait une perle, ne serais-ce qu'un instant. C'est dans cette optique qu'elle avait, presque par réflexe, écarté ses cuisses. Ces actes ne résultaient pas d'une longue réflexion, sinon d'une impulsion psychique et physiologique que poussaient ses membres à se mouver d'une certaine manière. Ludmilla n'avait aucun remords. Lorsqu'elle ne réveillait nue, entourée par des bras tendres, elle ne visualisait pas l'aspect volage de ses agissements, mais plutôt le plaisir qui lui était instantanément procuré. Elle se réveillerait donc probablement contre Kharim, elle l'embrasserait et s'attarderait sur l'image répercutée par ses prunelles ; sa propre image. C'est à ce moment-là qu'elle serait heureuse.
L'élève semblait peu désireux de rester à l'extérieur. Ludmilla fit la moue. Le vent frais lui était agréable ; la sensation qui se propageait dans ses membres. Sensation. Elle ne protesta pas et se laissa diriger par les mains glacées qui firent trembler sa peau. Il était maître d'une poigne curieuse, mêlant une indéniable force à une exceptionnelle douceur, ce qui rendait le contact plus langoureux encore. Son esprit était bien trop embué pour qu'elle puisse comprendre ce qui se passait réellement ; mais, la tête posée contre la poitrine du garçon, elle ne parvenait à déceler de quelconques mauvaises intentions. Elle ne se serait certainement pas débattue même si elles l'avaient été. Ils approchèrent inexorablement de la chambre de la belle et il ouvrit la porte d'un coup d'épaule.
Elle le laissa la déposer sur son lit et lui lança un sourire taquin ; un sourire qui en disait long. Elle voulait qu'il reste, qu'il s'approche d'elle, qu'il l'embrasse, qu'il la déshabille et qu'il la prenne. Mais la bienséance imposait des règles tacites et c'est là que cet art de la séduction, difficile à maîtriser, s'imposait. La chaleur de la pièce contrastait brutalement avec l'air glacial du parc. Cette différence de température était plutôt agréable ; d'un stalactite, elle s'était métamorphosée en boule de feu, instable et sauvage. Ses pupilles s'étaient dilatées et les yeux semblaient presque phosphorescents. La danseuse baissa les yeux et se remémora l'énorme bout de tissus dont sa jupe était à présent dépourvue. Elle se leva, doucement, méthodiquement. Replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille, elle souleva délicatement son chemisier et fit tomber sa jupe à ses pieds. Elle se retourna pour faire face à l'homme et se plaça devant lui, droite, immobile, silencieuse. Ludmilla planta ses iris sur lui mais ne dit pas un mot, prenant quelques instants pour mordre sa lèvre inférieure.
« Vin ? »
Elle se dirigea telle une ballerine jusqu'à un placard qu'elle dépouilla d'une nouvelle bouteille. La belle retira le plastique qui entourait la goulot et fit sauter le bouchon à l'aide d'une seule main. Elle porta la bouteille à sa bouche et avala une gorgée, laissant échapper une goutte sur son menton. Elle s'approcha de nouveau de l'homme et lui tendit la bouteille tout en s'essuyant. Enfin, elle tourna les talons et retourna se coucher sur le lit, les bras derrière la tête. Une nouvelle cigarette se retrouva entre ses lèvres rouges et elle tira une latte, faisant signe à Kharim de venir la rejoindre.

8- À peine arrive dans son antre, tu penses à partir, à t’échapper de cette emprise qu’elle semble avoir eu facilement sur toi. Elle t’attire de la compassion, elle fait vibrer un instinct protecteur que tu n’aurais jamais cru avoir, mais surtout, elle alimente ta curiosité. Tu n’es pas du genre à te poser des questions, à te lancer dans ce profondes réflexions qui te permettraient d’évoluer, de penser plus sagement. Non, tu es adepte de simplicité, de facilité. Pour une meilleure compréhension, pour t’éviter la culpabilité, le devoir, la redevance, tu te simplifies, te rends presque bête toi-même pour ne pas te responsabilisé.

C’est d’une main que tu balais rapidement tes questions et ton bon sens. Elle a envie de t’attirer dans ses filets, et tu as envie de te laisser faire, de te laisser attraper aussi facilement qu’une souris près d’un serpent. Tu n’iras pas jusqu’à feindre l’innocence, non, elle s’en rendrait compte de toute façon. Il te suffit de la regarder pour savoir ce qu’elle attend de toi, et tu n’as pas à te creuser la tête pour te convaincre de trouver chaleur autrement que dans ton propre lit vide.

Tu la regarde progresser dans sa chambre, enchanté par ses pas, comme si elle dansait sans musique, gracieuse, fragile, mais solide. Sans un mot, tu prends la bouteille qu’elle te tend, la perche qu’elle laisse pendre devant ton nez, et comme tu serres le goulot entre tes doigts, tu prends une gorgée, et le temps de redescendre, que le liquide t’inonde la gorge, elle est déjà partie dans sa danse solitaire, danse que tu rejoindras bientôt, lorsque le gel aura quitter tes jambes, tes os, ta peau. « Je devrais te laisser dormir. »

Tu lances ça, comme si tu n’avais pas l’intention de rester, mais vous savez tous les deux que c’est juste pour parler, pour te donner bonne conscience peut-être, pour ne pas te donner cette image de profiteur, d’opportuniste. Ton regard bleuté admire la grâce, cette façon de combiner mouvement doux et cigarette, puis tu ne résistes plus, tu la rejoins, abandonnant la bouteille sur la table de chevet. Tu te glisses contre elle, presque félin dans cette vaine tentative de rejoindre cette danse et d’être gracieux à ton tour. Mais tu es trop muscle, trop raide pour pouvoir prétendre être doux. De toute façon, elle n’attend pas ça de toi. Si elle avait voulu douceur, attente, elle aurait fait autrement que de t’attisé de cette façon.

Ton visage arrive à hauteur du sien, au-dessus, puissant, sans l’écraser, puis ta main vient se glisser entre vous pour lui voler sa cigarette, pour t’encrasser les poumons à ton tour, emprisonnant vos visages dans une fumée grise et piquante. Tu ne lui rends pas, tu prends une dernière bouffée avant de diriger la paume de ta main sur le bout pour l’éteindre, te causant une brûlure qui te fait presque du bien tellement le froid t’habite encore. Tu laisses tombé le bâton cancérigène, plante tes yeux sur ses lèvres, te disant qu’elle pourrait en faire bien autre chose que de respirer cette fumée, puis tu les évites, plongeant sur son cou, pour y déposer les tiennes de lèvres, évitant ainsi cette proximité que tu détestes, cette intimité que tu évites avec tout le monde, hommes comme femmes.

Car si tu donnes volontiers de ton corps, de ta personne, tu ne souhaites offrir à personne ta vulnérabilité, ta naïveté. Ce serait un jeu trop dangereux, et pour toi, et pour eux. Tu risquerais d’en souffrir, de regretter, de faire des choses que tu regretterais.

Alors tu poses tes lèvres ailleurs, tes mots ailleurs, tu mordilles, doucement, tu ne brusques pas, mais tu t’imposes, après tout, c’est ce qu’elle voulait, non?

9- The art of losing isn’t hard to master;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.

Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn’t hard to master.

Then practice losing farther, losing faster:
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.

I lost my mother’s watch. And look! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn’t hard to master.

I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn’t a disaster.

—Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan’t have lied. It’s evident
the art of losing’s not too hard to master
though it may look like (Write it!) like disaster.
Elizabeth Bishop, One Art.

Deux corps. Deux âmes. Deux vies. Telle une conductrice au taux d'alcoolémie trop élevé dont le véhicule se retrouvait lamentablement encastré dans un arbre, Ludmilla avait rencontré Kharim. Elle pouvait à présent sentir toute la puissance de son corps contre le sien. Un contact grisant ; dont les sensations lui paraissaient nouvelles. Elle ferma les yeux, quelques instants seulement, et c'est tout son organisme qui s'éveilla. Il avait provoqué en elle des réactions trop longtemps oubliées, lui offrant une conscience inédite dont elle n'avait jamais fait l'expérience. Sa formation de danseuse l'avait forcée à assumer l'existence d'un sens kinesthésique inné chez tout être humain. La théorie était parfaitement ancrée dans son cerveau, mais elle ne voyait en ces réflexions qu'une inutile polémique développée par des réformateurs frustrés et à la compréhension limitée des méthodes élémentaires. Mais ce soir-là, elle ressentait son corps, elle pouvait sentir la disposition de chacun de ses organes, le mouvement de son cœur qui brûlait sa cage thoracique, les battements incontrôlables de ses yeux derrière ses paupières closes. Elle sentait le sang qui se propulsait à une vitesse vertigineuse dans chacune de ses artères, réchauffant ses membres. Elle eut l'impression de devenir le noyau de la terre, de la lave en fusion que le corps ne Kharim ne parvenait à cristalliser. Elle ouvrit les yeux et constata qu'un nuage de fumée entourait à présent leurs deux corps entremêlés et elle pensa brièvement qu'elle émanait peut-être de sa personne.
« Je laisse la vie couler, passive, ne me laisse pas dormir Kharim. Réveille-moi. »
Il l'a compressait et tout son être lui criait de l'être encore plus. Elle voulait qu'il l'écrase, qu'il anime en elle une force trop longtemps refoulée. Elle se laissait aller sous son poids, plantant ses ongles dans son dos. Elle voulait qu'il la contrôle, qu'il prenne possession de chacune de ses parcelles ; elle voulait qu'il l'a strie avec ses morsures et qu'il laisse une marque sur sa peau de marbre. Elle l'entoura de ses jambes et s'agrippa à lui, passant une main violente dans ses cheveux. La vie la parcourait, comme un flux illicite et son cœur battait de plus belle. Ce n'était pas le désir qui faisait transpirer son front, mais l'éternelle aspiration à un pouvoir qui lui était refusé.
Elle qui s'était mise dans la peau du cygne blanc, endossait à présent le rôle du cygne noir. Elle lutait, dans une danse sensuelle avec le prince d'une autre, pour retrouver son individualité perdue. Ludmilla, fille des abysses, sombrait au plus profond recoin de son âme et tentait, sauvage, d'y attirer Kharim. Elle n'aspirait, au final, qu'à retrouver sa pureté dans la luxure. Dans un élan bestial, elle repoussa son amant et monta sur lui, déposant ses lèvres voraces sur son torse, y disséminant des traces de son rouge à lèvre sanguin. Elle tendit son bras et déposa ses doigts contre les lèvres du jeune homme, les caressant doucement, pour ensuite en placer un dans sa bouche.
Elle pouvait sentir le temps qui s'étendait entre leurs deux corps. Les secondes s'éternisaient et laissait à sa passion de l'espace pour s'exprimer. C'est ainsi que pour la première fois depuis des mois, elle sentit l'éternelle douleur de ses membres lui échapper, la quittant temporairement, remplacée par une félicité qu'elle ne souhaitait contenir. Elle se plongeait en lui dans une impulsion cathartique et son monde ne semblait plus attaché qu'à lui.
« Prends-moi. »
Elle n'avait plus aucun scrupule, plus aucune pudeur. Toutes les contraintes de bienséances s'étaient effacées de son esprit dès qu'il était entré dans sa chambre. Il était glacé et pourtant si chaud. La danseuse frotta langoureusement ses hanches sur lui, fébrile. Il semblait qu'il n'y avait plus aucune limite à sa liberté, et alors qu'un frisson parcourut tout son corps, la bouteille qu'elle venait d'ouvrir explosa sur la table de chevet. C'est ainsi que pour la première fois depuis des mois, elle sentit l'éternelle douleur de ses membres lui échapper, la quittant temporairement, remplacée par une félicité qu'elle ne souhaitait contenir. C'est ainsi, que pour la toute première fois, elle se sentit elle aussi éternelle.

10- « I have always depended upon the kindness of strangers » disait Blanche dans le chef-d’œuvre de Tennessee Williams. Un rictus s'était installé sur ses lèvres à l'instant où elle avait fermé ce livre. Douce Blanche, femme qu'elle ne comprenait pas. Elle avait été forte, un cliché de femme battante qui n'avait jamais considéré l'Homme comme un moyen de gravir des échelons. Elle avait toujours eu conscience de son individualité et n'aspirait nullement à voir dans un regard masculin la preuve de son existence. Alors elle avait ri de cette femme, n'étant consciente de son statut que lorsqu'elle se faisait prendre, prostituée involontaire qui se raccrochait à la vie par le biais du sexe. C'est à Blanche qu'elle pensa lorsqu'il la pénétra et un nouveau sourire se dessina sur ses lèvres rouges. C'est d'elle-même qu'elle se moquait à présent. « I have always depended upon the kindness of strangers » chuchota-t-elle. Elle s'était enragée face à l'image de la femme qui était renvoyée par cette pièce, avait passé des heures à débattre quant à l’invraisemblance de cet archétype que l'on nous servait dans tous les médias ; à présent elle en était une représentation exacte. Son tramway n'était pas nommé désir mais Kharim et c'est de sa bonté qu'elle dépendait dorénavant.
Ainsi, elle avait usé méthodiquement de ses charmes, enchaîné avec grâce ses plus belles figures ornées d'un jeu de regard subtil. Elle l'avait attrapé, agrippé et l'avait dépouillé de son sens critique pour faire bouillir en lui le besoin charnel dont elle se nourrissait. À présent, bien plus qu'une présence, le garçon était une mélodie, douce berceuse qui endormait la douleur lancinante qui tiraillait Ludmilla, ensorceleur nu qui l'avait plongée dans une transe sensuelle. Elle était enchaînée à lui, geôlier de sa peine, gardien d'un tombeau pestilentiel. Leurs corps étaient joints dans une symphonie mortuaire, une procession électrique. Elle l'infectait, le perfusait pour faire couler son drame en lui, sans culpabilité. La lumière d'un réverbère éclaira son visage.
Il s'était placé au-dessus d'elle et la lueur sembla se concentrer dans ses yeux. Elle caressa son torse saillant d'une main et empoigna sa nuque de l'autre. Elle sentit son dos frapper légèrement contre la tête du lit tandis que son mouvement gagnait en intensité et quelques gémissements s'échappaient de ses lèvres closes. Elle voulu l'embrasser mais se retint. Elle jouissait de cet acte sauvage qui paralysait son esprit primitif. Elle purifiait ses péchés par le péché, soignait le mal par le mal et cela fonctionnait. Les mécanismes de son cœur semblaient s'être ré-actionnés et elle pouvait le sentir, défonçant presque sa cage thoracique.
Le tramway continuait sa course effrénée, faisant grincer les rails délabrés de son corps. Il filait à toute allure et la vitesse commença à étourdir la danseuse. La lumière du lampadaire fut projetée en elle et ses cris se firent plus audibles. Tchic-et-tchac, tchic-et-tchac. Le tramway traversait la ville à toute allure et son désir ne semblait jamais se tarir. Il dépassait les arrêts sans jamais s'arrêter avant d'atteindre son terminus en s'accidentant. Le lustre qui se trouvait au-dessus des deux amants se retrouva en morceau, propulsant la poussière sur leurs corps entrelacés. Le souffle de la demoiselle brisait le silence glaçant de la pièce et elle se recroquevilla sur le côté pour attraper son paquet de cigarette. Elle en plaça une entre ses lèvres à présent dépourvues de leurs rouge et en tendit une autre à Kharim.
« Je ne me suis jamais sentie plus éveillée que ce soir Kharim. »
Elle allongea son buste contre le torse du garçon et caressa avec douceur ses pectoraux, mordillant sa lèvre inférieure. Ses yeux brillaient et elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Le tramway de Blanche l'avait menée dans une institution pour malades mentaux, mais c'est un tout autre chemin qu'avait emprunté le sien. Elle ne parvenait plus à sentir le trou qui avait remplacé son cœur, cette fissure béante qu'elle ne parvenait à reboucher. « I have always depended upon the kindness of strangers » mumura-t-elle de nouveau, refrain assourdissant dont elle comprenait à présent toute la portée. Elle tira sur sa clope et plongea ses yeux dans ceux de son amant, Dieu Olympien qui lui avait accordé le droit de jouir d'une félicité qui lui avait été arrachée. Et c'est là, dans ce lit poussiéreux, qu'elle aurait souhaité rester éternellement, défiant le temps, défiant la tristesse et la maladie, défiant l'enfer, le paradis. Ludmilla avait ressuscité.

11- «Life is not measured by the number of breaths we take, but by the moments that take our breath away.»

Ses murmures t’emportent, comme si elle avait cru nécessaire de te mettre une chanson à l’oreille pour te faire danser un peu plus contre elle, en elle. Tu grondes quand ça monte, recouvrant ses murmures presque inaudibles de toute façon, de tes grognements, de ton plaisir qui ne se traduit pas par les mots pour toi, mais par son, monosyllabe, ou par coups plus fort, plus loin, plus pressant. Tu t’agrippes doucement, et c’est bien la première fois que tu te compares à un chat. Si tu avais des ongles pour laisser tes marques, tu le ferais, mais tu n’as que tes dents, dents qui marquent déjà son cou, son épaule et sa gorge. « J’sais pas ce que tu racontes mais… » Et la voilà, cette explosion qui non seulement te surprend plus bas, mais aussi au-dessus de vous. Tu t’attendais certainement à lui en faire voir, mais tu ne t’attendais visiblement pas à te faire avoir aussi facilement, encore, et encore moins à moins une poussière lumineuse vous recouvrir. Le lustre, elle avait fait explosé le lustre, et tu regardais comme un petit garçon, complètement ébahit, et oubliant totalement la fusion que vous aviez.

Distrait, tu la regardes de nouveau, tu as ce petit sourire de gamin, ce petit sourire en coin que tu offres quand tu es amusé, surpris. Ce n’est pas encore au point d’être une complicité, mais en fait, tu kiffes qu’elle puisse faire exploser des trucs, surtout quand tu la touches là ou là. Encore sous le choc, tu la regarde juste à temps pour planter la cigarette entre tes lèvres, puis tu te laisses tomber doucement sur le lit à ses côtés. Tu prends cadeau comme une invitation à rester un peu plus, de toute façon, personne ne s’attendait à ce que tu rentres, personne ne t’attendais ou se demandait où tu étais. C’était l’avantage d’être un solitaire, de ne pas avoir d’attache. Ne rien devoir à personne te permettait de voler librement sans jamais te soucier de l’arbre où tu te posais. Parfois tu en volais les fruits et tu repartais au petit matin, sans un mot, sans un regard. Et personne ne cherchait à retrouver ce qu’il avait perdu, ou ce qu’il avait gagné. Tu étais un anonyme de ce monde, tu vivrais et mourrais sans laisser de trace. Un souvenir qui s’effacerait pour laisser sa place à plus important, à plus marquant.

Ainsi tu sursautes presque lorsqu’elle prononce ton prénom. Tu étais tellement transis de froid à l’extérieur que tu te ne souvenais même pas t’être présenté. Tu tires une latte de ta cigarette, arrive même à former de jolis cercles avec le bon angle, puis tu la regarde, l’étincelle à l’œil. « Si tu es adepte de nuit blanche, je peux me porter volontaire pour t’accompagner. » T’es mots sont bruts, sans images, sans figures. Tu t’exprimes tellement simplement que parfois, tu as l’impression qu’on ne te comprend pas. Et de toute façon, tu en avais rien à foutre qu’elle te voit comme un idiot à présent. Un professeur de plus ou de moins. Si tu n’avais pas la poésie facile, au moins tu pourrais te remonter le moral en te remémorant son visage. Elle se rapproche, tes bras suivant le mouvement et l’enlaçant légèrement, puis elle murmure encore. Tu fronces les sourcils, petit garçon qui ne comprend rien à la vie, à la littérature. « Tu peux m’expliquer ce que ça veut dire? Enfin, je comprends les mots, mais pas le sens. » Si elle ne te prenait pas déjà pour un singe doué de parole, là, c’était peine perdu pour toi. Tu fermes doucement les yeux, essayant d’éviter ce regard que les gens jettent aux autres qui sont trop bêtes, qui ne savent rien, puis tu tires de nouveau sur la clope avant de laisser échapper un nuage gris, désordonné cette fois.

Lorsque tu ouvres les yeux, tu plonges dans son regard. Elle n’était pas de ses amantes ingrates qui te mettaient à la porte directement après avoir eu ce qu’elle voulait. Non, elle voulait autre chose, ou cherchait à garder ce que tu avais pu lui donner inconsciemment. Ta main libre s’abandonne sur la courbe de sa hanche pour venir la frôler du bout des doigts, suivant la ligne fine, parfaite jusqu’à ses fesses. Tu abandonnes la clope entre tes lèvres pour libérer ton autre main que tu viens glisser doucement dans ses cheveux à la couleur fascinante, à la couleur passion. C’est une douceur que tu n’aurais pas pu soupçonné venant de ta propre personne. Car tu étais toujours le rustre, le violent, la rage et la bestialité incarnée, mais pour une fois, tu arrivais à créer cette harmonie entre ces deux pôles de toi toujours en guerre.

12- Elle le détaillait inlassablement, prise par un désir inaltérable. Ils venaient de faire l'amour mais son envie de le découvrir ne semblait vouloir se tarir. Ludmilla observait chaque parcelle de son corps saillant, de la courbe de son menton jusqu'à ses mollets musclés. Il possédait l'un de ces physiques dont il est impossible de se lasser, de ces hommes avec qui même le silence serait agréable à partager. Ils s'étaient découverts sous leurs véritables traits, masques à terre. Aucun processus d'idéalisation n'avait été effectué et pourtant quelque chose de magique c'était produit ce soir-là. Une indescriptible harmonie avait pris place dans ce lit presque conjugal ; il était devenu son époux nocturne, l'ombre d'une union assumée à laquelle, muette, elle songerait le jour venu. C'est dans son incroyable nudité qu'elle l'avait aperçu. Cartes sur la table. Il n'avait pas cherché à dissimuler la plaie ouverte sur son poignet et elle n'avait pas fui au danger. Elle s'était montrée alcoolique, toxicomane et il s'était apparemment délecté de ces afflictions. La belle n'avait nullement désiré le rendre meilleur qu'il ne l'était, mais les conditions et leur aspiration à une sexualité céleste s'étaient chargés de la transformation. L'explosion du lustre projeta sur eux une douche de lumière violente. En quelques secondes à peine, ils n'étaient plus les deux divinités s'étant adonnées à une sublimation mutuelle, mais deux protagonistes d'une pièce qui s'écrivaient au gré de leurs regards et dont le lyrisme s'échappait en salves de leurs âmes illuminées.
Ses incisives ne quittaient plus sa lèvre inférieure, expression pleine de malice qui s'était plaquée sur son visage sans qu'elle ne le décide. Il lui proposa de passer la nuit à ses côtés et elle n'exprima aucunement le besoin de répondre. C'était une évidence. Il resterait ici, le temps d'une vingtaine de cigarettes et au moins une autre bouteille. Ils se réchaufferaient et feraient probablement de nouveau l'amour ; ils oublieraient tout et ne penseraient qu'à eux. S'il désirait partir, elle le laisserait et se loverait contre la marque laissée par son corps ; inhalant les effluves sauvages de leurs ébats. Elle aspira une nouvelle bouffée de son tabac et fut quelque peu bousculée lorsqu'il s'intéressa aux mots qu'elle avait murmuré. Cartes sur la table.
« Eh bien... C'est la réplique finale de Blanche dans une pièce de Tennesee Williams ; un tramway nommé désir. Sa résonance semblait être adaptée à la situation. En fait, je viens seulement de comprendre que ladite Blanche se servait du désir qu'elle inspirait à autrui pour panser ses plaies mentales, pour sentir pleinement qu'il existait pour elle une place dans le monde... Je parle trop. »
Elle leva les yeux au ciel et fit tourner le ruban autour de sa main. Elle sentit celle de Kharim se balader près de sa cuisse, touchant le tatouage qui s'y trouvait. Ce contact la fit sourire et elle embrassa délicatement ses abdominaux. La danseuse se mit à penser. Elle n'était finalement pas comme Blanche, pas totalement. Elle n'était pas la seule bénéficiaire dans cette rencontre sensuelle. Elle avait pris à Kharim, mais elle avait donné également. Ils s'étaient tous deux volés, ils avaient dérobé l'autre pour combler leur propres lacunes. La présence de l'autre compensait l'absence de l'autre et c'est selon dialectique qu'ils étaient parvenus à cet équilibre séraphique. Il semblait que même lorsqu'il partirait, elle conserverait avec elle un fragment de cette nuit mystique ; qu'il fusionnerait avec son cœur en un souvenir auquel elle se rattacherait lorsqu'elle craquerait. Pour l'heure, elle tira à nouveau sur sa clope.
« Tu es intense. »
Ludmilla n'était plus maîtresse de son flux de parole. Les mots s'échappaient de sa bouche qui n'était restées que trop longtemps closes. Plus qu'une puissance érotique, il avait libéré en elle une autre force. Elle ne parvenait à situer avec justesse la source de cet éclat nouveau, mais elle le sentait briller en elle, encore et toujours plus fort. Elle le détaillait inlassablement, prise par un désir inaltérable. Elle le détaillait, encore et toujours plus fort. Elle était un être dont la noirceur était presque bouleversante, mais grâce à Kharim, et même si ce n'était que pour quelques instants, elle était arrivée au Zénith de sa féminité, lumineuse et éminente, comme un phare guidant les matelots à l'arrivée de leur périple maritime.

13-Tu la regardes vaguement lorsqu’elle te répond. Tu as peur de ne pas comprendre, et qu’elle voit l’incompréhension se marquer sur ton visage, dans tes yeux. Les mots se font un chemin dans ton cerveau, et tu ne sais pas si c’est à cause de l’heure tardive, ou parce que tu n’es pas doué, mais tu ne saisis pas tout. Ses mots sont comme une envolés d’oiseaux. Si tu en attrapes un, c’est de la chance, et les autres s’envoleront pour te laisser à terre dans l’incompréhension. Parce que toi, tu n’as pas le droit de prendre ton envol. Tu dois rester à terre, regarder les ébats, les acrobaties éoliennes des autres êtres vivants. T’as les pieds sur terre, ancrés, cloués, et tu n’en bougeras jamais. Le mieux, c’est de t’en foutre, ce que tu fais merveilleusement bien. T’es sans doute le roi de l’indifférence, l’homme qui observe mais n’intervient pas, sauf lorsque c’est toi qu’on titille, qu’on appel. Et là, elle t’appelait.

Une lueur d’intelligence passe dans ton regard précédemment lubriques de ce que vous veniez de partager. Lorsqu’elle semble se reprocher de parler trop, tu secoues la tête, tu souries, t’essai d’en savoir plus. Parce que t’es curieux, parce que t’as envie de comprendre son délire, toi qui te contente de la base et qui ne sait pas apprécier la poésie de ce monde, sauf lorsqu’il s’agit de musique. T’as envie d’entendre sa musique à elle, les chapitres qu’elle a en tête, et peut-être vos scènes pourront se rejoindre. Peut-être que le même rideau de velours rouge finira par vous dévoiler l’un à l’autre. Mais pour l’instant, tu ne fais que sourire bêtement lorsqu’elle parle de désir. Parce que t’es immature, un peu perdu, et que même si tu penses tout savoir de la sexualité, du moins, de la tienne, tu ne pourrais pas avoir plus tort. « En gros, tu te sers de moi pour te soigner? » C’est ce que t’as compris. Grossièrement compris.

Maladroitement, tu essayais d’y mettre les mots, d’y voir ce que tu pensais y voir. Mais dans cette rencontre, tu n’y voyais que de l’ordinaire, tu ne croyais pas au mystère, aux intentions profondes. Tu ne voyais que la surface, une flaque d’eau d’un océan. Tu contemplais bêtement le trou d’eau sur la plage alors que la mer s’ouvrait à toi et t’offrais ses coucher de soleil, ses vagues, sa douce brise. Distraitement, tu jettes le bout de cigarette éteint sur le sol. « Moi je lis pas. J’y comprends jamais rien, la plupart du temps. Et même si j’essai, ça ne m’intéresse pas. » Tu ne précises pas que tu ne sais pas lire. Elle n’a pas besoin de savoir ce détail gênant sur toi. T’as déjà l’impression d’être une blague pour elle, femme mature, enseignante qui plus est. Tu n’as rien à lui offrir, sinon ce que tu lui as déjà offert. Malheureusement, ça s’arrête là pour toi. Un paquet cadeau vite découvert. Il n’y avait plus qu’à jeter le superflu, et poser le reste dans un coin en attendant que ça puisse servir de nouveau.

Mais t’en profite. Il t’arrive rarement de rester, d’admirer, d’attendre, d’écouter. T’es celui qui s’enfuit plus vite que son ombre, qui disparait immédiatement après avoir pris, qui ne donne pas, qui vole, même, parfois. Tu te redresses un peu pour coller ton front contre le sien, tu plonges dans ses yeux, t’essai d’y lire quelque chose, mais tu ne vois pas, ou tu ne comprends pas, simplement. « Intense? C’pas moi qui fait exploser des trucs, hein. » Tu ris doucement. Pas fort, comme si t’avais peur de troubler cet ambiance feutré, chaleureuse. Comme si tout devenait fragile, parce que tu n’y étais pas habitué.

Tu promènes tes mains sur son corps, menaçant de l’abîmer avec ta peau rude, indélicate. Ton poignet encore ouvert laisse des sillons écarlates sur sa peau pâle. Tu remarques immédiatement le contraste lorsque tu te perds à l’admirer encore et encore, comme si tu découvrais un corps de femme autrement que lorsque tu plongeais entre ses cuisses. C’était différent, le coup d’œil en valait le coup, et tu prends note d’en profiter une nouvelle fois lorsque tu en aurais l’occasion. Mais tu te promets quand même de ne pas tomber dans le mièvre, dans les sentiments, les fleurs, les paillettes. Et là tu te demandes si il y a une barrière visible entre les deux, entre le plaisir et l’autre truc là, que les filles adorent. Ouais, ce truc, l’amour, la maladie que tu fuis comme la peste, que tu évites. Chose après laquelle tu grognes, tu fais mal, juste pour ne pas la voir, la toucher, la subir.

14- Les mots fusent mais les pensées ne suivent pas. Les phrases pénètrent l'air et s'y dissolvent en un écho furtif dont seuls les murs se rappellent. Elle était folle, bonne à enfermer. Cette réalisation avait été retardée par son utilisation précipitée de l'alcool, cette main tremblante qu'elle portait sur ses bouteilles. La solitude était son tombeau, cette église tourbillonnante dans laquelle elle s'enfermait pour s'enivrer et oublier les choses. Elle déposait ses hurlements muets dans les gouttes d'eau-de-vie, ivrogne sentimentale. Elle dégurgitait sa peine au matin et oubliait la veille. Elle était une alcoolique du pire genre, de ceux qui boivent sans s'en rendre compte, qui prennent ce rituel pour une norme et qui établissent leurs mœurs selon cette idée. Elle n'était plus saoul et lorsqu'il lui demandait si elle l'utilisait pour se soigner, elle n'avait pu répondre. Il était si aisé de dire ses maux aux travers de Blanche, mais sa lâcheté l'avait faite taire. Elle se haïssait pour sa couardise et c'est cette haine qui avait provoqué en elle cette réflexion. Ludmilla était folle. Complètement et inéluctablement folle.

Elle voulait qu'il parle, qu'il ne cesse jamais de parler. Elle voulait se saouler de ses mots et vomir ses sonorités le lendemain. Elle voulait qu'il parle et qu'il assassine le vacarme dans sa tête, ce tintement psychologique qui fouettait son crâne. Oui, il devait la soigner, suturer ses afflictions. Son corps était contre le sien et ce contact lui faisait l'effet d'un narcoleptique. La démence était bercée par sa douceur, mais elle reviendrait bientôt, enragée, furieuse qu'on ait osé la toucher. Ce n'était plus une maladie. Vicieuse, elle s'était introduite dans chacun de ses pores, nécrosant ses cellules et aliénant ses neurones jusqu'à prendre possession de tout son être. Dire que Ludmilla était folle serait finalement erroné. La folie était Ludmilla, véritable constituant, chair et musculature qui composait son être.

Elle avait été si tendre, si douce. Elle avait été de ces femmes qui regardaient son mari dormir dans l'embrasure de la porte, de ces femmes dont la seule motivation était de faire plaisir, de rendre la vie d'autrui plus facile. Elle avait dévoué sa vie à l'autre et n'avait récolté que pourriture, que mort et que délires aux stupéfiants. Elle pouvait faire exploser les choses et le monde le lui rendait bien, explosant ses pensées, champ de mine qui proliférait en elle. Mais Kharim était là, ce soir. Il la réparait. Ce serait sûrement passager, aussi bref qu'une éclipse solaire. Mais une certitude perdurerait : celle qu'elle existait toujours. Que cette femme, les poings et pieds liés, bâillonnée et prisonnière, était encore en elle et qu'il fallait seulement lui laisser le temps de refaire surface.

Il ne fallait pas forcer le changement, torturer son intellect pour qu'il guérisse. Brandon le lui avait dis pendant leurs moments amoureux « you're a strong woman, Lud. ». C'était probablement la seule de ses répliques qui ne lui faisait pas mal lorsqu'elle y pensait. Elle savait qu'elle était forte, qu'elle pouvait surpasser les obstacles pour devenir une version améliorée d'elle-même, mais reconstruire des ruines n'était pas une mince tâche. Ludmilla sourit brièvement aux propos de Kharim. Il semblait si simple, comme attaché à la terre par un gond métallique, lui permettant de pivoter sans jamais réellement se détacher de son socle. Elle avait besoin de lui, certainement plus qu'il n'en avait conscience. Si l'avait pu, elle l'aurait contraint à être cette main qui empêche le ballon gonflé à l'hélium de s'envoler jusqu'à éclater au milieu de l'immensité bleue. Mais elle ne pouvait pas s'imposer, l'enchaîner à elle pour qu'il souffre à son tour.

« Je crois... Je crois que je suis fatiguée. »

Quelques secondes de flottement et elle se nicha contre lui, le menton contre sa nuque et une main passée de l'autre côté de son corps imposant. Elle ne parlerait plus d'elle-même. S'il entamait la conversation, elle répondrait. Mais à ce moment-même, elle voulait simplement respirer. Respirer loin de son agitation mentale, loin de son addiction, loin de la corruption, loin de tout et près de lui. Elle voulait simplement garder les marques de son étreinte contre sa peau, son souffle contre ses cheveux roux et cette image qui miroitait dans les yeux de Kharim. Cette image d'elle, souriante comme elle ne l'avait plus été depuis longtemps. Elle déposa un baiser sur son torse et se mit à caresser instinctivement la ligne marquée entre ses hanches et ses abdominaux, puis elle ferma les yeux. Elle ferma les yeux et se laissa pénétrer par un sentiment de plénitude la plus totale.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Archéologie   Jeu 26 Mai - 3:04

AZRAËL
◊ NOM : Libre, de base il est le même pour toutes les créations, mais il l'aura sans doute fait changer.
◊ PRÉNOM(S) : Azraël
◊ AGE ET DATE DE NAISSANCE : Son corps a 24 ans, mais il a été créé il y a onze ans. Néanmoins ses pensées se sont mises au diapason et il a le cerveau d'un homme plus âgé.
◊ ORIGINE & NATIONALITÉ : Créé en Russie, il vit désormais aux USA. A voir quant à sa nationalité puisque les créations n'ont jamais eu de papiers avant la fermeture du laboratoire.
◊ STATUT AMOUREUX : Divorcé - ancien amant
◊ DEPUIS QUAND EST-IL:ELLE A L'INSTITUT : Après Mihr
◊ POUVOIR/DON : voir plus bas
◊ A-T-IL/ELLE UN PSEUDONYME ? : -
◊ CARACTÈRE : Plutôt froid et direct en général - Surdoué - Rancunier - Refuse de laisser ses émotions l'envahir - Cynique - Quelques fois tendre - Généreux - Calculateur - Sans pitié avec ce qu'il exècre
◊ ÉLÈVE/PROFESSEUR OU AUTRE ? : au choix, plutôt professeur. (ou Insurgé, voir plus bas)
◊ COURS SUIVIS OU DONNÉS : -
◊ GROUPE : - 

Azraël n'a rien d'humain si ce n'est l'apparence. Ils ont été créé par un groupe de scientifiques et de mutants fous qui avaient pour idée de prouver que Dieu n'existait pas. au total, une vingtaine de créatures sont sorties du labo, la plupart ayant été tué par les militaires ou n'ayant pas survécu à leur nouvelle vie. Azraël est celui qui a alerté les militaires qui étaient déjà à la recherche de ces scientifiques lors de la destruction du premier laboratoire, ils l'ont donc laissé partir en toute liberté.

S'il a réussi haut la main ses études, sa vie en général, il est aussi obsédé par la mise à mort de tout ce qui a trait à ces fous que le Capitaine Achab est obsédé par Moby Dick. Il sacrifierait sa vie pour qu'enfin tout s'arrête. Lorsque la deuxième partie de l'organisation a été découverte (celle-ci implantait des pouvoirs ou différents ADN dans l'être-humain), il a collaboré avec certains membres intérieurs pour le faire exploser. Comme pour le premier, il y a eu très peu de survivants.

Une troisième branche a été découverte, mais le but de celle-ci est tout autre. Ils s'amusent à modifier l'être humain, comme toujours, mais adieu aux mutants qui en franchissent les portes. S'ils en créeaient auparavant, à présent ils tente de supprimer leurs pouvoirs. Cette fois, il ne peut plus vraiment agir. Azraël est recherché, mort ou vif.

◊ 001. Très sensible à l'heure, il a toujours une montre sur son poignet et la regarde assez souvent. ◊ 002. Il a construit sa fortune grâce à de bons placements et des choses moins légales, et celle-ci est désormais phénoménale. Les autorités ferment les yeux grâce aux dons qu'il fait à plusieurs associations et hôpitaux. ◊ 003. La plupart des autorités du pays sont dans sa poche, il a du agir de la sorte pour que toutes les créations arrivées aux USA aient le droit à des papiers. ◊ 004. Il a étudié à Harvard, et s'il n'est pas sorti major de sa promotion, il a tout de même obtenu de nombreux prix et remerciements, ainsi qu'un travail avant même son diplôme. ◊ 005. Même malade, il ne fichera jamais un pied dans un hôpital, il a été terrifié par le laboratoire. ◊ 007. Azraël a une sainte horreur des pommes de terre et des céréales de petit-déjeuner, ils ne mangeaient que ça et une fois parti il s'est promit de ne jamais en remanger. ◊ 009. Comme toutes les créations, il a peur du noir. ◊ 001. Lui aussi tatoué au niveau de la hanche "15 - Azraël". Quinzième création du laboratoire, une des dernières et des plus réussies. ◊ 002. Il est celui qui a alerté les autorités lors du premier laboratoire, l'organisateur de l'explosion du second. A présent, les têtes pensantes du groupuscules veulent le faire disparaître. ◊ 003. Il trouve toujours un moyen d'obtenir ce qu'il veut, si bien qu'il n'a perdu qu'une seule fois le contrôle de sa vie. ◊ 004. Contrairement à la majorité des créations, il n'est pas stérile. ◊ 005. Son ex-femme lui a pourri la vie, mais ils sont plutôt en bon termes à présent.

Ils ne sont pas humains, ils sont des monstres.
On leur a bien fait comprendre ça, ils ne sont rien ni personnes. Des créations qui n'ont pas de sens, qui n'auraient jamais du être. Azraël et Mihr font partis de la vingtaine d'humains créés de toutes pièces par le QG du laboratoire, à partir de chair diverses et d'énergie trouvée un peu partout. Mihr est le plus raté de tous, le premier, l'idiot qui grandit mal et dont le cerveau fait souvent défaut. Les autres s'amusaient à le haïr, et Azraël a toujours été le moins fourbe, le plus sympathique. Quand le laboratoire a été démoli, ils se sont perdus de vue, Mihr dans le cirque et Az, il ne sait où.

Ce n'est que trois, quatre ans après que Azraël retrouve Mihr sur les décombres d'une filière du laboratoire, aux USA. Il lui fournit des faux papiers, une fausse scolarité, commence à lui apprendre à lire, à écrire, à parler Anglais. Pendant ces années, il avait trouvé la femme parfaite, idéale, mariage brisé par sa toute nouvelle relation qui s'est construite avec Mihr. Son ex-femme a répandu la rumeur de l'inceste quand tout ce qu'Azraël trouvait à dire était qu'ils ne partageaient pas le même sang, que rien de les rapprochaient l'un de l'autre. Au bout de quelques semaines, il fait partir le gamin de chez lui, sans le perdre de vue ce coup-ci. Sans le dire, sans laisser son nom, il lui fait un virement tous les mois, fait déposer des cadeaux utiles dans sa chambre, que ce soit des livres pour apprendre à lire ou bien une console de jeu.
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Azraël


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MessageSujet: Re: Archéologie   Mar 31 Mai - 0:45

∞ NOM : Swarovski ∞ PRÉNOM(S) : Andy Altaïr ∞ AGE ET DATE DE NAISSANCE : 27 ans, né le 17 Janvier 1985 ∞ STATUT AMOUREUX : Célibataire ∞ DEPUIS QUAND ES-TU A L'INSTITUT : Quelques mois ∞ POUVOIR/DON : Essence du Phénix : J’ai des ailes de phénix dans le dos, de grandes ailes rouges cramoisies noircies sur les plumes les plus hautes. Je peux voler grâce à elles mais aussi, en battant des ailes, lancer des cendres et des braises. Tout comme le phénix qui renaît de ses cendres, j’ai un facteur de guérison plus développé que n’importe quel autre être humain ordinaire ∞ D’APRÈS TOI, DANS QUEL CLASSE (DON/POUVOIR) ES-TU ? : Classe 2 ∞ CARACTÈRE : Torturé – Solitaire – Distant – Réfléchi – Gentil – Empathique – Maladroit sentimentalement – Jaloux – Possessif – Tolérant – Parle peu – Violent (seulement envers moi-même) - Secret - Affectueux ∞ AMBITION : Trouver quelqu’un qui m’aimera pour toujours et qui m’acceptera tout entier ∞ GROUPE : Tiny Bird Flying

◊ 001. Je suis bisexuel. ◊ 002. Je suis facilement amoureux. Mais lorsque j’aime, je deviens tellement jaloux que j’en deviens étouffant. ◊ 003. En amour, il m’arrive d’aimer plusieurs personnes, mais en aucun cas les personnes que j’aime ne doivent aimer quelqu’un d’autre. ◊ 004. Il m’arrive de rester assis devant un paysage pendant des heures sans bouger. ◊ 005. J’aime peindre. Je peux facilement passer une journée entière devant une toile vierge de toute peinture tout en réfléchissant à ce que je pourrais bien créer. ◊ 006. J’aime le boulot que m’offre ma famille, mais je n’aime pas le fait qu’il me soit trop facilement accessible simplement parce que mon nom est Swarovski. ◊ 007. Je suis austro-américain. ◊ 008. J’aime regarder la pluie tomber. ◊ 009. Lorsqu’une personne me plaît, je le montre tout de suite en l’embrassant, quitte à me faire rejeter. ◊ 010. J’ai une boite à bijoux avec mes plus belles créations que je ne porte jamais. ◊ 011. Ma pierre précieuse préférée est la topaze rayon de lune. ◊ 012. J’aime beaucoup manger seul dans ma chambre des plats à emporter. ◊ 013. Je suis très pudique, sauf avec les personnes qui me plaisent. ◊ 014. Je prends soin de mes ailes une heure par jour au minimum. ◊ 015. J’aime regarder les étoiles sur le toit de l’institut, tard dans la nuit. ◊ 016. Je ne bois pas d’alcool, ni ne fume. ◊ 017. Je suis plutôt casanier. ◊ 018. J’aime apprivoiser les oiseaux. ◊ 019. Un de mes passe-temps est la photographie. ◊ 020. J’ai énormément d’albums photos, non pas de moi, mais des choses et des gens qui m’entourent, que je regroupe par thème. ◊ 021. Je déteste l’été, l’hiver est ma saison préférée. ◊ 022. Je n’aime pas regarder la télévision, sauf pour les documentaires. ◊ 023. J’adore lire et je lis de tout ! ◊ 024. Lorsque je déprime, il m’arrive de me scarifier le corps, généralement les bras, mais avec mon facteur de guérison, mes cicatrices s’en vont de suite. ◊ 025. Je suis agoraphobe.

des questions au sujet de moi
quand as tu découvert que tu étais "différent(e)" ?
Cela a commencé lorsque j’avais quinze ans. J’ai commencé à avoir des rougeurs dans le dos, nous avons été voir tous un tas de docteurs, médecins, chirurgiens, allergologues, dermatologues, et j’en passe. Mes rougeurs ont commencé à être des excroissances, comme si j’avais les os qui sortaient, c’était tellement douloureux que j’avais constamment la fièvre. Cela a duré trois longs mois. À force de séjourner dans les hôpitaux, on a eu vite l’idée de payer un seul et même médecin pour qu’il vienne s’installer à la maison. Puis lorsque les plumes sont apparues au bout du troisième mois, nous avons tous su que j’étais différent. J’étais un mutant. Il a fallu un an pour que mes ailes poussent entièrement. Même si la douleur était insoutenable au début, elle s’est vite estompée à force d’habitude.
en quoi consiste ton pouvoir ou ton don ?
Mon don, je l’ai nommé l’essence du phénix. Parce que c’est le seul oiseau qui puisse correspondre à ma mutation. En effet, j’ai de grandes ailes rouge cramoisi, légèrement noircies sur les plumes les plus hautes. Bien entendu, ce sont des ailes, donc elles me servent à voler, mais pas seulement. Je suis également capable, en battant des ailes, de produire de la cendre et de la braise. Plus mes battements d’ailes sont forts et frénétiques, plus la quantité de cendre et de braise est importante. Enfin, tout comme le phénix qui renaît de ses cendres, indemne, je possède un facteur de guérison plus avancé que les humains ordinaires et suis en mesure de cicatriser beaucoup plus vite, sans aide extérieure.
arrives-tu à le maitriser ? est-il dangereux pour ta santé ou celles des autres ?
Il n’est pas extrêmement dangereux, les cendres et les braises peuvent certes brûler quelqu’un, mais pas au point de tuer. Ou alors peut-être si la personne reçoit les cendres dans les yeux, et encore … J’arrive à le maîtriser plutôt bien, il faut dire que ce n’est pas vraiment un pouvoir difficile à maîtriser, mais plutôt un pouvoir difficile à porter. Il me suffit simplement de battre des ailes, et puis c’est tout. Quant à mon facteur guérisseur, il s’enclenche automatiquement à chaque blessure. Mais garder des ailes dans le dos toute sa vie n’est pas une chose facile, c’est même plutôt le contraire …
est-ce que cela a une influence sur ta vie ? as-tu été exclu par ta famille, tes amis, la société ?
Oui, oui, oui et oui. Lorsqu’on a des ailes immenses dans le dos, il faut dire que ça refroidit bien vite tous les gens qui t’entoure. Lorsque les premières plumes sont apparues, ma famille l’a très mal vécue. Eux qui croyaient que j’étais malade au début, qu’ils étaient tous aux petits soins avec moi, qu’ils apprennent ensuite que je suis un mutant, un monstre par extension, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Mon père m’a renié, il ne voulait en aucun cas se retrouver dans la même pièce que moi. Ma mère me tolérait, j’étais son fils après tout, mais si elle devait choisir entre mon père et moi, elle l’aurait choisi lui. Quant à mon frère et ma sœur, ils ont cessé de me tenir compagnie comme ils le faisaient. Ils venaient tout de même me voir, discuter de tout et de rien, mais je lisais la gêne dans leurs regards. Seule ma sœur avait encore quelques gestes tendres envers moi, malgré la gêne à chaque fois qu’elle posait les yeux sur mes ailes. Mes amis, j’ai cessé de les voir, j’étais obligé, je restais cloîtré dans le manoir des Swarovski, j’avais un tuteur spécial. Du coup, j’ai été exclu de la société par mes parents, mais j’étais d’accord avec eux …

Être solitaire est un choix. La solitude ne l’est pas.
un peu plus sur moi

Je suis né en Autriche, dans la grande ville de Wattens il y a maintenant vingt-sept années. Je suis né au sein d’une famille riche, les Swarovski, comme tout le monde le sait, ont bâti leur fortune dans la fabrication de bijoux en cristal. De ce fait, je n’ai jamais vraiment été à plaindre. Mes parents sont partis s’installer aux Etats-Unis juste un peu après la naissance de ma sœur, deux ans après ma propre naissance. Je n’ai jamais eu l’occasion d’apprendre à parler proprement l’autrichien contrairement à mon frère âgé de trois ans de plus. Nous nous sommes établis à New-York dans le quartier de Manhattan, l’un des plus huppés, et mon père a reprit l’entreprise familiale dans la ville, aidé par ma mère, brillante joaillère américaine qui m’a transmis sa passion pour les pierres précieuses. J’ai passé mes années scolaires dans des écoles privées spécialement construites pour les gens de bonnes familles. De ce fait, il n’y avait pas énormément d’élèves dans les classes, une quinzaine tout au plus, et ce jusqu’en première année de lycée. J’étais un gamin plutôt timide, les gens se moquaient généralement de l’accent autrichien de mes parents et de mon frère, ils me trouvaient des surnoms pas très masculins en rapport avec ma passion pour les bijoux. J’étais mis de côté, mais j’avais tout de même quelques rares amis. Une fois arrivé en première année de lycée, je suis tombé malade. Enfin ce que nous croyions tous être une maladie. J’avais alors quinze ans, presque seize. Cela a commencé par des démangeaisons dans le dos au niveau des omoplates, ma peau était rouge et irritée. Cela a vite pris de l’ampleur et tout le haut de mon dos me grattait, c’était horrible, un peu comme la varicelle. Puis est venue la fièvre, les malaises, la tête qui tournait, les hallucinations. Les pires souffrances physiques que j’ai vécu jusque là. J’ai été cloué au lit pendant presque trois mois. Au début, nous allions voir les médecins, mais bien vite c’est eux qui venaient me voir à la maison. Au bout du premier mois, on a engagé des infirmiers pour qu’ils dorment à la maison afin qu’ils soient là pour moi vingt-quatre heure sur vingt-quatre. Puis mes plumes sont apparues à la fin du troisième mois. Les infirmiers sont partis avec une grosse somme d’argent pour qu’ils gardent le silence sur ma mutation. Mon père ne m’a plus jamais reparlé, les derniers mots qu’il m’ait dit furent « Je ne veux plus jamais te voir ! ». Ma mère me rendait visite parfois mais ne restait jamais bien longtemps. Mon frère non plus. Quant à ma sœur, elle venait plus que quiconque, notre relation restait inchangée, mais dés qu’elle posait les yeux sur mes ailes, elle s’arrêtait de parler et la conversation devenait gênante.

Après que mes ailes aient poussé, je restais cloîtré dans ma chambre. J’avais tout le confort nécessaire, télévision, jeux vidéo dernier cri, tous les livres que je voulais, tout ce que je voulais de matériel, je l’avais dans les vingt-quatre heures qui suivaient. Les seules personnes qui venaient étaient ma mère, mon frère et ma sœur. J’avais l’habitude de jouer souvent avec eux, mais après la découverte de ma mutation, c’est à peine si on riait. Ma sœur tentait tant bien que mal de faire comme si de rien était, mais à quatorze ans, on n’est pas très mature et on est maladroit pour ces genre de choses. Mon frère, qui avait alors dix-neuf ans ne me considérait plus vraiment comme son frère, j’étais plus une corvée qu’imposait ma mère. C’était ma mère qui le forcer à venir me dire bonjour, contrairement à ma sœur qui venait d’elle-même. Les années passèrent, trois années passèrent comme ceci exactement, je ne sortais pas, sur le toit tout au plus, histoire de m’aérer. Lorsque j’eus fini mes études par correspondance et mon diplôme en poche, ma mère me proposa d’étudier la joaillerie, ce que je fis étant donné ma passion pour les bijoux. J’appris tout ce qu’il y avait à savoir, tant au niveau de la théorie que de la pratique. Pour mes premières sorties en-dehors de la maison, j’accompagnais ma mère à son travail, je polissais des rubis, taillais des émeraudes, sculptait des saphirs, etc. Elle m’offrit même mes premiers bijoux sculptés par mes soins, ceux que je préférais. Cela me faisait beaucoup de bien, un peu comme un moyen de décompresser mais aussi de me défouler, de me concentrer sur une seule et unique chose et oublier le double problème collé à mon dos. De plus, à force d’entraînement, j’étais arrivé à rétracter si bien mes ailes qu’on aurait cru que j’avais tout simplement la peau du dos recouvert de plumes, cela ne se voyait presque plus, et avec une grande veste, j’étais une personne normale dans la rue. De vingt à vingt-cinq ans, j’allais travailler avec ma mère, je sortais rarement, généralement, j’allais juste me promener la nuit dans les rues et la journée à Central Park, surtout l’hiver. L’été, avec tout le monde en tee-shirt, j’aurai fait tâche avec ma grande et longue veste. Alors que j’avais presque atteint l’âge de vingt-six ans, je pris finalement la décision de quitter la maison et de prendre un appartement dans lequel je pourrais avoir mon propre atelier pour la joaillerie. J’ai déménagé pas très loin de la maison, au cas où, je n’ai jamais vraiment coupé le cordon du luxe et de la sûreté. Ma sœur venait me voir très souvent, en grandissant et à force d’habitude, elle avait apprit à m’aimer, moi et mes ailes. Ma mère aussi, notre travail en commun nous avait énormément rapprochés. Quant à mon frère, il commençait à se rapprocher à nouveau de moi petit à petit, ce qui me fit extrêmement plaisir. Mais mon père, je ne l’ai jamais plus revu, à peine croisé. J’ai commencé à m’ouvrir un peu plus à ma famille, moi qui depuis ma mutation évitait de trop leur en demander de peur de me faire rejeter.

Un beau jour, un peu plus d’un an après avoir emménagé dans mon nouvel appartement, un certain professeur Xavier est venu à ma rencontre. Il m’a proposé de venir habiter dans son institut pour élèves doués de pouvoirs comme le mien. J’ai été séduit par l’idée au début et j’ai accepté. Mais je me suis rendu compte que le peu de contact social que j’avais eu durant les dix dernières années n’avaient pas aidé et que je devais alors me retrouver un coté social. J’ai encore du mal à tisser des liens, j’en demande encore trop aux personnes que j’aime, je n’ai pas l’habitude. De plus, je m’attache beaucoup trop vite, et ça fait peur aux gens. Mais j’apprends pas à pas, et personne ne juge mes ailes, c’est le point positif. Même si je vis la semaine à l’institut, je fais toujours les allers-retours jusqu’à mon appartement en journée pour travailler et j’y reste tous les week-ends. Je m’installe de plus en plus dans le confort du quotidien et je recommence à vivre à nouveau maladroitement, toujours attaché à mon petit confort jusqu’au jour où j’aurai le courage de couper le cordon et de pouvoir enfin déployer mes ailes pour m’envoler …
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