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 Make Me Pay

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Dalloway Bird


Messages : 19
Date d'inscription : 22/05/2016

MessageSujet: Make Me Pay   Dim 22 Mai - 23:15


« You’ll find me in the woods where the dead do what they should. My arms already old, my eyes forever cold. And they’ll say I never left, that I called them as they slept. That I haunted every tree. Til the forest sang with me. But if it all was true : that I went mad, because of you ; then finally you’d know, and you could come and take me home »
Kyla La Grange – Make Me Pay.

Corps inerte, boueux. Il ne reste plus rien. Plus de muscles, de squelette, j'suis aqueux, limpide. On voit à travers moi, on me devine. J'suis en train de créer la scène représentative de toute mon existence. Juste un gars aqueux allongé dans la terre. Des restes d'une humanité complètement fucked-up, un pieds dans la tombe même lorsque le cœur bat. On réfléchit plus, on se déchire, on attend que ça passe, on s'dit que demain tout ira mieux, qu'on arrêtera de péter des plombs, de trop penser, mais de ne penser qu'à du vide, qu'au rien le plus total. On se réveille engourdi, on bouffe avec inertie, on boit automatiquement, on fume clope sur clope et on s'endort engourdi. Plus rien ne vaut le coup, mais on s'torture à essayer de trouver des intérêts pour continuer. On le retrouve seulement sous cachetons, quand on quitte nos corps et qu'on s'observe. Notre seule qualité c'est de voir toute la merde autours de nous et de l'analyser. Au final on se rend compte que même ça, ça ne sert à rien. Alors on s'retrouve la gueule dans la terre, on veut crever, fusionner avec la terre et y être emprisonné. J'sais même pas c'que j'fou là, qu'est-ce qui c'est passé pour que j'me retrouve dans cet état. Ça m'arrive sans arrêt, j'me réveille quelque part complètement défoncé et j'capte plus rien, y'a tout qui se transforme autour de moi, plus rien qui fait sens.

C'est pas l'matin mais j'suis engourdi, ma cheville me fait un mal de chien et du sang coule sur mon front. J'suis même pas énervé, je m'en veux pas d'être dans une pareille merde. J'ai appris à relativiser, j'oublie que ça craint, j'en rigole le lendemain en y repensant et j'comprends pas pourquoi j'suis pas en train de chialer. J'me demande si c'est parce que je suis taré, du coup plus rien ne paraît grave, alors je normalise tout. Tout coule sur moi, j'suis complètement imperméable à la responsabilité. Et j'me rend compte que ça fait quatre jours que j'ai vu personne ; c'est seulement qu'en j'suis enfermé en moi que ce genre de choses se produisent. Comme si dès que j'me retrouvais tout seul, je me mettais à provoquer la merde, à aller la chercher. J'suis taré dès que je suis seul. Dès que je ne suis que Moi.

Maintenant j'veux être un peu Lui. J'vais me pointer devant sa porte et dès que je verrai son visage l'océan s'apaisera. J'arrêterai d'avoir ces pensées toutes drôles ; la seule chose qui restera fixée dans mon monde intérieur sera Eyre. J'aurai plus aucune raison de penser à autre chose. Juste lui. J'sais qu'il va encore me défoncer, parce qu'il me voit toujours avec la gueule déboîtée. Que c'est toujours quand je suis dans une merde abominable que je me ramène chez lui. Il va encore crier parce que ça craint que j'vienne dans son quartier, parce que tout le monde le connaît, parce que tout le monde nous voit. C'est pas grave, c'est un peu pour ça que j'y vais. D'ailleurs je me suis mis à boiter jusqu'à chez lui, un passant aurait pu se demander si j'allais tomber ou vomir. Bizarrement dès que j'arrive dans sa rue j'ai plus la même attitude et y'a un air grave qui vient se greffer à mon visage. Le retour de la collégienne et des papillons avant de voir le crush. J'me donne une baffe pour me sortir de cette horreur et je continue à boitiller jusqu'à sa porte. Je sonne, j'essaye de me retenir de crier, parce que j'ai toujours eu l'habitude de crier dès que j'arrive chez lui. Personne ne vient m'ouvrir alors je sonne une deuxième fois puis me recule d'un pas… De trop. Corps inerte, boueux. Il ne reste plus rien. J'ai le nez sur le gazon et je me met à rire, parce que j'suis vraiment devenu une merde.
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Eyre Storrow


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Dim 22 Mai - 23:22

T'en as marre, à un niveau cosmique. T'en as marre des bruits dans la rue, de ces connards accoudés à leur bagnole qui commentent chaque fois que tu sors. Une fois, Simon est rentré en te regardant, en te demandant si t'étais gay. Dans d'autres termes. T'avais hésité entre placarder la tronche de ton frère dans le mur ou celles des glandeurs, finalement t'étais rentré avec les mains et le nez pétés, et eux étaient allé chialer chez leur mère. Ils ne sont pas du niveau. Tout ça parce que l'autre putain d'oiseau trouve ça drôle de venir gueuler en bas de ta baraque pour un oui ou pour un non. Pour qu'ils ferment leurs gueules, tu devrais tabasser Bird devant eux, mais tu peux pas t'y résoudre, ta sœur te buterait sur place. Oh, quoique. Tu pourrais envisager l'idée si ça t'évites de continuer à brûler. Pour faire croire, un peu, tu ramènes parfois des filles, des amies ou des inconnues, t'as parfois l'espoir que ça marche ou parfois t'abandonne directement la porte passée, « I'm tired », c'est ta réplique favorite, trop fatigué pour baiser, pour n'importe quoi. Freya, c'est la seule qui comprend, et elle veut pas te foutre la paix. Elle t'a pas lâché la grappe en essayant de te réparer le nez, persuadée que ça allait fonctionner. Tu sais même pas ce qui se passe. T'as un Enfer grandissant dans le bide qui te fout la gerbe, t'as autant envie de voir sa tronche ravagée que de la lui exploser sur le bitume.

Ça sonne alors que t'es en train de te préparer un café, un bandage sur chaque main et un pansement sur le nez. Tu sais que c'est lui, t'as pas envie de le voir. Personne ne sonne ici, les habitués font comme chez eux et les autres vont se faire foutre, ça ne peut que être lui. T'as un putain de bond dans le cœur comme un ado, tu te foutrais bien des claques toi-même. Au moins, il gueule pas. Il va se barrer en comprenant qu'il n'y a personne, hein ? Simon lève les yeux de ses devoirs pour te voir figé, la tasse dans une main et la tronche déphasée. Une deuxième sonnerie. Bordel, pas quand Simon est là. Il peut craquer devant sa sœur, pas devant Simon. « Here, take it, fifty bucks, buy everything you want, I don't care. No drugs, no bitch. Get the fuck out of here. » Qu'il se casse. Il a un sourire sur les lèvres, et c'est lui qui ouvre la porte, tu lui suis avec le cerveau qui fonctionne à pleine allure. Le moteur va s'péter t'en es sûr. Il est où ce con ? Tu t'fais tout un cinéma pour rien alors que c'était des mômes casse-couilles venus sonner ? Merde, tu regrettes ta thune maintenant. «STORROW ? YOUR BOYFRIEND IS HERE. » Oh bordel, les connards sont de retour. Le nez pété, eux aussi. Un grand doigt d'honneur qui te fait mal, et tu vois l'autre débile sur le sol. « What are ya... » Non, pas de question, ça sert à que dalle, tu te contentes de venir le chercher, et de le traîner sans gentillesse dans le salon, claquant d'un coup de pied la porte.

Quelques secondes avant l'explosion. « Don't come here ! I don't want to see you ! Fuck you. Go to hell, Bird. I mean it. » Tu reposes ta tasse avant de la péter, et tu le chopes par le col pour le plaquer au mur. T'en as ras le bol, putain, il pourrait pas crever dans son coin au lieu de venir te faire chier ? Mais t'as pas vraiment envie qu'il crève, ça t'as pu l'admettre devant Freya. Ton inconscient fait de la merde,c 'est pas ta faute, mais ce connard de toi-même a un souci avec le mec accolé au mur. Puis tu prends une demi-seconde pour regarder ses yeux, il a pas l'air d'être là. Encore. Bordel, il fait chier façon royale. Tu vas pas dégommer un mec défoncé, il a trouvé la bonne parade. « The shower's upstairs. You stink. » Tu l'as relâché, et tu retournes à ta tasse de café sans t'en préoccuper.  
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Mar 24 Mai - 18:52


J'ai toujours cherché la merde, même inconsciemment. Quand j'étais gamin, mes parents se faisaient toujours convoquer devant des profs complètement hagards après mon passage dans leurs classes. Les motifs possédaient maintes variantes, toujours plus inventifs que leur prédécesseur. On me rangeait dans la catégorie des 'enfants à problèmes' – à ma première rentrée ils ont préférés se dire que j'avais un problème d'adaptation sociale, que je n'étais pas fait pour la vie en communauté. Première éviction. Dans la deuxième classe j'avais décidé avec une grande bienveillance de casser la gueule à mes camarades à la récrée ; ça excitait les minettes et ça me rendait heureux – j'ai compris plus tard que je boufferais jamais de ce pain-là. Deuxième éviction. Puis j'suis devenu de plus en plus taré, je me mettais à déchirer ce qui se retrouvait entre mes mains, on accolait le mot 'insolence' sur tous mes bulletins. Ils étaient mignons, les profs, tu peux t'amuser à les traiter de fils de putes et le mot 'insolence' changera jamais. Troisième éviction. J'sais pas pourquoi mes parents ont continué à me faire aller à l'école tout ce temps – je trouve que c'est une plus grande honte d'avoir un fils qui se fait jeter de tous les établissements que de simplement lui faire prendre des cours à domicile. Ils ont pas pigé le truc tout de suite, j'crois qu'ils voulaient vraiment que j'sois un gamin normal. À cette époque ils pensaient seulement que j'étais spécial. Spécial mon cul, spécial c'est pas un mot qui convient à un gosse taré.

C'est ainsi qu'à vingt-six ans je continue à chercher la merde, j'trouve le gars le plus pouilleux de la ville et j'me greffe à lui comme une sangsue. J'désire coller rester à la merde ; j'sais pas si c'est mon côté réfractaire, le fait de vouloir m'éloigner des valeurs de bourge qui m'ont été inculquées. En même temps, l'attachement n'est pas feint. Mais c'est quand même dingue. On aurait pu penser qu'avec mon bagage littéraire j'me serais transformé en gars cucul et proutprout, que j'aurais voulu un Christian Grey sans les fouets. J'me retrouve avec les fouets sans le Christian Grey derrière. Masochisme – c'est un symptôme de ma maladie. Mais j'crois que même sans j'serais tombé en amour pour lui. C'est un pouilleux gracieux, le crapaud qui attend qu'on le transforme en prince. Faut vraiment que j'me rappelle de jamais lui dire ce genre de trucs si j'veux pas me prendre une patate.

'Oh', je tente de m'étouffer lorsque je le vois apparaître derrière la porte. J'ai un sourire débile collé au visage, ma défonce l'élargit. Je ferme les yeux. Ça y est, il est là. Le mec est mieux qu'un cacheton, qu'un shoot de morphine dans la gueule. Quand il est là j'deviens complètement liquide, y'a plus rien qui fonctionne – non, tout fonctionne. Il me rend encore plus taré que je ne le suis mais j'ai l'impression que cette folie-là est la seule qui est saine chez moi. Elle est indépendante de ma débilité, tout le monde peut la ressentir. J'me fais balader, secouer dans tous les sens, j'ai l'impression d'être un arbre fruitier qu'on brusque pour la récolte, mais sans rien qui tombe jamais. Il me hurle dessus, mais j'kiffe ça. J'suis comme une poupée à qui il peut tout faire, il peut pas supprimer cette joie qui anime mon visage. Et j'me met à rire alors qu'il me plaque contre un mur – je fouille la merde, toujours plus profond dans la fosse septique. Mais j'suis un gars terreux, c'est là que j'me sens bien. Les sentiments sont exacerbés quand ils sont exprimés dans la galère, dans la fragilité permanente. C'est là qu'on comprend vraiment ce qu'est la joie.

'Oh, hey you. You're cute today.' J'ris de plus belle. J'ai envie de m'agripper à son cou, mais j'préfère quand il est renfrogné. J'aime quand il me malmène, c'est là qu'il est le plus adorable. J'regarde ses yeux, j'me perds dedans parce que c'est eux qui renferment la vérité. 'I wished I could have put perfume on for you but well, life always gets in way. And a certain amount of dirt as well. Why don't I end up in flower fields, heh, can you tell me ?' Puis le mot douche agite mon esprit et tout le monde sait que j'ai jamais besoin de me faire prier longtemps. Du coup j'pousse le mec et j'me libère de mes haillons. Un jour j'serai pudique, mais j'sais que ça va l'énerver alors j'm'en amuse. J'passe une main sur mon torse et mes yeux s'arrêtent sur sa tasse. 'Sweetie, would you be so kind so as to pour me some coffee while I shower just to please this cute little nose of yours ? Grazie mille'. Puis j'perds pas de temps, j'monte les escaliers doucement pour exercer mes pouvoirs sensuels et j'me précipite sous l'eau. J'me mets à chanter Petula à pleine voix puis j'ajoute en hurlant 'TOWEL !'
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Eyre Storrow


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Mer 25 Mai - 1:56

Comme toujours, il parle trop. Mais tes envies de meurtres sont bien moindre, peut-être es-tu habitué à l'entendre continuellement. Le son de sa voix te semble moins nasillard, moins agaçant. Il rit, ça t'énerve, ça t'émerveille, il est tout le contraire de ce que t'es et ça te rend dingue dans le bon sens comme dans le mauvais. La folie colérique et la folie passionnelle, tu sais plus différencier quand tu le vois. T'as apprit à plus l'écouter aussi, ça joue pas mal. Le cerveau rempli de bruit, ça permet de ne pas détailler chacun de ses mots. Il te pousse et se permet de se dépoiler devant toi, t’entr’aperçoit son corps avant de détourner brusquement le regard, les joues ardentes, prêtes à cramer toute la baraque, bordel. Même pas tu tournes la tête pour le voir monter. Bordel. Il a un cul appréciable, t'en es sûr, mais tu lui feras pas ce plaisir.

Et ce con, voilà qu'il gueule. Une serviette, bien évidemment. Et des fringues, parce que ce connard serait capable de sortir à poil. T'as des jeans trop étroits pour toi, un t-shirt par trouvé à lui filer, ça sera suffisant. La serviette à la main, des fringues dans l'autre, tu ouvres la porte sans bruit. T'as pas envie qu'il te remarque, t'as pas envie qu'il te parle, t'as pas envie de le voir, il te casse les couilles dès qu'il ose ouvrir la bouche. T'as des envies de meurtres dès qu'il franchi le seuil de ta porte. Dans le flou du verre, tu remarques  les courbes du corps, les formes de cet idiot trop maigre. Une lueur passe dans tes yeux, le bide se serre, se réchauffe, se tord, merde. Une injure s'échappe de tes lèvres, tu les mords pour la retenir, trop tard. Merde, trop tard, ta main pousse la porte de la douche, tu t'appuies dos au verre, les yeux fixés sur lui. L'air moqueur bousculé par les gouttes d'eau. « You need to eat more Bird. You're too skinny, you could break. » Combien de semaines cette douleur au fond de tes entrailles va-t-elle durer ? Ça fait déjà trop longtemps, trop d'heures à fracasser n'importe quoi pour ne pas penser. Tes poings s'en souviennent, ton nez encore cabossé te le rappelle dès que tu croises un miroir. Mais tu l'oublies quand tu l'observes, là. Tu pourrais le frapper. Le tuer, profitant de l'eau pour effacer ce péché, le faire disparaître et connaître une vie normale. Tu pourrais le plaquer contre le carrelage, foutre tes mains sur sa peau nue, dévorer la moindre parcelle de sa gorge et en lécher les moindres étincelles d'eau. Tes phalanges frôlent son bras, caresse éphémère et osée, les frissons t'embrasent, t’embarrassent. Bordel. Ta main gauche se crispe sur la serviette, les garçons peuvent rentrer n'importe quand. Il te faut toute la volonté du monde pour reculer et gueuler, « Your towel. I brought you some clothes. » Lâche, tu fuis. Un jour, tu seras obligé de l'admettre. De ne plus feindre le mensonge et d'accepter ce qui te dévores.

Mécaniques, tes mains allument la cafetière, obéissant à la demande de l'idiot. A côté, tu t’accapare la bouteille de whisky, te versant un verre pour l'avaler aussi sec, soupirant d'aise à la brûlure doucereuse. Bordel. Une clé sur la porte, tu verrouilles l'entrée, que personne ne rentre avant que Dalloway ne soit parti, tu ne peux prendre ce risque. Les frangins sont occupés, et Freya n'est pas là. T'as envie de crever ou de vomir. La bouteille disparaît aussitôt, les dernières gouttes rejoignent ton gosier avant que l'eau ne les effacent. Bordel. Qu'il disparaisse de ta vie. Gestes disparates, tu erres dans ton propre salon à la recherche d'un quelconque miracle pour occuper tes doigts tremblants. La console s'allume et bientôt le bruit de tir surmontent le ronronnement de la cafetière. T'as sûrement l'air un peu con à fixer l'écran, bien décidé à trucider tous les ennemis présentés à ta portée. Des insultes marmonnées, et tous les quart de secondes tu jettes des coups d'oeil à la dérobée vers l'escalier, le ventre grinçant de stress. « Fuck fuck fuck. Fucking bird. » Si seulement il pouvait avoir l'idée lumineuse de sauter par la fenêtre avant de redescendre. Mais non, c'est ses pas que t'entend dans l'escalier, et tu gueules. Encore. Tu gueules toujours, tu te calmes jamais. Surtout pas avec lui. « I fucking want to kill you Bird. Why are you here ? Call Freya when you want to see someone. Fucking moron. Your coffee is on the table. » T'enflamme la cigarette coincée entre tes lèvres, reportant tes yeux sur le jeu. Et merde. T'es mort. Là, le cadavre de ton personageentrain de se faire défoncer par des zombies. « I fucking hate you. »
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Mer 25 Mai - 3:05


'When you're alone and life is making you lonely you can always go – downtown ; when you've got worries all the noise and the hurry seems to help I know – downtown.' Je sais pas pourquoi elle me fait cet effet-là, je devrais la rejeter, l'exterminer, faire un génocide à la Petula. C'est ma mère qui me passait le disque en boucle étant gamin, j'veux plus être associé à cette conne. C'est elle, la tarée, pas foutue d'ouvrir sa gueule quand mon père cassait la mienne. Mais je préfère me dire qu'elle m'offrait cette chanson comme pour que j'en suive le message, que j'organise ma ligne de vie en fonction de l'espoir couchée dans chacune de ses notes. C'est bien pour les gamins normaux ça. De toute façon je suis débile, ces règles ne s'appliquent pas à moi. Alors souvent j'oublie son visage, ses traits, la blondeur de ses cheveux bouclés dans lesquels je baladais ma main. Vieille salope. Puis je l'entends s'approcher en vautour boiteux qui sait pas différencier la proie et l'arbre. C'est la première fois que la sensualité semble s'appliquer à ma nudité – que celle-ci n'est pas usuelle. Je suis comme emporté par un courant d'air chaud – trop chaud pour lui. Mon esprit arrête de jouer au con, je sens toute la tension qui pèse sur mon échine. Je fais plus le gamin, je garde le silence. Je le laisse roder, espère secrètement qu'il cesse de se mentir – pour la première fois. Je n'ai jamais souhaité qu'il cesse de m'éviter, qu'on arrête de faire semblant. Je veux qu'il prenne le temps, qu'il donne sens à chaque seconde et qu'il décide de celle qui scellera nos deux âmes dans un consensus muet. Mon cœur se soulève lorsqu'il frôle mon bras, mais je ferme ma gueule – il voudrait pas m'entendre. Je le laisse terminer sa ronde sensuelle, je ne bouge pas mais tout en moi virevolte. Je ne respire plus, n'autorise pas une bouffée d'air à mes poumons. Puis il s'en va, et mon corps tout entier se relâche.

Je reste sous la douche cinq minutes, automatique. Je frotte mon corps couvert de bleus sans laisser à mon esprit le temps de s'attarder sur une quelconque pensée. Une seule image : Lui. Je ne suis plus débile, je ne suis plus qu'un gars qui se laisse envahir par ses passions, un gars normal, comme Lui. Fermer robinet. Prendre serviette. Sécher corps. Enfiler vêtements. Ordonner cheveux. Descendre escaliers.

Puis il se remet à hurler. Je suis comme enfermé dans un mutisme, lové entre ses mots ; ces hurlements qui me sont comme susurrés. J'ai acquis comme une compréhension supérieure de chacune de ses actions – je les entends avec l'intonation qu'il mettrait s'il n'était pas ce faux Lui-même. Puis je m'approche, je suis enivré par son odeur, elle colle à ses vêtements. Je suis le son de ses cris ; j'entends pas vraiment les insultes, j'ai même l'impression qu'il me complimente. Je m'empare de la tasse de café, complètement remplie – comme si je n'étais pas déjà assez excité. Je m'approche encore, je ne me dévoile pas tout de suite et prends quelques secondes pour l'observer, regarder son visage, chaque trait. Puis je n'en peux plus d'attendre alors je sors, je ne me dissimule plus et je vais m'asseoir à ses côtés. Je ne dis tout d'abord rien, je contemple l'écran, je le contemple lui. Mes yeux se propulsent à tâtons sur l'un puis sur l'autre comme pour ne rien manquer de l'instant. Puis je quitte le silence – je ne suis pas vraiment moi-même quand je ne parle pas. Ou peut-être le suis-je.

'Fuck. Fuck. Fuck. Fucking. Fucking. Kill. Fucking moron. Fucking. – That's some flowery langage you got here. 7 Fucks in less than a minute, seems like you give a lot of them to give, you know, fucks.' Puis je me tais un instant. Je le regarde jouer. Je suis pas un gars très porté jeu vidéo. Ça fonctionne bien quand je suis défoncé mais la douche a comme supprimé la drogue de mon métabolisme. Je fais valser mon regard autours de la pièce et j'aperçois Moby Dick sur la table basse, je ne peux m'empêcher de sourire en remarquant le marque-page placé à peu près au centre du bouquin. Je ne dis rien, je ne veux pas l'embarrasser. Je me place en tailleurs sur le canapé, je reste Dalloway et je ne peux décemment pas avoir l'air si sérieux. Mes mains frappent doucement mes genoux puis je me décide : 'I know I piss you off. I'm sorry. Let's just chill, you'll see I'm not always the pain in the ass you may think I am. Got another gamepad ?' Puis je souris, je bois une gorgée de café et j'ajoute 'Lemme be your friend, mate.'
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Eyre Storrow


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Ven 27 Mai - 14:11

Il est trop maigre, trop taré, trop bavard, alors pourquoi diable t'attire-t-il ? Pas la peine de le cacher au fond de tes entrailles, il t'attire et te traîne en enfer à chaque fois que tu le vois. T'arrive juste pas à comprendre pourquoi, si tu le savais tu pourrais faire en sorte que son putain de pouvoir ne fonctionne plus, tu pourrais le fuir pour de bonnes raisons, là tu es juste empêtré dans tes mensonges et ta violence sans arriver à t'en démêler, des chaînes pour te bloquer la gorge et les poumons lorsque tu t'efforces de trop penser. Il te gonfle à être devenu la seule distraction dans ta vie routinière, les vols sont devenus une habitude facile, les petits boulots aussi, il est la seule inconnue incertaine de ton équation. Au fond, tu aimes ça peut-être.

Pendant quelques secondes, il parvient à te faire fermer ta gueule. Tu le regardes sûrement comme s'il venait de débarquer avec une perruque rose et un costume trois-pièces, non, c'est encore plus bizarre. Il a parlé sérieusement. Sans dix mille conneries à la seconde. Tu clignes des yeux, une fois, deux fois, trois fois, le temps d'enregistrer ce qu'il te raconte, et d'un coup ton myocarde se calme, tu n'as plus envie de le tuer, enfin presque pas. Il faut encore un peu de temps avant que tu ne réagisses – t'es pas connu pour ta rapidité de réaction, t'as le cerveau à la ramasse la plupart du temps, et tu te penches pour récupérer la seconde manette -Simon y a collé des stickers en forme de lama, probablement la vieille voisine tarée de la rue d'après- et la dépose sur un genou de l'oiseau. Tu finis ta clope, toujours sans prononcer un mot. Il t'a stressé en étant si sérieux, tu ne sais plus comment te placer maintenant, tu ne peux plus lui gueuler dessus sans qu'il ne t'en donne une raison. « Why do you want to be my friend ? » Ça, c'est la grande question de l'univers. Pourquoi il a décidé de te coller, de se ramener chez vous ? Tu n'as pas d'amis, des potes hypocrites tout au plus, mais pas d'amis. Et pourquoi lui, au delà de tous les autres, voudrait l'être ? T'arrêtes pas de l'envoyer bouler. Pour tout, pour sa simple existence dans ton univers, il est rentré comme une tornade et s'est retrouvé enfermé dedans, un oiseau en cage qui refuse de se barrer quand la porte est grande ouverte. Tu t'enfonces dans le canapé et relance le jeu, défonçant la gueule du zombie devant vous. « You know I don't want to be yours. We can't be friend, Bird. » Parce que t'as envie de le sauter, et parce que t'as envie de le voir six pieds sous terre. Tes dents se serrent, les yeux focalisés sur le jeu, mais tu ne le suis pas, tu te fais buter en trente secondes, un juron. Bordel. Flot de parole interrompu qui reprend, incontrôlable. « I wanna hit you when I see you. Why don't you leave ? Why are you coming back every time ? » Voix cassée, blasée, fatiguée. Tu parles plus pour toi que pour lui à vrai dire. T'as pu comprendre, au milieu de tes insomnies et de tes colères brutales qu'il y avait un truc. Un truc que tu pouvais pas comprendre, parce que t'es trop con, mais un truc quand même. Il est magnétique et tenace, pire que la tache de sang que tu n'as jamais pu faire partir du parquet, et tu l'as laissé s'ancrer trop profondément dans votre famille pour t'en débarrasser si facilement. Tu le sais, et ça te rend dingue. Un nouveau zombie mort. Tu sais que t'as pas le choix avec lui. C'est un putain de carnassier, si tu ne le tues pas, il viendra de nouveau roder. « I know you won't go away. So let's try to be friends, but, so you know, I don't think I could be friend with someone I kissed. » Un hoquet de surprise -merde- mais tu détournes pas les yeux de l'écran, c'est la première fois que tu l'énonces à haute voix à quelqu'un d'autre que Freya. Vous avez passé ce cap ; tu l'as embrassé, tu l'as marqué avant de t'enfuir en gueulant. S'il veut que vous soyez amis, tu dois accepter cet état des choses, on ne construit pas un truc en se voilant la face. « You're annoying, you know that. » Tu vas essayer, pour Freya. Parce qu'elle l'aime bien, cet oiseau. Et toi aussi.
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Sam 4 Juin - 17:20


Je ne me suis jamais réellement interrogé sur mes addictions – leur provenance, leur origine. Certains diront que ça correspond au starter pack du taré, qu'un bipolaire ne peut que se foutre un peu plus dans la merde en y ajoutant quelques ingrédients. Mais ce serait pensée ignorante et peu informée : la défonce est le seul moment où tout être devient bipolaire. Quand je suis déboîté, je me retrouve dans un cocon protecteur où je peux être tout – tout – être moi. Je deviens ce garçon commun, pas habitué à sa drogue et qui se retrouve prostré dans son premier bad ; sauf que c'est toute ma vie le premier bad, et il ne s'arrête jamais. C'est pour cette raison que je me pointe toujours décalqué sur son perron, complètement arraché : juste pour qu'il me trouve certes un peu débile, mais pas hors de l'ordinaire. Il me parle, comme si j'étais normal – toujours avec cet air de con coincé sur les lèvres, mais ne laissant son regard dévier sur moi avec pitié. Je commence à faire les liens, à tisser les fils autours de mon esprit tortueux pour en comprendre le contenu. Il en a rien à foutre de ma maladie, rien à battre des cachets que je prends pour calmer mes ardeurs, que faire non plus de ce corps couvert de bleus. Ce qui lui casse les couilles, c'est ma vraie personne, cet être dissimulé derrière ce voile de conneries. J'aime ça – que ce garçon que personne ne reconnaît soit enfin vu par lui – Eyre.

Je suis complètement déconnecté de ce qui m'entoure, empêtré dans l'analyse de mon psyché, confiné dans cet espace qui ne me laisse pas une seconde d'insouciance. Mon corps est parcouru par un flot constant d'informations à trier – milliers de papiers dans cet désert administratif qu'est mon encéphale. Quand on me balançait dans la salle d'attente du psy, j'avais envie de hurler de rire, hurler de détresse – une personne extérieure ne pourra jamais comprendre ce qui se produit en moi, ce qui me perce – ce mal, ce bien. Le seul qui ne semble pas vouloir y entrer, ne pas chercher à comprendre, c'est Lui. Alors je pose mes avant-bras sur mes genoux, ma tête contre mon épaule et je l'observe. Il parle, cherche lui-même à se comprendre – il est aussi taré que moi. 'I don't know what I wanna be dude : I don't even know what I am. I just wanna chill, allow myself to be surprised, take time to appreciate life 'cause that's what we're fucking missing : time. I don't know what I wanna be but I fucking don't wanna be alone.'

Je suis calme, relaxé, chaque mot est prononcé avec soin, chaque intonation réfléchie pour ne pas laisser le mal m'envahir. Je ne veux pas non plus être normal, être un gars lambda qui ne réfléchit pas. Je l'aime ma putain de maladie – c'est elle qui m'a fait réaliser que chaque instant est un travail, un effort. Que chaque minute rime avec contrôle et qu'il faut se battre pour pas péter un plomb. C'est pour ça que j'apprécie cette seconde, mes yeux plongés dans les siens : c'est pour des secondes comme celles-ci que je bataille contre ce mal. Et puis, c'est très certainement ce mal qui m'a emmené à ses côtés. Je prends la manette, passe mes doigts sur le stickers et envoie un léger sourire dans sa direction. 'I'm really not that much of a player, don't mock me.'

Une pièce close, pas de lumière, du sang. Et soudain encore plus de sang. Je comprends le jeu lorsque je me rends compte que le but n'est pas de crever pendant la première seconde. Nouvelle vie, j'avance, je souris, je ris même. Je me fais dégommer mais la mort n'a jamais eu un goût si doux. On recommence, je m'enivre de la frivolité de cette occupation, ressens comme de l'extase en comprenant que mon esprit s'agite moins, que mon cerveau émet des sons à un volume moins important. Je sors deux cigarettes de mon paquet, en coince une entre mes dents et dépose l'autre entre ses lèvres. Je m'approche, pose ma main contre sa joue pour permettre à la flamme de se raidir, j'allume sa cigarette – puis la mienne.

'It feels good – I don't do things like this. I usually sit around and think for hours when I'm alone. Too much thinking is bad for someone like me. You make me forget, you make me stop feeling shitty. That's why I don't wanna leave this place. And if ya want we can both pretend I kissed you and that it wasn't consensual – then it'll be alright – then we can be friends. Or you can punch me to make me regret that thing and we'll call it even.'

Je tire une latte et m'allonge. Je pose mes jambes sur lui.
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Eyre Storrow


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Lun 6 Juin - 2:57


Vous jouez quelques minutes. Il est nul, mais ça ne te dérange pas plus que ça, tu te fais défoncer volontiers quand tu l'observes, tu parviens à nettoyer le chemin quand tu te concentres. Vous n'avez pas envie d'être seuls, ça te va. Sa compagnie vaut celle des autres, après tout. La clope déposée entre tes lèvres, et il s'approche trop. L'entité de ton espace vital t'envoie des drapeaux rouges par légion, par réflexe tu vas finir par le frapper pour l'éloigner. Un simple raccourci dans tes neurones, un homme trop près te ton visage = danger à éliminer. L'apprentissage de la rue et du quartier, les gays sont à faire partir, ils doivent s'enfuir, ne plus ternir la réputation de quiconque dont ils s'approchent. Et maintenant, cette pensée te dégoûte aussitôt qu'elle pénètre en toi, agressive et dégueulasse, tu retiens tes gestes, tu réprimes ce qui t'agite quand sa main s'appose sur ta joue. Trop proche, trop proche, le cœur s'emballent pour quelques battements avant de se reprendre quand il s'éloigne. Ses mots t'attrapent et te tordent, non tu ne veux pas prétendre, tu ne peux pas quand il est là devant toi, et même si devant les autres tu peux clamer qu'il s'agit d'un taré qui te colle, ça ne change rien à la vérité, tu l'as embrassé, et tu le referas si tu cesses de t'en empêcher. La discussion t'angoisse, les alarmes dégomment ton cœur alors tu évites le sujet. Plutôt être lâche qu'honnête. « I started reading your fucking book. » Parce que t'avais eu la bonne idée d'en parler à Freya, de lui raconter ce moment où tu t'étais retrouvé à le plaquer contre la porte pour lui arracher des baisers, et à ce livre prêté pour tu-ne-sais-quelle-raison, et bien entendu elle n'a pas voulu te lâcher, te demandant jour après jour si tu l'avais commencé. A force, t'avais hurlé, prit le bouquin et la bouteille de whisky avant de monter dans ta chambre en gueulant, mais tu l'avais commencé. « It's annoying. » C'est chiant, mais tu t'y tiens. Jamais tu n'as réussi à poser un livre avant de l'avoir fini, alors tu avais arrêté sauf lorsqu'il s'agissait de lire Harry Potter aux gamins. T'essaye de voir le dessein derrière cette histoire d'un idiot chassant son pire ennemi. « I want to throw it in your face every four pages. » C'est tout, t'as rien d'autre à lui dire. Juste que son conseil, tu l'as suivi sans vraiment le vouloir.

Trop de minutes passées à éviter de répondre, et même si t'es sûre que lui-même a oublié ce qu'il a dit, tu te sens obligé. Certainement plus pour toi que pour lui, comme ces gamins qui ne cessent de tout ramener à eux à cause d'un manque de confiance – c'est ce que t'as raconté la psy que les flics t'ont obligé à rencontrer. « I can't want to pretend. I know what I did, I can't say I didn't. Especially when I'm talking to you. » Tes doigts s'égarent sur sa jambe, quelques instants. Le besoin de hurler s'est fait la malle, c'est étrange un moment sans colère, sans envie de foutre ton poing dans la gueule de quelqu'un.C'est la fatigue, tu te dis, la fatigue et la lassitude, tu croyais pouvoir te battre longtemps contre lui qui ne cesse de s'imposer dans ton champ de vision, mais tu ne peux pas le faire contre la simple envie de le toucher comme s'il était tien, comme si sa place était dans cet endroit et vers toi. Tu reprends la manette, pour faire genre, la concentration s'est évaporée. Les zombies à décalquer contre le mur, t'en as plus rien à foutre, il t'intrigue plus que n'importe quoi pouvant se passer sur l'écran. « I told Freya 'cause I couldn't keep it to myself. » C'est la seule et unique personne à qui tu as pu en parler. Les mains crispées sur ta tasse, tu avais murmuré la vérité avant de vouloir la dissimuler. En vain. « I want to pretend so bad, you know, it makes me sick to want...this. »

Gorge sèche qui se transforme en papier de verre. Les mots coincés essayent de se déloger, de sortir de tes lèvres, ils sont trop gros pour toi. Flot haché plutôt qu'articulé. « To want you. » Phrase qui te paraît dénuée de sens tant tu t'efforces de mettre des barrières entre toi et l'extérieur. Tu le veux lui, tu as envie de lui. Ça te bouffe, tu vois rouge, la rage s'infiltre dans tes veines, insidieuse. La manette reposée sur le canapé, tu l'attrapes par le bras pour le redresser vers toi, glisse ta main dans sa nuque pour le maintenir. « I'm sick of feeling like this, but I can't stop it. I fucking tried. I tried so fucking hard. » T'as pas de patience quand tes lèvres s'écrasent contre les siennes, sans douceur, sans tendresse, un besoin cruel, aussi nécessaire que tes ongles qui s'enfoncent dans sa peau. Oh, que tu as essayé, des filles par milliers pour effacer cette image, et les échecs accumulés qui te rendaient fou au fur et à mesure. Le goût de leurs lèvres t'ennuyaient, le sien t'apaise, tu relâches la pression sur sa nuque et t'enfonces de nouveau dans le canapé, soudainement silencieux, l'envie de crever te broie le ventre. Jamais sûr de tes mouvements et de tes envies, tu paniques. Du revers de la main, tu jettes ses jambes loin des tiennes et te relèves, marchant vers les fenêtres, pour être sûr que personne n'arrive, que personne n'entend. Le myocarde affolé comblé par les cents pas d'un homme paumé. Drame exacerbé et égoïste. Les mains farfouillent dans un tiroir, en sorte une boîte de joint déjà préparés, et un vient remplacer la clope déjà disparue. Retour sur le canapé, et maniement maladroit pour rallumer le briquet. Le silence t'accable. « Talk, please. »
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Dalloway Bird


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Ven 9 Sep - 17:18


Tuer des zombies à travers un écran: encore une manière qu'à trouver l'Homme pour exorciser ses peurs les plus profondes. Les morts qui se relèvent -- leur unique but de te défoncer la gueule. C'est probablement pour cela que je ne suis jamais parvenu à me concentrer plus de dix minutes sur un jeu: trop superficiel, trop pédant et egocentrique. On se prend pour des dieux à tuer un danger miniature, alors que le jour où ces bâtards arriveront pour nous éviscerer, on ne sera plus maître de notre destiné. Mes doigts s'agitent encore sur la manette tandis que mes yeux s'échappent de l'écran. Je veux pas être happé, ne pas me blottir dans ces rassurantes images de synthèse. Mon vrai opposant se trouve à ma gauche -- si près, pour une fois. Il me réclame inlassablement de le laisser bénéficier du silence. C'est ironique car dès que mes lèvres sont anormalement closes, il prend l'espace sonique en hotage et se transforme en une version plus cynique de ma personne. J'aime l'entendre parler, entre sa voix faire des va et viens antithétiques, ses pensées suivre une courbe oxymoronique. Ses propos sont en constant conflit, chaque phrase réfutant la précédente. Nous sommes deux paradoxes personnifiés, nos esprits agités par des idées conflictuelles -- mais au final, ces insessantes querelles intériosées n'ouvrent-elles pas notre champ des possibles? Tellement de portes à ouvrir, une multitude de chemins à emprunter -- une multitude de discussions à avoir.

J'ai l'impression d'avoir développé une nouvelle forme de bipolarité -- celle-ci infectieuse. Mon baiser le déclencheur du virus disfonctionnel. Un baiser ou un coup de poing? La limite est si poreuse. Je ne sais plus ce qui m'apaise et ce qui m'agite -- si ses mots sont tendres ou violents. Je crois que lui-même se perd dans les méandres de sentiments que notre réunion propulse sur nos deux êtres. Je suis constamment bombardé, même lorsqu'il est absent, passant en revue chacun de ses mots pour trouver ceux qui contiennent la vérité. Ne jamais vraiment savoir, toujours douter -- puis finalement se dire que la masse de problème ne peut mener qu'à un néant relationnel.

Puis, bipolaire, il m'embrasse. C'est toujours comme ceci que ça se passe. C'est à la seconde où l'hypothèse de l'irréalisable s'insert en moi qu'il s'approche, qu'il poignarde le doute et fait exploser l'espoir. Ses lèvres, ses mains -- tout est à la fois chaud et froid (ou est-ce la subjectivité de ma perception?): toujours les possibilités, toujours l'oxymore. Je mord avec tendresse sa lèvre inférieure, dépose une main contre sa joue pour y caresser sa barbe mal taillée. Une impulsion m'amène à avancer légèrement mon buste, à combler l'écart qui nous sépare encore -- avorté. Nous frôlons toujours, jamais unis. Il arrive puis il s'en va, son visage usant de chaque muscle, firmament de l'expressivité. Puis ce n'est plus le silence qu'il désire, mais ma voix. talk, please.

"First, you're gonna give me a joint. Proximity doesn't spare you from politeness." Je tends la main. "Let me ask you something. You masturbate, right? You like that feeling, grabbing your dick? If you like yours, you can like any dick, alright? I mean, what's the use of being scared of touching something you possess?"

J'abuse, je pousse, je réfléchis pas, je vais me faire tabasser, mais je continue.

"That said. I'm not asking you to grab my dick or anything. I mean, I'm sitting on the couch, we're smoking a joint, we don't have to do anything. Chill off dude. Make your mind shut up and just chill off. Let me help you."

Je m'approche de lui, je tire sur mon joint sans avaler la fumée puis je place ma tête près de ses lèvres. Je m'approche de lui, pose mes deux mains pour former un pont entre nos deux bouches. Je souffle. Je m'écarte, tire une nouvelle fois sur le joint. Je pose ma main sur son épaule.

"Chill off."

Puis je pose mon front contre le sien.

"Chill off."
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Eyre Storrow


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MessageSujet: Re: Make Me Pay   Jeu 10 Nov - 23:43

T’as envie de crever. Littéralement. Ça ne te gênerait pas que la porte des enfers s’ouvre devant ta gueule pour t’y transporter aussitôt. Tu devrais l’admettre, t’es pas normal, et ce que tu penses de ce gars est tout sauf normal. Merde. Qu’il cause ! Ah, enfin. Un joint ? D’accord, c’est facile, et ça t’empêchera de penser, et tu tasseras beaucoup trop d’herbe dedans pour l’abrutit – et toi avec- et oublier ce qu’il s’est passé. Tu commences à tendre la main pour récupérer les affaires avant te prendre un violent revers dans la face et de devenir écarlate. Mais la gueule fermée, t’obéis, tu prends les joints roulés un peu plus tôt, lui en fous un dans les mains. Bird te met à l’aise autant que mal à l’aise, dès qu’il ouvre la bouche le monde devient un cauchemar d’où il est terrible de s’échapper. Fuck. Les lèvres coincées, tu marmonnes quand même “It’s not the same thing, idiot.” Entre une queue dont tu n’as pas connaissance et la tienne, y’a une marge d’environ la moitié de la Russie.

Puis il s’approche, trop près, le joint aux lèvres, et étrangement ton corps devient un étranger qui n’obéit plus, il subit et reste sur place, tu accueilles la fumée comme un masque à oxygène. Chill off, le corps pète un plomb, l’esprit aussi, les mains glissent dans les cheveux, agrippent  et tirent, les lèvres s’apprivoisent sous ton impulsion. Tu hésites quelques demi-secondes et puis tu obéis, tes épaules s’affaissent et tu le fixes quelques secondes avant de fermer les tiens, de profiter de sa présence invasive. Dans quelques heures, il sera jeté dehors parce que tu n’assumeras pas devant tes frères. Ni devant Freya. Quelques secondes encore où il ne se passe rien, avant que tu captures son joint pour l’inspirer une fois avant de lui remettre entre les doigts, sans les lâcher. Tes pensées déraillent comme tes mains, elles se glissent derrière sa tête, s’enfoncent dans ses cheveux – il en plus que toi, et ils sont doux comme un plumage. Ça y’est, tu délires. “Can I kiss you ?” Demande inutile, tu viens de lui en arracher un alors tu n’attends pas de réponses, captures ses lèvres, il n’y en a pas suffisamment d’autres pour comparer mais c’est probablement le plus doux de tous. Pas la moindre sauvagerie, ni la moindre colère. Juste de la lassitude, t’es fatigué aujourd’hui, fatigué de te battre, fatigué de lui, fatigué de mentir, fatigué.

Pour une fois,  la tranquillité t’appelle, tu ne veux plus de lute. Avec délicatesse, tu poses ton front sur son épaule, tes mains sur ses cuisses. Un soupir dans une bulle apaisée, c’est peut-être ça que le monde pourrait être si la haine ne s’accrochait pas de ses griffes pâles à ta peau cassée. Un univers calme si tu ne voulais pas lui décoller la tête de son corps ès qu’il ouvre la bouche, et si tu ne voulais pas te foutre en l’air pour le simple fait d’avoir envie de lui. A cet instant, tu aimerais que ton cerveau se fasse la malle, verrouiller les portes pour l’éternité et rester dans ce doux nuage. Mais ce n’est pas la vraie vie, le vrai monde ne le laissera pas faire. « Whatever I say you can come back anytime you want. Freya’ll be happy, she’s fond of you. » Qu’il continue de s’inviter, aucun d’entre vous n’a de pouvoir sur ses allées et venues, tu hurleras comme d’habitude mais tu ne reviendras pas sur cette offre : qu’il continue de venir. Tu ne veux pas qu’il disparaisse de ton cercle maintenant qu’il y est trop présent. Au bout de quelques secondes, tu t’éloignes de lui, assez pour tendre ton bras vers le livre posé, Moby Dick, et lui colle dans les mains avant de t’enfoncer à nouveau dans le sofa, plus près de lui cette fois, collant ta jambe à la sienne et occupant tes mains virevoltantes avec la manette. « Read it to me. » Quitte à ce qu’il t’emmerde avec ce livre, autant qu’il donne aussi de sa personne pour cet effort. Probablement que d’ici quelques secondes il partira dans un tout nouvel univers, brusquant tes nerfs, mais tant pis.
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